Alors que le gouvernement tarde à nommer les membres de la CCNA, faisant planer le spectre d’une nouvelle crise dans le processus d’agrément des établissements de formation en ostéopathie, Stéphane Niel, président de la Fédération nationale de l’enseignement supérieur en ostéopathie (FNESO), appelle les pouvoirs publics à agir pour assurer la régulation d’une discipline en plein essor.
Stéphane Niel (FNESO) : « Que les pouvoirs publics s’emparent de la régulation des écoles d’ostéopathie »

Plébiscitée par les Français et sans coût pour l'Assurance maladie obligatoire, l'ostéopathie est-elle selon vous estimée à la hauteur des bénéfices qu'elle procure pour relever les défis de santé d'aujourd'hui et de demain ?
Près d'un Français sur deux (49%) a consulté un ostéopathe au moins une fois dans sa vie et 80% d'entre eux ont une bonne image de la pratique. Avec environ 25 millions de consultations annuelles en France, l'ostéopathie est parvenue à s'imposer au sein de pratiques de santé occidentales qui ont, culturellement, tendance à ne marcher que sur une seule jambe, en privilégiant le traitement du symptôme sur la prévention.
Cet essor est porté tant par le public, 86% des Français accordant leur confiance aux ostéopathes, que par la recherche. Celle-ci produit des résultats encourageants, notamment en ce qui concerne les pathologies liées au grand âge ou les maladies professionnelles. Ces résultats ne constituent cependant pas encore des preuves scientifiques à proprement parler et méritent d'être approfondis... à condition de laisser les chercheurs faire leur travail.
De quel niveau d'exigence académique se prévaut une discipline aussi populaire que l'ostéopathie ?
La formation en ostéopathie a été considérablement améliorée depuis 2015, quand le ministère de la Santé a voulu sécuriser une pratique alors en plein essor. De nouvelles exigences ont été introduites : je pense à la formation médicale et scientifique, qui est un prérequis indispensable pour conserver l'accès direct des patients à l'ostéopathie. Ces exigences de formation renforcent également la sécurité des patients, tout en s'inscrivant dans l'approche systémique du corps humain privilégiée par les ostéopathes.
Les formations en ostéopathie dispensent désormais près de mille heures de cours annuelles, en présentiel. Un tel niveau d'investissement horaire est tout à fait exceptionnel, même au regard des autres professions de santé.
Encore faut-il que toutes les écoles d'ostéopathie appliquent ces mêmes exigences. Or, sur la trentaine d'établissements de formation aujourd'hui recensés en France, seule la moitié d'entre eux a fait certifier ses diplômes au titre de niveau 7 inscrit au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles). Pour les candidats, il s'agit là d'un point discriminant central, car au-delà de la qualité de la formation, le titre de niveau 7 permet de changer d'orientation, de faire valoir ses acquis ou encore de travailler à l'étranger grâce à la reconnaissance des diplômes au niveau européen.
Un projet de loi relatif à la régulation de l'enseignement supérieur privé est examiné par les parlementaires. Comment le percevez-vous ?
Les principaux acteurs de la formation en ostéopathie accueillent très favorablement ce projet, car il répond à plusieurs de nos revendications : protéger les étudiants d'une part, notamment du point de vue financier et contractuel ; et instaurer des dispositifs de contrôle des établissements sur des critères administratifs comme qualitatifs.
Nous voulons aller plus loin encore, en créant une autorité publique indépendante (API). Celle-ci permettrait d'améliorer le contrôle qualitatif des formations, en mobilisant des données objectivables ; mais aussi la qualité des enseignants, le déroulement de la formation, etc.
Le gouvernement n'a toujours pas nommé les membres de la Commission consultative nationale d'agrément (CCNA). Alors que le processus de renouvellement des agréments des écoles d'ostéopathie a été repoussé de deux ans, craignez-vous une crise à l'image de celle qui a ébranlé le secteur il y a cinq ans ? Les autorités ont-elles selon vous tiré les leçons de cet épisode ?
Tout en ayant conscience qu'en cette année électorale le calendrier politique n'est pas favorable, nous attendons que les deux années à venir soient mises à profit pour initier une véritable réforme du dispositif d'agrément. Tout doit être fait pour éviter que des écoles initialement recalées soient, comme il y a cinq ans, finalement agréées à la seule discrétion des pouvoirs publics. C'est la raison pour laquelle nous défendons, en plus de la création d'une API, la mise en place d'un contrôle continu des établissements, ainsi qu'une distinction claire entre les critères d'agrément majeurs et ceux de moindre importance.
Laisser le marché décider de l'existence des écoles est tentant, mais contre-productif, car les établissements respectant la réglementation auront toujours un désavantage économique sur les autres. In fine, tous les acteurs concernés gagneront à une réforme qui harmonisera les critères d'agrément : les établissements de formation, bien sûr, mais aussi leurs élèves et surtout leurs futurs patients.
Quelles seraient les conséquences d'une nouvelle crise sur vos étudiants ?
Un étudiant qui confie à son école cinq années de sa vie et plusieurs dizaines de milliers d'euros est en droit d'attendre de l’État qu'il garantisse la qualité de sa formation. Que cette formation débouche sur de réelles perspectives d'installation, tout en assurant la sécurité de ses patients. Nos étudiants sont bien au fait de ces enjeux.
Quelles évolutions souhaiteriez-vous pour les années à venir ?
La FNESO attend des pouvoirs publics qu'ils s'emparent de la question de la régulation des écoles d'ostéopathie, et ce sur deux aspects : quantitatif, en tenant compte de l'évolution démographique de la profession au regard de celle de la population ; et qualitatif, en ne laissant pas certaines écoles peu scrupuleuses dégrader la qualité générale de la formation. Nous tenons enfin à mettre sur la table la question de la gouvernance de la profession, avec la création de cette API et auto-financée que nous appelons de nos vœux.
