La suppression des ZFE, actée en commission mais loin d’être définitivement adoptée, marque une rupture brutale dans la politique automobile française. Derrière un vote parlementaire encore fragile se dessine un recul environnemental assumé, aux conséquences potentiellement lourdes pour la qualité de l’air, la crédibilité économique de la transition écologique et la stabilité juridique du texte.
Automobile : les ZFE ont désormais un pied dans la tombe

Le 20 janvier 2026, la ZFE a vacillé. Réunis en commission mixte paritaire, députés et sénateurs ont validé un compromis intégrant la suppression des zones à faibles émissions dans un projet de loi de simplification. L’annonce a été accueillie comme une victoire par les opposants au dispositif, mais elle reste juridiquement inachevée et politiquement explosive. À ce stade, la ZFE n’est ni supprimée ni sauvée. Elle est suspendue à deux votes décisifs au Parlement et à un risque constitutionnel majeur.
ZFE : un vote en commission qui fragilise la politique automobile française
Sur le fond, la décision prise en commission mixte paritaire constitue un tournant. La ZFE, pilier de la régulation automobile dans les grandes agglomérations, devait progressivement restreindre l’accès des centres-villes aux véhicules thermiques anciens. Sa suppression, validée par dix voix contre quatre en commission selon LCP, traduit un renversement de priorité. La contrainte environnementale recule face à la pression sociale et politique exercée par des millions d’automobilistes dépendants de véhicules jugés trop polluants.
Ce vote, cependant, n’a rien d’un aboutissement. La ZFE reste inscrite dans le droit tant que l’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas adopté définitivement le texte, respectivement les 27 et 29 janvier 2026. Le gouvernement lui-même avance avec prudence. Le rapporteur du texte, Stéphane Travert, a reconnu que la majorité n’avait pas encore arrêté sa position finale, selon l’AFP. Cette hésitation illustre l’inconfort de l’exécutif, pris entre un discours officiel de lutte contre la pollution et une réalité économique et électorale de plus en plus contraignante pour l’automobile.
Ce que changerait concrètement la suppression des ZFE
Si la ZFE venait à disparaître, les conséquences seraient immédiates pour le secteur automobile. Les restrictions de circulation liées aux vignettes Crit’Air deviendraient caduques dans les métropoles concernées. Des millions de véhicules anciens pourraient à nouveau circuler librement dans des zones jusqu’ici interdites. Pour les ménages modestes et certains professionnels, notamment les artisans et les travailleurs indépendants, le soulagement serait réel et immédiat. Le marché de l’automobile d’occasion thermique, fragilisé par les interdictions, pourrait retrouver un second souffle.
Mais cette libération de la circulation poserait une question centrale : celle de la qualité de l’air. Les ZFE avaient été conçues pour réduire les émissions d’oxydes d’azote et de particules fines, responsables de pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Selon les rappels de LCP, leur objectif était explicitement de limiter ou interdire la circulation des véhicules les plus polluants. En supprimant le dispositif sans solution alternative clairement définie, le législateur prend le risque d’un retour en arrière sanitaire, difficilement compatible avec les engagements européens de la France en matière de pollution atmosphérique.
Un texte juridiquement fragile, menacé par le risque de cavalier législatif
Au-delà du fond, la méthode interroge. La suppression de la ZFE a été introduite par amendement dans un projet de loi de simplification administrative et économique. Ce décalage alimente un risque juridique majeur : celui du cavalier législatif. Plusieurs députés de gauche ont déjà dénoncé un texte « fourre-tout », avertissant que le Conseil constitutionnel pourrait censurer la mesure pour absence de lien direct avec l’objet initial de la loi.
Ce risque n’est pas théorique. Si la ZFE était supprimée par une disposition jugée inconstitutionnelle, l’ensemble du processus pourrait être annulé, plongeant collectivités locales, automobilistes et acteurs économiques dans une incertitude prolongée. Pour les métropoles ayant investi dans les infrastructures de contrôle et d’accompagnement, l’impact financier serait considérable. Pour l’État, ce serait un signal négatif envoyé aux partenaires européens, alors même que la lutte contre la pollution automobile reste un axe structurant des politiques environnementales communautaires.
En l’état, la ZFE est donc à la croisée des chemins. Ni enterrée, ni confirmée, elle cristallise une fracture profonde entre impératifs économiques à court terme et exigences sanitaires de long terme. Le vote final dira si la France choisit de desserrer durablement l’étau sur l’automobile.
