Accord Mercosur : la France votera non, mais…

Le Mercosur revient au centre du jeu politique français. Alors que la colère agricole s’exprime dans la rue, Emmanuel Macron a tranché : la France votera contre l’accord de libre-échange entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Une décision lourde, symbolique, mais dont la portée réelle reste incertaine au niveau européen.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 janvier 2026 6h42
Mercosur : l'Italie se joint à la France pour stopper l'accord avec l'UE
Accord Mercosur : la France votera non, mais… - © Economie Matin
40%Les coûts de production en élevages de bovins viande du Mercosur étaient inférieurs en moyenne de 40% à ceux des élevages européens

Le 8 janvier 2026, au plus fort d’une mobilisation agricole nationale, Emmanuel Macron a annoncé que la France voterait contre l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, un texte négocié depuis plus de vingt ans. Ce vote contre, très attendu par le monde agricole, intervient alors que l’Europe s’apprête à trancher.

Mercosur : un accord ancien, au cœur de la colère agricole française

Le Mercosur désigne un marché commun sud-américain réunissant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Depuis la fin des années 1990, l’Europe négocie avec ce bloc un vaste accord commercial visant à supprimer une majorité de droits de douane. Toutefois, en France, cet accord cristallise depuis des années une opposition agricole profonde, constante et structurée.

Les syndicats agricoles dénoncent une concurrence jugée déloyale. Les filières bovines, avicoles et sucrières redoutent l’entrée massive de produits agricoles sud-américains, produits à des coûts plus faibles et selon des normes environnementales différentes. Ainsi, selon plusieurs responsables agricoles, le Mercosur menace directement la souveraineté alimentaire européenne, tout en fragilisant l’agriculture française déjà sous pression économique. De plus, les questions sanitaires, environnementales et climatiques alimentent durablement la contestation, alors que l’Europe impose à ses agriculteurs des règles toujours plus strictes.

La colère agricole s’est traduite, ces derniers jours, par des manifestations spectaculaires. À Paris, plus de 600 tracteurs et environ 2 200 manifestants ont convergé le 8 janvier 2026 vers des lieux symboliques, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur et relayés par TF1 Info. Ces mobilisations, fortement médiatisées, visaient explicitement le Mercosur, devenu le symbole d’un malaise agricole plus large, mêlant revenus, normes et reconnaissance politique.

Le vote contre de la France, une décision politique assumée par Macron

Face à cette pression, Emmanuel Macron a finalement annoncé que la France voterait contre l’accord. « La France a décidé de voter contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur », a déclaré le président de la République, selon Radio France. Cette prise de position marque un tournant politique, après des années d’ambiguïtés et de tentatives de renégociation.

Pour l’exécutif, ce vote contre repose sur plusieurs arguments. D’une part, Emmanuel Macron reconnaît un « rejet politique unanime » en France, tant au Parlement que dans l’opinion agricole. D’autre part, le chef de l’État estime que l’accord, négocié depuis trop longtemps, ne correspond plus aux priorités climatiques et agricoles actuelles de l’Europe. Selon ses mots rapportés par le média agricole Réussir, le Mercosur serait « un accord d’un autre âge », incapable de répondre aux exigences contemporaines.

Cependant, ce vote contre reste avant tout politique. Il permet au gouvernement de répondre à l’urgence sociale et agricole, tout en envoyant un signal aux syndicats mobilisés. Dans le même temps, Emmanuel Macron rappelle que la France demeure favorable au commerce international, à condition qu’il respecte des règles équitables.

Mercosur : une adoption européenne possible, le RN menace de censure

Malgré la décision française, l’avenir du Mercosur se joue désormais à Bruxelles. En effet, l’accord peut être adopté à la majorité qualifiée au Conseil de l’Union européenne. L’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et plusieurs pays nordiques soutiennent toujours le texte. Dans ce contexte, le vote contre de la France pourrait ne pas suffire à bloquer définitivement l’accord.

Une signature formelle pourrait intervenir rapidement, dès les prochaines semaines, avant une ratification par le Parlement européen. Autrement dit, même isolée, la France pourrait se retrouver face à un accord adopté sans son soutien. Ce scénario alimente les critiques internes, notamment au sein de la classe politique française, qui dénonce un échec diplomatique et une perte d’influence sur le dossier du Mercosur.

Cette séquence politique a ravivé la menace du Rassemblement national. Son président, Jordan Bardella, a accusé Emmanuel Macron de manœuvre tardive et a annoncé le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement. Selon Le Monde, le RN estime que le vote contre arrive trop tard et ne saurait masquer des années de soutien implicite au Mercosur.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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