Voiture en centre-ville : pourquoi 72 % des Français refusent l’interdiction

Alors que la perspective d’une interdiction de la voiture en centre-ville anime le débat public, une vaste enquête révèle que plus de sept Français sur dix s’y opposent fermement.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 27 août 2025 5h39
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automobile-particules-polluent-plus-que-diesel - © Economie Matin
24%Pour 24 % des Français interrogés, la voiture reste synonyme de liberté de circulation.

Le 25 août 2025, les résultats d’une enquête nationale publiée par Mobilicités confirment une tendance lourde : la voiture reste au cœur des habitudes de mobilité en France. Interroger l’opinion sur une possible interdiction des voitures en centre-ville dévoile, sans trop de surprise, un rejet massif. Selon cette étude, 72 % des Français refusent de voir disparaître la voiture des espaces urbains.

La voiture : symbole de liberté et moteur du commerce en ville

La voiture conserve une place centrale dans la vie quotidienne et l’imaginaire collectif. Selon Mobilicités, 72 % des Français se disent opposés à l’interdiction des voitures en centre-ville, 26 % sont favorables et 2 % indécis. L’enquête s’appuie sur un échantillon conséquent de 10 004 répondants dans 386 communes, recueillis de 2022 à 2025.

Cette opposition est nourrie par des arguments récurrents. Le premier tient à l’accès aux commerces. Dans de nombreuses villes moyennes et petites, les habitants estiment que la voiture demeure le seul moyen pratique pour se rendre dans les centres. Mobilicités détaille que 18 % des répondants craignent pour les commerces de centre-ville si la voiture venait à disparaître. Une inquiétude partagée par les élus locaux et par les commerçants eux-mêmes.

Le second argument majeur est la liberté individuelle. Pour 24 % des Français interrogés, la voiture reste synonyme de liberté de circulation. Faute de modes de transport alternatifs efficaces et développés, beaucoup perçoivent l’interdiction comme une atteinte à un droit fondamental : celui de se déplacer où et quand on le souhaite. Et si dans les métropoles, l’alternative existe, mais dans les villes moyennes et les zones rurales, les carences sont notoires. 23 % des personnes interrogées exigent de meilleurs transports publics avant d’envisager une interdiction. Sans ces solutions crédibles, interdire la voiture paraît irréaliste à une majorité de citoyens.

Les ruraux dépendent de la voiture, les urbains un peu moins

L’opinion des Français sur la voiture en ville révèle de fortes disparités selon l’âge et le lieu de résidence. Dans les zones rurales, la dépendance à l’automobile reste écrasante et l’opposition à l’interdiction de la voiture au centre-ville est très marquée hors des grandes métropoles. Dans les villes de 30 000 à 50 000 habitants, l’hostilité à l’interdiction a même progressé de 16 points depuis 2022.

En revanche, dans les grandes agglomérations, la situation est plus nuancée. Une partie de la population urbaine, habituée aux transports en commun et sensibilisée aux enjeux environnementaux, se montre plus ouverte à l’idée d’une réduction du trafic automobile. La fracture géographique se double d’un clivage générationnel. Mobilicités observe que chez les 18–29 ans, le soutien à l’interdiction a progressé de 9 points depuis 2022. Les jeunes générations associent davantage la voiture à la pollution et privilégient des solutions de mobilité alternatives comme le vélo ou les transports partagés. Pour autant, les seniors ne sont pas homogènes. Les plus de 70 ans restent majoritairement hostiles, mais l’enquête montre une inflexion : le nombre de favorables a progressé de 6 points depuis 2022.

Ces contrastes rappellent que la question de la mobilité ne se réduit pas à une simple opposition idéologique. Elle reflète les réalités concrètes de chaque territoire, entre zones denses bien desservies et espaces périphériques dépendants de l’automobile.

Réduire la pollution ? Oui, mais...

Si l’opinion publique reste largement défavorable à l’interdiction, la question de la voiture en ville ne peut être abordée sans mentionner l’environnement. 10 % des répondants se disent favorables à la réduction de la pollution mais sous conditions, selon Mobilicités. Encore un paradoxe : une partie de la population reconnaît l’urgence climatique, mais considère que l’interdiction n’est pas la bonne méthode si elle n’est pas accompagnée d’alternatives solides. Et désormais, les élus locaux doivent composer avec ces données. La publication des résultats, à moins d’un an des élections municipales de 2026, constitue un signal politique fort. Pour de nombreux candidats, la voiture devient un thème incontournable de campagne.

La voiture demeure un marqueur social et culturel. En France, son rôle va bien au-delà du simple mode de transport : elle structure la mobilité quotidienne, conditionne l’accès à l’emploi, à la santé et à la sociabilité. La brutalité d’une interdiction sans alternatives risquerait donc d’aggraver les fractures sociales.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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