En 2025, les remboursements de l’Assurance Maladie dessinent un paysage paradoxal : des médicaments consommés en masse, souvent banals, mais des dépenses tirées vers le haut par quelques traitements hors normes, dont le coût inquiète jusqu’aux responsables publics.
Assurance maladie : 437 euros remboursés par personne en moyenne

Au 14 janvier 2026, date de publication des données consolidées, l’Assurance maladie dresse un panorama précis des médicaments remboursés en 2025, révélant la concentration des dépenses et l’impact croissant des traitements innovants sur les montants dépensés par les patients et remboursés par la Sécurité sociale.
Les médicaments les plus remboursés : un volume colossal, un remboursement massif
Les médicaments remboursés par l’Assurance maladie atteignent des niveaux rarement observés, car, d’après les chiffres officiels, 61,8 millions d’assurés ont bénéficié d’au moins un remboursement sur l’année, ce qui traduit une diffusion quasi universelle. Ainsi, en moyenne, chaque assuré s’est vu rembourser 41 boîtes de médicaments, pour un coût annuel de 437 euros, selon l’Assurance maladie, un chiffre qui surprend par son ampleur mais aussi par sa stabilité par rapport aux années précédentes. Toutefois, si le nombre de boîtes progresse lentement, le remboursement global, lui, augmente nettement, car la facture totale atteint 27,2 milliards d’euros pour les médicaments délivrés en pharmacie de ville, en hausse de 7,2 %.
Dans ce paysage, les médicaments les plus remboursés restent souvent les plus courants, et le paracétamol domine largement en volume, avec environ 430 millions de boîtes prises en charge sur un an, selon BFMTV. Pourtant, même si ce médicament figure en tête des boîtes remboursées, son coût global, estimé à 371,6 millions d’euros, demeure modeste comparé aux traitements spécialisés. Ainsi, le remboursement des médicaments par l’Assurance maladie révèle un contraste saisissant : une majorité de boîtes à faible coût, mais une minorité de médicaments onéreux qui pèsent lourdement sur les comptes, ce qui alimente les débats sur la soutenabilité du système.
Des médicaments à coût élevé qui concentrent l’essentiel des remboursements
Si les volumes impressionnent, les médicaments les plus coûteux inquiètent davantage, car ils concentrent une part disproportionnée du remboursement. Selon l’Assurance maladie, seuls 3 % des volumes délivrés concernent des médicaments dont le prix unitaire dépasse 50 euros, mais ils absorbent à eux seuls 68 % des dépenses remboursées, un déséquilibre qui s’accentue année après année. À l’inverse, les médicaments à moins de 5 euros représentent 75 % des boîtes délivrées, tout en ne pesant que 10 % des dépenses.
Cette concentration s’explique en grande partie par l’essor des traitements innovants, notamment en oncologie, car les anticancéreux ont représenté 7,1 milliards d’euros de remboursement en 2024-2025, avec une progression annuelle de 11,5 %. De plus, l’Assurance maladie recense désormais 21 médicaments dont le coût dépasse 100 000 euros par patient et par an, alors qu’ils n’étaient qu’un seul à franchir ce seuil en 2015, d’après le magazine professionnel What’s Up Doc. Certains traitements atteignent même plus de 185 000 euros annuels avant remises, un niveau jugé préoccupant par les autorités.
Les seniors consomment près de 10 fois plus de médicaments que les jeunes
Au-delà des montants globaux, les médicaments remboursés illustrent de fortes disparités selon l’âge, car la consommation augmente mécaniquement avec le vieillissement. Ainsi, les personnes de plus de 79 ans se voient rembourser en moyenne 108 boîtes de médicaments par an, contre seulement 16 pour les 18-30 ans, selon une analyse publiée par La Tribune. Cette différence reflète la polymédication des seniors, mais aussi la prévalence accrue des maladies chroniques, ce qui alourdit le coût du remboursement pour l’Assurance maladie, tout en posant la question de la pertinence de certaines prescriptions.
Dans ce contexte, le taux de remboursement global des médicaments atteint 87,6 %, un niveau élevé qui confirme la générosité du système français. Toutefois, Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance maladie, a souligné qu’« il n’est pas question de mettre en place des quotas de prescription de médicaments », insistant sur la nécessité de préserver l’accès aux soins tout en maîtrisant les dépenses. Cette position illustre la tension permanente entre remboursement, coût et équité, car, d’un côté, l’innovation médicale sauve des vies, mais, de l’autre, elle renchérit considérablement la facture collective.
