En 2025, la richesse personnelle mondiale a progressé de 10,8 %, sa plus forte hausse depuis 2017, portée par les marchés financiers et les actifs non financiers. Le dernier Global Wealth Report d’UBS révèle toutefois des gains très inégaux entre régions et segments de richesse. La divergence entre richesse moyenne et richesse médiane s’accentue, signe d’une concentration croissante au sommet de la pyramide.
La richesse mondiale bondit de 10,8 %, mais les écarts se creusent

Plus de 10 % de hausse en un an : la richesse mondiale vient d'enregistrer sa meilleure performance depuis 2017. Un chiffre qui, à première vue, pourrait réjouir. Mais comme souvent en matière de patrimoine, l'agrégat masque des réalités contrastées. Le Global Wealth Report 2026 d'UBS, publié le 30 juin, montre certes une progression généralisée, mais aussi une accentuation des inégalités entre régions, entre catégories de richesse, et surtout entre richesse moyenne et richesse médiane. Autrement dit, les gains ont été spectaculaires pour certains, beaucoup plus modestes pour d'autres.
L'Europe et le Moyen-Orient en tête, l'effet dollar en embuscade
La croissance de 10,8 % en 2025 contraste fortement avec les 4,6 % de 2024 et les 4,2 % de 2023. Mais attention : ce chiffre est exprimé en dollars. Or, le dollar américain s'est déprécié en 2025, ce qui a mécaniquement amplifié les hausses de richesse en dehors des États-Unis lorsqu'on les convertit dans la devise de référence. L'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique (EMEA) affichent ainsi une progression de 17,5 %, soit le double de celle des Amériques (8,5 %). L'Asie-Pacifique, elle, accélère à 5,9 %, après une année 2024 plus poussive.
Faut-il en conclure que les Européens sont devenus soudainement plus riches que les Américains ? Non. Les adultes d'Amérique du Nord restent les plus fortunés en moyenne, avec 660 000 dollars par tête, contre 590 000 dollars pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et 330 000 dollars pour l'Europe occidentale. La Suisse conserve sa première place mondiale avec 910 382 dollars par adulte, devant les États-Unis et le Luxembourg. Mais l'effet change brouille la lecture : une partie de la hausse affichée en Europe provient simplement de la traduction comptable d'un euro ou d'une livre sterling plus forts face au dollar.
Un million de nouveaux millionnaires, dont la moitié aux États-Unis
Le nombre de millionnaires en dollars a augmenté de 1,5 % en 2025, soit près d'un million de personnes supplémentaires, ou plus de 2 600 par jour. Les États-Unis en ont créé à eux seuls 440 000, soit près de la moitié du total mondial. Suivent la Chine continentale, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France, qui comptent chacun plus de 2 millions de millionnaires. À eux deux, les États-Unis et la Chine concentrent plus de la moitié de la richesse personnelle mondiale. Une domination qui ne faiblit pas, bien au contraire.
Mais le rapport d'UBS souligne un phénomène plus discret et plus structurel : la croissance a été particulièrement forte dans les segments supérieurs à 5 millions de dollars. Au-delà des « millionnaires ordinaires » (les EMILLIs, entre 1 et 5 millions de dollars), les tranches allant de 5 à 100 millions de dollars ont progressé rapidement, tant en nombre d'individus qu'en richesse totale. L'accélération a été marquée en Chine continentale, en Australie et aux États-Unis. Autrement dit, plus on est riche, plus on s'enrichit vite. Ce n'est pas une surprise, mais c'est une tendance qui se renforce.
Richesse moyenne contre richesse médiane : l'écart se creuse
C'est ici que le bât blesse. Le rapport note une « divergence croissante » entre richesse moyenne et richesse médiane depuis 2020. La richesse moyenne par adulte progresse plus vite que la production économique mondiale, mais la richesse médiane, elle, suit un rythme bien plus lent. La médiane, rappelons-le, est le niveau de richesse qui sépare la population en deux : la moitié des adultes possède moins, l'autre moitié possède plus. Quand la moyenne s'écarte de la médiane, cela signifie que les gains se concentrent en haut de la pyramide.
Le rapport d'UBS le reconnaît implicitement : les gains ont été « inégaux ». La proportion d'adultes dans la tranche de richesse la plus basse (moins de 10 000 dollars) est passée de 75 % en 2000 à 41 % en 2025. C'est une bonne nouvelle. Mais dans le même temps, la part des segments intermédiaires et supérieurs s'est développée de manière asymétrique. Les marchés financiers ont tiré la richesse vers le haut, mais seuls ceux qui y avaient accès en ont vraiment profité.
L'immobilier, frein ou moteur selon les segments
Pour beaucoup de ménages, en particulier jusqu'au niveau EMILLI, l'immobilier résidentiel reste l'actif dominant. Or, l'immobilier n'a pas connu la même envolée que les marchés financiers en 2025. Résultat : ces ménages ont participé à la hausse générale, mais de manière limitée. À l'inverse, dans certains marchés à richesse moyenne élevée, la part des actifs liquides et investissables a augmenté au cours de la dernière décennie. Une évolution progressive vers une richesse davantage liée aux marchés financiers, et donc plus volatile, mais aussi plus dynamique.
Le rapport souligne que la Corée du Sud a enregistré la plus forte progression de richesse moyenne réelle par adulte depuis 2020, avec des gains de plus de 50 %. La Croatie, la Norvège, la Lettonie, Taïwan et la Bulgarie affichent des hausses supérieures à 25 %. Ces pays ont bénéficié d'une combinaison de rattrapage économique, de valorisation immobilière et d'accès accru aux marchés financiers. Mais là encore, la question se pose : qui, dans ces pays, a vraiment profité de ces hausses ?
À l'avenir, la capacité à diversifier fera la différence
UBS anticipe une poursuite de la croissance de la richesse mondiale. Mais l'accès aux actifs investissables et la capacité à diversifier les portefeuilles joueront un rôle déterminant dans la répartition des gains futurs. En clair : ceux qui possèdent déjà des actifs financiers diversifiés continueront de profiter de la hausse des marchés. Les autres, cantonnés à l'immobilier ou à des actifs peu liquides, resteront à la traîne.
Les dirigeants d'UBS, Iqbal Khan et Robert Karofsky, insistent sur la complexité croissante de l'environnement et la nécessité de disposer d'un « partenaire de confiance » pour naviguer dans l'incertitude. Un discours commercial, certes, mais qui reflète une réalité : la gestion de patrimoine n'est plus une affaire de bon sens et d'épargne prudente. Elle exige des compétences, des outils, et surtout un accès aux bons marchés. Ce que tout le monde n'a pas.
Reste que la richesse mondiale progresse, c'est indéniable. Mais elle progresse de manière inégale, et cette inégalité s'accentue. La proportion d'adultes très pauvres diminue, c'est une bonne nouvelle. Mais la distance entre le sommet et le milieu de la pyramide s'allonge. La richesse moyenne bondit, la richesse médiane traîne. Le diagnostic est net : la croissance de la richesse mondiale profite d'abord aux plus riches, et cette dynamique n'est pas près de s'inverser.
