Médicaments : comment la France gaspille chaque année des centaines de millions d’euros

Chaque année, des milliers de tonnes de médicaments terminent leur parcours dans les filières d’incinération après avoir été rapportés en pharmacie. Derrière ce constat se cache un phénomène complexe qui pèse sur les finances publiques, l’environnement et l’organisation des soins. L’étude PERIMED, dévoilée le 24 juin 2026 par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie, dresse pour la première fois un état des lieux précis du gaspillage médicamenteux en France.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 29 juin 2026 12h00
Médicaments : comment la France gaspille chaque année des centaines de millions d'euros
Médicaments : comment la France gaspille chaque année des centaines de millions d’euros - © Economie Matin

Menée par l'ANSM, l'Assurance Maladie et Cyclamed, l'étude PERIMED, du 24 juin 2026, apporte une photographie inédite des médicaments rapportés en pharmacie. Les résultats montrent que si les volumes diminuent progressivement, le gaspillage demeure considérable. Au-delà de son coût économique, ce phénomène interroge les habitudes de prescription, les comportements des patients et les caractéristiques mêmes de certains traitements.

Des médicaments encore nombreux à finir à l'incinération malgré une baisse des volumes de gaspillage

En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées dans les pharmacies françaises avant d'être collectées par Cyclamed pour être incinérées avec valorisation énergétique. Selon l'Assurance Maladie et l'ANSM, ce volume reste élevé même s'il a diminué de près de 30 % entre 2022 et 2024, signe que les pratiques évoluent progressivement. Cette baisse ne suffit toutefois pas à faire disparaître un gaspillage qui continue de représenter plusieurs milliers de tonnes chaque année, selon le communiqué conjoint publié le 24 juin 2026.

Afin de comprendre précisément l'origine de ces retours, les chercheurs ont analysé 32 840 unités de médicaments, soit 85 kilogrammes issus de cinq campagnes de collecte réalisées entre avril et juillet 2025. Cet échantillon représentait 1 125 spécialités pharmaceutiques différentes. D'après l'ANSM, cette méthodologie permet pour la première fois d'obtenir une cartographie statistiquement représentative des médicaments effectivement rapportés par les Français. Les auteurs soulignent ainsi que certaines familles thérapeutiques concentrent l'essentiel des retours, ce qui ouvre la voie à des actions ciblées pour limiter le gaspillage.

Pourquoi autant de médicaments deviennent inutilisés

Les résultats de PERIMED montrent que le gaspillage des médicaments n'est pas imputable à une seule cause. Au contraire, plusieurs facteurs se combinent. Les traitements sont parfois interrompus à la suite d'une amélioration de l'état de santé, d'un changement de prescription ou encore d'effets indésirables. Dans d'autres situations, les quantités délivrées dépassent les besoins réels du patient. Les médicaments restent alors stockés dans les armoires à pharmacie jusqu'à leur péremption avant d'être rapportés en officine.

L'étude identifie également le rôle de la durée de conservation. Selon les chercheurs, plusieurs médicaments courants, notamment le paracétamol, l'ibuprofène ou certains traitements contre la diarrhée, figurent parmi ceux qui sont fréquemment rapportés déjà périmés. L'ANSM estime que ces observations plaident en faveur d'une réflexion sur les conditionnements, la durée de conservation et l'écoconception des emballages. Les experts européens travaillent d'ailleurs sur ces différents leviers afin de réduire simultanément le gaspillage, l'impact environnemental et les tensions d'approvisionnement.

Un coût de plusieurs centaines de millions d'euros et des pistes pour réduire le gaspillage

Au-delà des volumes collectés, PERIMED met en lumière le poids financier des médicaments inutilisés. En projetant les résultats de l'échantillon à l'ensemble des médicaments collectés chaque année, l'Assurance Maladie estime que 517 millions d'euros de médicaments remboursés ne sont finalement jamais utilisés. Sur cette somme, 278 millions d'euros correspondent à des médicaments encore non périmés au moment de leur retour en pharmacie. Selon l'Assurance Maladie, ces chiffres illustrent l'importance économique du gaspillage, qui concerne directement les dépenses de solidarité nationale.

Face à ce constat, les autorités sanitaires avancent plusieurs pistes d'amélioration. Elles souhaitent notamment renforcer le bon usage des médicaments, adapter certains conditionnements, prolonger lorsque cela est scientifiquement possible les durées de conservation et améliorer les pratiques de prescription comme de délivrance. Une expérimentation de redispensation sécurisée de certains médicaments anticancéreux non utilisés à l'hôpital est également envisagée à partir de septembre 2026. Pour l'ANSM comme pour l'Assurance Maladie, la réduction du gaspillage constitue un enjeu à la fois sanitaire, économique et environnemental qui nécessite la mobilisation de l'ensemble des acteurs, des industriels aux professionnels de santé en passant par les patients.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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