Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 impose plus de 11 milliards d’euros de charges supplémentaires aux entreprises, selon le Medef. L’organisation patronale alerte sur un risque de destruction de 200 000 emplois et une pression sur les salaires, dans un contexte économique déjà dégradé.
Le Medef dénonce 11 milliards de surcoût sur le travail dans le budget 2027

Onze milliards d'euros. C'est le montant du choc que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 s'apprête à infliger aux entreprises françaises, selon les calculs du Medef. Un chiffre qui ne sort pas du chapeau : il représente 1,6 % de la masse salariale totale du secteur privé, avec des pointes à 4 % dans certaines branches. Traduit en termes concrets, cela équivaut à 550 euros de surcoût annuel par salarié.
Le problème, c'est que cette facture ne tombe pas au hasard. Elle intervient précisément au moment où les entreprises négocient les augmentations salariales annuelles obligatoires. Les salariés attendent des réponses sur leur rémunération, et voilà que l'essentiel des marges disponibles risque d'être absorbé par une hausse imposée du coût du travail. Le Medef ne cache pas son inquiétude : ces mesures pourraient importer des tensions sociales dans les entreprises, qui constituaient jusqu'à présent l'un des derniers espaces apaisés de la société française. Une manière de dire que le climat social, relativement préservé dans le privé malgré les turbulences politiques, pourrait rapidement se dégrader.
Neuf milliards sur les allègements généraux : les emplois peu qualifiés en première ligne
Sur les 11 milliards annoncés, 9,3 milliards proviennent de mesures touchant les allègements généraux de cotisations patronales. Ces allègements, mis en place pour alléger le coût du travail sur les bas salaires, visent précisément les emplois proches du Smic, les plus sensibles aux variations de charges. En clair, ce sont les postes les plus fragiles, ceux qui se créent ou se détruisent le plus facilement en fonction du coût du travail, qui seront les premiers touchés.
Le Medef avance une estimation : environ 200 000 emplois pourraient être détruits à moyen terme. Un chiffre qui mérite d'être examiné avec prudence, car il repose sur des modèles économétriques dont les hypothèses peuvent varier. Reste que la logique est implacable : si embaucher coûte plus cher, les entreprises embauchent moins, ou licencient davantage.
Redresser les comptes publics en taxant le travail : une contradiction de plus
Mais reprenons. Le gouvernement cherche à redresser les comptes publics, objectif louable et même nécessaire. Le déficit français dépasse les 5 % du PIB, la dette frôle les 115 %, et Bruxelles s'impatiente. Il faut donc trouver de l'argent. Seulement voilà : plutôt que de s'attaquer aux dépenses structurelles, aux doublons administratifs ou aux dispositifs inefficaces, on choisit une fois de plus de ponctionner les entreprises via le coût du travail.
Le problème, c'est que cette méthode revient à scier la branche sur laquelle on est assis. Taxer davantage le travail dans un pays où le chômage reste élevé et où la compétitivité s'érode, c'est prendre le risque d'aggraver les deux à la fois. En réalité, si les entreprises réduisent leurs effectifs ou renoncent à embaucher, les recettes de cotisations sociales diminueront mécaniquement. Et le déficit, loin de se résorber, pourrait même s'aggraver. C'est ce qu'on appelle un effet de second ordre, que les modèles budgétaires statiques peinent souvent à anticiper.
Un arbitrage politique qui engage l'avenir
Reste que le Parlement et le gouvernement devront trancher. Le Medef appelle à revenir en priorité sur les mesures touchant les allègements généraux de cotisations. L'argument est clair : ces allègements sont les plus efficaces pour soutenir l'emploi peu qualifié, et les supprimer revient à détruire des postes là où ils sont le plus nécessaires. Mais l'arbitrage politique est complexe : renoncer à ces 11 milliards, c'est trouver ailleurs les ressources pour financer la sécurité sociale et réduire le déficit.
Autrement dit, il faudra choisir : soit on continue de faire du travail la variable d'ajustement budgétaire, au risque d'aggraver le chômage et de fragiliser le climat social. Soit on accepte de s'attaquer aux dépenses publiques de manière plus ambitieuse, en réformant en profondeur le système de protection sociale et l'organisation de l'État. Le premier choix est plus facile à court terme. Le second est plus douloureux politiquement, mais probablement plus efficace économiquement.