La Chine multiplie par quatre ses exportations automobiles en quatre ans, atteignant 12 millions de véhicules en 2026. Le PDG de Ford, Jim Farley, avertit les États-Unis de ne pas reproduire l’erreur européenne, où les constructeurs chinois détiennent déjà 12% du marché. Entre partenariats stratégiques et concurrence directe, les géants occidentaux cherchent leur voie face à une offensive qui menace emplois et souveraineté industrielle.
Automobile : la Chine quadruple ses exportations et inquiète l’Occident

En seulement six ans, les exportations automobiles de la Chine ont été multipliées par quatre, passant de 3 millions de véhicules en 2022 à une prévision de 12 millions en 2026. Cette impressionnante croissance alarme les constructeurs occidentaux, déjà confrontés à une baisse de leurs parts de marché. Lors de l'Automotive News Congress à Detroit le 29 septembre 2026, le PDG de Ford, Jim Farley, a lancé un avertissement inédit.
12 millions de véhicules chinois attendus en 2026
Les chiffres de l'industrie automobile chinoise sont éloquents, avec un quadruplement des exportations entre 2022 et 2026 pour atteindre 12 millions de véhicules. GlobalData rapporte que la part de marché mondiale des marques chinoises a progressé de 70% entre 2020 et 2025, bouleversant les équilibres traditionnels du secteur. Ce bouleversement est soutenu par d'importants investissements publics en électrification et technologies de batteries, donnant aux constructeurs chinois un avantage compétitif grâce à des coûts de production réduits et une maîtrise technologique, leur permettant de proposer des véhicules électriques à des prix très compétitifs à l'international.
En Europe, les constructeurs chinois détenaient 12% du marché en août 2026, selon Dataforce, alors qu'ils étaient absents en 2020. Jim Farley décrit la situation européenne comme un point de non-retour : « Je regarde ce qui se passe en Europe (...) et il est trop tard. » L'Allemagne et la France voient leurs entreprises automobiles perdre du terrain, comme en témoigne le chômage partiel de trois usines Stellantis en octobre, menaçant ainsi les emplois industriels et le savoir-faire accumulé.
Les stratégies des constructeurs occidentaux pour survivre
Face à cette concurrence chinoise, les entreprises américaines optent pour des stratégies mixtes. Jim Farley prône une collaboration pragmatique : « Nous allons nous associer avec les Chinois là où nous n'avons pas de propriété intellectuelle (...) » Cette approche suscite des préoccupations de la part du gouvernement américain, notamment du secrétaire aux Transports, Sean Duffy, qui craint une dépendance technologique et stratégique. Malgré cela, Farley insiste sur la nécessité de concurrencer les Chinois tout en collaborant avec eux.
Ford a établi des partenariats stratégiques avec Geely et CATL. En juillet 2026, Ford s'est associé à Geely pour produire des véhicules électriques en Espagne. Un accord avec CATL vise également à produire des batteries à faible coût dans le Michigan. Ces collaborations permettent à Ford de réduire ses coûts de production et de préparer le lancement d'un « véhicule électrique universel » pour le marché américain.
Impact sur l'emploi et la compétitivité occidentale
Aux États-Unis, des barrières protectrices, comme l'interdiction des logiciels automobiles chinois et des droits de douane élevés, empêchent pour le moment l'accès des constructeurs chinois. Toutefois, le président Donald Trump a suggéré que les constructeurs chinois pourraient être acceptés s'ils produisent localement, soulevant des questions sur l'impact sur l'emploi et la technologie américaine.
Le secteur automobile est crucial pour les économies occidentales, employant des millions de personnes. Les équipementiers et fournisseurs sont fortement dépendants des constructeurs historiques. L'essor chinois pourrait transformer la géographie industrielle mondiale, avec des conséquences sociales importantes en Europe et aux États-Unis.
Jim Farley appelle à la prudence, signalant aux décideurs américains qu'une stratégie est nécessaire pour encadrer cette concurrence. Alors que l'Europe a laissé les constructeurs chinois pénétrer son marché sans défense, les États-Unis ont encore l'opportunité de définir les conditions de cette concurrence, afin de protéger l'emploi et la souveraineté technologique occidentale.