Zone euro : la gouvernance, avant-garde à la mode ou à l'ordre du jour ?

26 %
L'Union européenne représente 26 % du PIB mondial.

Après l’accord au forceps pour le maintien de la Grèce dans la zone euro, François Hollande décide de lancer l'idée d'une "avant-garde" de la zone euro. Il envisage un gouvernement économique, doté d’un "budget spécifique" et d'un parlement "pour en assurer le contrôle démocratique".

Le chef de l’Etat se prononce pour la création d' « une avant-garde » de la zone euro constituée avec les pays « qui en décideront ». Manuel Valls précise que cette « avant-garde serait constituée des six pays fondateurs de la construction européenne (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg). » Une idée sur la table…

Dans l’Express du 20 juillet dernier, Jacques Attali n’hésite pas à affirmer que « s’il (François Hollande) réussit à mettre en œuvre cette gouvernance (dans la zone euro), cela sera sans aucun doute le projet le plus important de son mandat. S’il échoue, cela restera comme un rendez-vous manqué qui marquera le début du démantèlement de la construction européenne. »

Quelques rappels : l’Europe, l’UE et la zone euro…

L’Europe dans son acception la plus large est constituée de 50 pays. On a souvent tendance à l’oublier. L’Union européenne à 28 États avec 510 millions d’habitants est (sur le papier) la 1ère puissance économique mondiale (26% du PIB). Cette Union est coupée en 2. Si 9 d’entre eux ont leur propre monnaie, 19 pays appartiennent à une zone euro à monnaie unique. A noter que cependant ce sont 31 pays d’Europe qui sont associés au MCE dont la Suisse, la Norvège et l’Islande. L’espace Schengen, libre circulation des biens et des personnes concerne 22 pays de l’UE + 4 hors de l’Union, Islande, Lichtenstein, Norvège et Suisse. N’en font pas partie entre autres : la Grande Bretagne, l’Irlande, la Bulgarie, Chypre et la Croatie.

La zone euro à 19 s’affiche avec deux pilotes à la « une » : « un commandant de bord allemand » reconnu et un « copilote français en retrait », à monnaie unique, sans parler des cas particuliers, exceptions et autres laisser-passer. Cette zone euro est disproportionnée et déséquilibrée, tant au plan économique, social et financier. Dette et chômage en sont les principaux révélateurs, le tout sur fond de TAFTA. L’Espagne, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et bientôt… la France, tous sont et seront en difficulté, sans oublier la Grèce. Les structures de l’UE et de l’Euro groupe, telles quelles, sont un frein au passage à l’action. Le traité sera-t-il modifié ? Si oui, quand, comment, par qui, pour quoi faire ? Quelle est la solution ?

Quand les États de l’Union se décideront-ils à revoir totalement leur copie ? Cela est impossible dans les structures actuelles et sur les bases de ce traité avec les contraintes d’une zone euro qui n’a de sens que par beau temps.

Les idées ne manquent pas, mais entre l’intention et l’action…

À court terme, la naissance d’un début de gouvernance européenne financière et économique dans le contexte actuel est un rêve lointain qui a toujours été évoqué et dont Jacques Delors aurait tenté de rappeler les règles du jeu. Le chef de l’Etat, François Hollande se lance dans la communication. Ce qui aurait pu être sur le papier un début de solution, permettant un financement raisonné et contrôlé, s’appuyant sur une BCE libérée, pour des pays en difficulté, est devenu un obstacle insurmontable. La discipline et la rigueur d’abord ont été actées à nouveau lors du sommet de Bruxelles pour la Grèce, on verra ensuite ! En mettant la « charrue avant les bœufs » par manque de confiance, on peut comprendre que l’idée d’un fédéralisme européen qui serait empreint de supranationalité est quasi imaginaire.

Déjà l’Union européenne, via la Commission, envahit les Parlements nationaux de quantités de projets de lois à étudier, de directives en tout genre à appliquer et de recommandations. Ces interférences permanentes exaspèrent. Aucun débat de fond n’a jamais eu lieu sur le sujet. Un aménagement provisoire empreint de plus de fédéralisme a pour l’instant eu deux adeptes connus de tous, la France et, tout juste peut-être du bout des lèvres, l’Allemagne qui a des intérêts divergents. À ce jour, quels sont les pays prêts à céder une partie de leur souveraineté sous la houlette d’un tandem bancal ? Qui peut prétendre qu’il s’agisse de la meilleure solution ?

Un constat : l’avenir n’est pas pour demain !

L’Union européenne, au sens large, ne peut pas vivre sous domination permanente de l’un des siens. Un modèle n’est qu’un exemple et ce serait manquer d’imagination que de ne penser qu’à le copier. Entre l’Europe du Nord et celle du Sud, les clivages sont importants. Si l’on rajoute à cela toutes les contraintes liées à la monnaie unique, la mutation de la crise de la dette vers celle de l’activité et de l’emploi sera particulièrement aigue pour les pays du Sud de la zone euro. Chaque pays a son propre modèle social. Les Français tiennent au leur, même s’il doit évoluer. Mais, ce n’est à aucun pays et certainement pas à l’Allemagne de chercher à imposer son modèle.

Au-delà des objectifs sur lesquels les membres de l’Union peuvent arriver à s’accorder, la façon de les atteindre est malheureusement une source permanente de divergences de points de vue. L’Union européenne ne peut plus se contenter avec mollesse et lenteur de tenter de sauver les apparences au travers de communiqués et de décisions vides de sens après une multitude de sommets inutiles. Pour autant, l’Union européenne, c’est à plusieurs que cela doit se jouer dans un cadre politique et démocratique. Quand à la monnaie unique pourquoi ne pas la transformer en une monnaie commune pour un meilleur équilibre du marché, chaque pays ayant sa propre monnaie de référence, liée à cette monnaie commune ? Tous les pays européens ne peuvent pas jouer dans la même division ! Ce qui est évident dans le sport est aussi vrai en économie !


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.