Rouler sans assurance continue de coûter très cher à la collectivité. Selon le dernier baromètre du Fonds de Garantie des Victimes, 268.000 procès-verbaux ont été dressés en France pour défaut d’assurance en 2025, soit une hausse spectaculaire de 76%. Derrière ces chiffres se cachent des milliers de victimes, des indemnisations de plusieurs centaines de millions d’euros et des conducteurs qui, bien souvent, ne rembourseront jamais intégralement les sommes dues.
Accidents de la route : les non assurés ont coûté plus de 130 millions en 2025

Les accidents provoqués par des conducteurs non assurés, un fardeau qui pèse sur le Fonds de garantie des victimes
La publication, le 29 juin 2026, du nouveau Baromètre de la non-assurance routière du Fonds de Garantie des Victimes confirme que les non assurés demeurent l'un des principaux points noirs de la sécurité routière en France. Malgré le renforcement des contrôles permis par le Fichier des Véhicules Assurés (FVA) et la multiplication des opérations des forces de l'ordre, le phénomène reste massif et continue d'avoir des conséquences humaines et financières considérables.
Les chiffres publiés par le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages (FGAO) illustrent cette réalité. En 2025, près de 7.500 victimes d'accidents provoqués par des conducteurs sans assurance ou ayant pris la fuite ont été indemnisées. Parmi elles figurent 177 personnes décédées, dont les proches ont été pris en charge par le Fonds. Si les victimes sont protégées, le coût de cette solidarité est en grande partie assumé par l'ensemble des automobilistes assurés.
Rouler sans assurance constitue pourtant une infraction ancienne. Depuis 1958, chaque propriétaire d'un véhicule terrestre à moteur doit obligatoirement souscrire une assurance de responsabilité civile. Cette garantie minimale permet d'indemniser les victimes lorsqu'un accident survient. Sans elle, les conséquences peuvent devenir dramatiques, tant pour les personnes blessées que pour le conducteur responsable.
En 2025, les forces de l'ordre ont dressé 268.000 procès-verbaux pour défaut d'assurance, un chiffre en progression de 76%. Cette hausse ne signifie pas uniquement que davantage de conducteurs roulent sans assurance. Elle traduit également l'efficacité accrue des contrôles rendus possibles par le Fichier des Véhicules Assurés, désormais consultable instantanément lors des contrôles routiers grâce à la lecture des plaques d'immatriculation.
Malgré cette surveillance renforcée, la non-assurance continue de provoquer des accidents graves. Les données issues des bases nationales des accidents corporels montrent que 5,8% des véhicules impliqués dans un accident ayant nécessité l'intervention des forces de l'ordre n'étaient pas assurés en 2024, soit 4.640 véhicules sur près de 79.700 recensés. Autrement dit, près d'un véhicule sur vingt impliqué dans un accident corporel circulait illégalement.
Le directeur général du Fonds de Garantie des Victimes, Julien Rencki, résume l'ampleur du phénomène : « Le FGAO a pour mission d'indemniser les victimes de conducteurs non assurés ou en fuite, et de les accompagner dans leur reconstruction. Il se retourne ensuite contre l'auteur pour obtenir le remboursement des sommes versées. En parallèle, il s'engage activement dans la lutte contre la non-assurance routière, un fléau aux conséquences humaines et sociales majeures ».
Les voitures restent naturellement les véhicules les plus représentés dans ces dossiers. Mais un autre phénomène inquiète désormais le Fonds : la progression rapide des accidents impliquant des trottinettes électriques et autres engins de déplacement personnel motorisés non assurés. Après les automobiles, ils constituent aujourd'hui la deuxième catégorie de véhicules donnant lieu à une intervention du FGAO.
Les conducteurs non assurés coûtent des millions au Fonds de garantie des victimes
Lorsque le responsable d'un accident n'est pas assuré, les victimes ne sont heureusement pas abandonnées. C'est précisément le rôle du Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages. L'organisme indemnise intégralement les préjudices corporels ainsi que les dommages matériels lorsque les conditions légales sont réunies, avant d'engager une procédure de recouvrement contre le conducteur responsable.
En 2025, le Fonds a ainsi versé 132,1 millions d'euros d'indemnités aux victimes blessées et aux proches des personnes décédées. Ce montant progresse de 25% depuis 2018, sous l'effet conjugué de l'augmentation du coût des soins, de l'assistance humaine nécessaire aux victimes les plus lourdement handicapées et de l'évolution de la jurisprudence en matière d'indemnisation.
Cette solidarité nationale possède toutefois un coût élevé. Elle est principalement financée par une contribution prélevée sur chaque contrat d'assurance automobile souscrit en France. En d'autres termes, les automobilistes respectueux de leurs obligations participent indirectement au financement des conséquences des conducteurs qui roulent illégalement sans assurance.
Le FGAO ne renonce pourtant pas à récupérer les sommes avancées. Une fois les victimes indemnisées, il engage systématiquement des procédures contre les responsables des accidents. Ceux-ci doivent rembourser l'intégralité des indemnités versées, auxquelles s'ajoute une majoration de 10%. Selon la gravité des blessures, la facture peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, voire dépasser le million d'euros lorsqu'une victime reste lourdement handicapée à vie.
La réalité du recouvrement demeure cependant particulièrement difficile. En 2025, le Fonds n'a récupéré que 14 millions d'euros auprès des conducteurs responsables, alors qu'il a versé plus de 132 millions d'euros d'indemnités. Ce décalage illustre parfaitement la difficulté à obtenir le remboursement effectif de créances souvent très élevées auprès de personnes dont la situation financière est déjà fragile. À ce jour, 15.400 conducteurs non assurés restent débiteurs envers le Fonds de Garantie des Victimes, certains pour des montants qui continueront à être remboursés pendant des décennies, voire durant toute leur vie.
