Accord Mercosur et UE : 5 questions pour comprendre l’impact économique

L’accord du Mercosur signé entre l’Union européenne (UE) et le bloc sud‑américain Mercosur repositionne les grandes lignes du commerce mondial. Après plus de 25 ans de négociations, ce traité unique en son genre promet de réduire massivement les barrières tarifaires tout en suscitant de vives controverses, notamment agricoles et environnementales, au cœur des économies européenne et latino‑américaine.

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By Rédaction Published on 24 janvier 2026 17h00
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Accord Mercosur et UE : 5 questions pour comprendre l’impact économique - © Economie Matin
39%Les exportations de l’UE vers les pays du Mercosur pourraient augmenter d’environ 39 % d’ici 2040.

Le 17 janvier 2026, l’UE et le Mercosur ont signé un accord commercial structurant après plus d’un quart de siècle de discussions, un tournant pour le commerce transatlantique et l’économie globale. Explications en 5 questions-clés.

1. Qu’est‑ce que l’accord Mercosur‑UE et qui en sont les acteurs ?

L’accord signé lie l’Union européenne, regroupant 27 États membres, et le Mercosur, club économique sud‑américain composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. Ensemble, ces zones couvrent près de 780 millions de consommateurs, ce qui en fait l’un des plus vastes accords commerciaux existants.

Le traité se présente comme un accord d’association incluant un vaste volet de libre échange où les barrières douanières et non‑tarifaires sont réduites entre les deux blocs. Il s’agit du plus important accord de libre échange négocié par l’UE en termes d’ouverture réciproque des marchés.

2. Quels sont les principaux mécanismes commerciaux ?

Le cœur de l’accord repose sur la suppression des droits de douane. À terme, plus de 90 % des tarifs douaniers qui pénalisent aujourd’hui les échanges bilatéraux seront éliminés. Pour les exportations de l’UE vers les pays du Mercosur, cette suppression concerne 91 % des produits, tandis qu’une réduction similaire est prévue dans l’autre sens pour les exportations sud‑américaines vers l’UE.

Concrètement, cela signifie la possibilité d’exporter plus facilement des voitures, des pièces industrielles, des produits chimiques et pharmaceutiques européens vers l’Amérique du Sud sans les tarifs qui les rendaient moins compétitifs auparavant.

L’accord inclut aussi des engagements en matière de services, d’investissements et de facilitation des échanges, ainsi que des règles de concurrence et des dispositions sur la propriété intellectuelle.

3. Quels gains économiques sont envisagés ?

Selon les projections disponibles, l’impact direct sur le PIB de chacun des blocs devrait être modéré mais positif. Une analyse estime que l’abaissement des barrières tarifaires pourrait augmenter le PIB annuel européen de 77,6 milliards d’euros, soit environ 0,05 %, et celui du Mercosur de 9,4 milliards d’euros, soit 0,25 % d’ici 2040.

L’accord pourrait également dynamiser les échanges bilatéraux : les exportations de l’UE vers les pays du Mercosur pourraient augmenter d’environ 39 % d’ici 2040, ce qui représenterait près de 49 milliards d’euros supplémentaires, tandis que les importations en provenance d’Amérique latine progresseraient de quelque 17 milliards d’euros.

Pour la France, bien que le commerce global avec le Mercosur ne représente aujourd’hui qu’une fraction de ses exportations totales, l’accord facilitera l’accès des entreprises françaises aux marchés sud‑américains et la vente de services et produits transformés.

4. Quelles sont les principales oppositions et risques économiques ?

Malgré les bénéfices annoncés, l’accord suscite une vive opposition, en particulier dans les secteurs agricoles européens. Des agriculteurs craignent une concurrence accrue face à des produits sud‑américains moins coûteux, notamment dans l’élevage et certaines cultures sensibles, ce qui pourrait fragiliser des filières locales.

Des protections ont été intégrées, comme des quotas limités pour certains produits agricoles (par exemple pour la viande bovine et la volaille), mais ces clauses restent insuffisantes pour certains acteurs du secteur, lesquels redoutent une pression concurrentielle trop forte.

Un autre volet de critique porte sur les standards sociaux et environnementaux. Certains observateurs soulignent que des différences de normes de production pourraient créer des déséquilibres et des effets nocifs sur le climat et l’usage des terres, notamment en Amazonie.

5. Quel est l’état actuel de sa mise en œuvre et les prochaines étapes ?

L’accord a été signé en janvier 2026 à Asunción, au Paraguay, mais il n’est pas encore pleinement en vigueur. Il doit suivre un processus complexe de ratification par le Parlement européen et par chaque État membre de l’UE. Une fois ces étapes accomplies, certaines mesures commerciales pourront être appliquées de façon intérimaire, avant une ratification complète.

Les autorités européennes s’efforcent de convaincre les différents législateurs de l'intérêt stratégique de l’accord, estimant qu’il renforce la position commerciale de l’UE face à des tensions croissantes dans le commerce mondial et aux pressions des grandes économies mondiales comme la Chine et les États‑Unis.

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