Exclusif : pas assez de policiers et gendarmes en mai pour faire face aux manifestations politiques et sportives
    Par , rédacteur en chef d'economiematin.fr
  • mardi 23 avril 2013 18:36
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Il y a 31 000 CRS et gendarmes mobiles en France, sans compter les réservistes, qui, à ce jour, n'ont pas encore été mobilisés semble-t-il, mais ne peuvent de toute façon pas assurer de mission de maintien de l'ordre ''classiques'', tout au plus de la canalisation ou des gardes statiques.

Le retrait des escadrons de gendarmerie de la zone du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans la nuit de vendredi  à samedi dernier, avait été présenté comme un signe de volonté d'apaisement du gouvernement, à l'égard des opposants qui occupent le site depuis des mois.

 

La vérité est en fait totalement différente. De sources autorisées au ministère de l'Intérieur, il nous a été expliqué sous le sceau de la confidence que les effectifs de police (essentiellement, de CRS) et de gendarmerie mobile commençaient à manquer, et que la situation serait intenable au mois de mai, alors que les manifestations inscrites "au planning" sont de plus en plus nombreuses.

 

Pour pouvoir mettre sur le terrain 150 à 250 hommes (deux à trois escadrons) sept jours sur sept à Notre-Dame-des-Landes, cela signifie en effet, en tenant compte des règles d'emploi de la gendarmerie mobile (pourtant bien plus "souples" que celles des CRS, fonctionnaires) devoir mobiliser au moins cinq escadrons. Des unités impossibles à utiliser ailleurs, car indispensables "sur zone" pour assurer la relève des gardes de jour, et de nuit.

 

Or, ces cinq escadrons, le ministère de l'Intérieur en a désormais cruellement besoin face au succès des manifestations quotidiennes organisées par La manif pour tous, en particulier à Paris. A tel point que des compétitions sportives commencent à pâtir de ces mesures de restrictions. Le match OM-Brest de Ligue 1 s'est ainsi joué samedi à 17h00 au lieu de dimanche 21h00, et le Nice-PSG, exactement l'inverse. Objectif : réduire le nombre de supporters extérieurs et donc les besoins en maintien de l'ordre. Les supporters lésés se voyant informer par téléphone et par e-mail que leurs billets seraient utilisables sur un autre match, mais pas celui-là, faute... de CRS pour sécuriser les abords du stade, et éviter les heurts habituels entre supporters de clubs rivaux.

 

La France comporte 67 compagnies de CRS [mise à jour mercredi 24 avril 10h58 : dont 6 compagnies de CRS de montagne, inaptes au maitien de l'ordre) et 107 escadrons de gendarmerie mobile, soit approximativement 14 000 CRS et 17 000 gendarmes mobiles. Mais derrière ces chiffres, une toute autre réalité. 30 à 50 % des effectifs, au sein des compagnies républicaines de sécurité, sont en fait affectés à des fonctions de soutien logistique. Un chiffre qui tombe à 20 % (en théorie) en gendarmerie, qui depuis quelques années a cherché à rationnaliser au maximum l'emploi de ses effectifs, par exemple, en supprimant les postes de gendarmes cuisiniers ou mécaniciens, fonctions désormais externalisées. Cela réduit cependant le nombre "d'hommes disponibles" à 20 000. On comprend mieux pourquoi le 24 mars, face au million de manifestants dans la rue, Manuel Valls ne pouvait aligner que 2 000 CRS et gendarmes mobiles.

 

Plus grave encore : Ces moyens sont tous déjà en grande partie employés, car attachés à des missions précises. Sécurisation de points sensibles (sites nucléaires par exemple), gardes statiques, accompagnement des militaires pour les patrouilles Vigipirate. Les militaires sont ainsi obligatoirement accompagnés d'un auxiliaire (APJ) ou d'un officier de police judiciaire (OPJ) lors des missions de sécurisation des lieux publics.

 

Ainsi, les unités déployées autour de Notre-Dame-des-Landes forment en quelque sorte la "garde", le dernier carré, les toutes dernières réserves que le ministère de l'Intérieur pouvait mobiliser rapidement pour sécuriser Paris, et surtout, sécuriser les ministères, l'Assemblée, le Sénat, et l'Elysée cette semaine. C'est pour cette seule raison que les gendarmes mobiles ont plié bagage dans la nuit de vendredi à samedi, alors que le week-end est logiquement le moment idéal pour que les opposants recoivent des renforts, et se fassent ravitailler.

 

Le planning du mois de mai affole place Beauvau, au ministère de l'Intérieur, malgré les vacances. La manifestation de Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de Gauche, le dimanche 5 mai, est en effet la première d'une série de grandes manifestations annoncées, sans compter avec celles qui risquent de venir se greffer dessus : Florange, Aulnay, etc... et les manifestations quotidiennes que les opposants au mariage gay organisent désormais. Les autorités espérent que le vote solennel du mariage homosexuel intervenu ce mardi 23 avril à l'Assemblée découragera les opposants, mais appréhendent en fait que cela galvanise encore plus les mouvements pacifiques, comme celui des Veilleurs, qui sont grands consommateurs de forces de maintien de l'ordre, alors même qu'ils sont statiques et non violents.

 

La raison ? Les veilleurs veillent... le soir, jusqu'à minuit et demie ! Et cette demie-heure en plus a un impact non négligeable sur la gestion des ressources humaines, ce qui explique pourquoi à plusieurs reprises les manifestants ont été sommés d'évacuer, manu militari, avant minuit. Nous sommes là bêtement dans des contraintes de planning et de gestions des horaires de service... 

 

Or, ces contraintes de planning et d'employabilité des CRS (et gendarmes, mais qui, de par leur statut militaire, sont plus dociles) risquent de rendre la situation du maintien de l'ordre en France intenable à la fin du mois de mai, juste au moment de la grande manifestation du 26 mai à laquelle appelle Frigide Barjot et le comité organisateur de la Manif pour tous. A cette date-là, les jours de repos non pris accumulés (le droit du travail s'applique aussi chez les CRS), les permissions annulées (les gendarmes grognent), auront dépassés la côte d'alerte, avec le risque non négligeable que des unités refusent d'être mobilisées.

 

Bien entendu, il est toujours possible pour un préfet (qui est chargé d'assurer la sécurité dans son département, et à Paris, donc, pour le préfet de Police) d'insister lors de ses ordres de réquisition, et de ne pas tenir compte de ces contraintes, pourtant réelles. Mais, les dernières fois que des CRS ont été forcés à faire mouvement... les hommes se sont tout simplement fait porter pâles, rendant l'emploi de la compagnie impossible ou ridicule, avec 40 ou 50 hommes disponibles sur les 150 à 200 théoriques.

 

Place Beauvau, on n'espère donc plus qu'une seule chose : que les opposants au mariage gay partent en vacances le plus longtemps possible en mai, réduisant le nombre de manifestations et/ou de manifestants pendant 15 jours, et donc, soulageant par contre-coup la pression sur les plannings...  

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et le rédacteur en chef d'Economie Matin. Il a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France pendant 2 ans, puis comme reporter, matinalier et intervieweur à BFM pendant 9 ans, avant de fonder Economie Matin en 2004 puis de le céder à un fonds d'investissement espagnol en 2007. Après avoir créé plusieurs entreprises dans le domaine des médias, de l'événementiel ou des nouvelles technologies (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), il a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico.fr, dont il était rédacteur en chef pendant un an, avant de relancer en 2012 Economie Matin sur Internet et sur mobile.

 

Il est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) et "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).


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