Est-ce le Japon ou la zone euro qui est en déflation ?

La zone euro est en déflation ce qui se traduit pas une baisse des
prix comme la baisse de 0,1% des prix à la consommation enregistrée en
France en octobre.

Les concepts en économie sont très souvent utilisés sans définition préalable. C'est le cas notamment d'un bon nombre d'écrits sur la question de la déflation et de la désinflation. Encore une fois les travaux de Natixis sont précieux. La déflation correspond à une situation où les prix baissent. La désinflation correspond à une situation où la hausse des prix ralentit. Notre sujet est la déflation. Mais il existe une nuance dans la déflation.  

En fait, il existe deux formes de déflation : la définition que nous qualifions de stricte qui dit que la déflation est une inflation négative. Ce simple critère permet de dire à certains que le Japon est en déflation. Et la définition juste, au sens large qui pose les conditions de cette déflation à plus long terme : C'est une situation certes de baisse des prix mais combinée à un rapport taux d'intérêt nominal à long terme et taux de croissance nominal, défavorable (nominal c'est-à-dire qui intègre le taux d'inflation).

Nous appelons situation défavorable la situation où les taux d'intérêt nominaux à long terme sont trop élevés par rapport au taux de croissance nominal, ce qui déprime la demande intérieure par plusieurs canaux (découragement de l'investissement, désendettement difficile, baisse du prix des actifs). Nous traitons ici de la juste définition de la déflation au sens large et pas uniquement du phénomène de baisse des prix au sens strict.

Avec cette définition de la déflation de long terme, le ralentissement de la hausse des prix est le résultat de la baisse de la demande de biens et services. Si cette demande continue de reculer, l'inflation continue de reculer et les taux d'intérêt réel (différence entre taux d'intérêt nominaux et taux d'inflation) augmentent pour un taux d'intérêt nominal donné et stable, ce qui complique le désendettement et contribue à diminuer encore davantage la demande et le taux d'inflation pour arriver à une situation finale de baisse des prix (déflation). Cette déflation apparaît lorsque les taux d'intérêt réel montent (pour un taux d'intérêt nominal donné !) dans un contexte de baisse de la demande et de désinflation.

Il faut ajouter un paramètre pour comprendre le cercle vicieux de la déflation : la croissance nominale. Bien que les taux d'intérêt réels montent beaucoup dans un contexte de baisse de la demande et de désinflation, les taux d'intérêt nominaux eux, restent assez élevés en valeur absolue par rapport au taux de croissance nominale.

Alors évidemment en ne regardant que la définition stricte de la déflation, c'est le Japon qui est en déflation mais bon nombre d'autres pays de la planète sont dans la même situation ! Pour prendre l'exemple du Japon, ce dernier connaît une baisse des prix durables combinée à un rapport taux de croissance nominale et taux d'intérêt nominal favorable, c'est-à-dire que son taux de croissance nominal dépasse son taux d'intérêt nominal public (qui se rapproche de zéro d'ailleurs). Or en zone euro, c'est exactement le contraire qui se passe. Elle connaît une baisse des prix durables combinée à un rapport taux de croissance nominal et taux d'intérêt nominal défavorable.

En conclusion si au Japon, le taux de croissance nominal est supérieur aux taux d'intérêt nominal à long terme, (il en va de même aux Etats-Unis et au Royaume-Unis), en zone euro, le taux de croissance nominal est très inférieur au taux d'intérêt nominal de long terme. Nous sommes donc en déflation dans la zone euro, mais pas au Japon.  

Pourquoi cette situation dans la zone euro ? Il y a d'abord des taux d'intérêt nominaux publics élevés dans les pays du sud de l'Europe. Aussi, le taux de chômage élevé induit une croissance potentielle faible et donc des gains de productivité impossibles. Enfin, la BCE n'achète toujours pas de dette publique. On attend donc à l'avenir un découragement de l'investissement qui se voit dans la zone euro, avec des difficultés pour les ménages et les entreprises à se désendetter. Enfin, la déflation s'appliquera aussi au prix des actifs.


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Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.