Depuis trop longtemps, le sujet des prélèvements obligatoires sur les salaires est laissé de côté dans le débat public. En tant que chef d’entreprise, je considère qu’il est de mon devoir de prendre la parole et de défendre les intérêts de mes collaborateurs.
Cotisations salariales : il est temps d’agir !

Ces réflexions figuraient déjà dans mon ouvrage « Ma boîte à outils pour la reprise » (2015), je participe à un débat que nous ne pouvons plus éviter. J'ai commencé à travailler comme apprenti en 1960 et créé mon entreprise en 1975 que j'ai développée jusqu'à atteindre 5 000 employés. Pendant ces premières 15 années, les prélèvements sur salaire étaient de 20 % et ils n'ont cessé d'augmenter.
Les salariés : acteurs fondamentaux de l'entreprise
Après les clients, les salariés sont les acteurs les plus importants dans une entreprise. Ce sont eux qui créent la valeur, innovent, servent et fidélisent. Pourtant, la réalité des prélèvements actuels s'apparente à une véritable injustice : si les entrepreneurs s'accordent à dire que leurs collaborateurs représentent la valeur fondamentale de l'entreprise, ceux-ci ne perçoivent en pratique qu'une fraction de ce qu'ils méritent réellement.
Quand j'ai commencé à travailler en 1960, les cotisations représentaient à peine 20 % du salaire brut. Aujourd'hui, ce taux frise les 50 %. Ce n'est pas une fatalité : c'est le résultat de choix politiques que nous pouvons et devons remettre en question. Pour exemple, pour un salaire de 4 000 € brut, le net serait de 3 200 € au lieu d'à peine 3 000 € aujourd'hui.
La vérité sur les « charges patronales »
Arrêtons de parler de « charges patronales ». Cette terminologie est une fiction comptable. La réalité de la gestion d'entreprise est simple : les budgets sont établis en pourcentage de la masse salariale. Celle-ci est ensuite répartie entre salaires nets et cotisations, selon les taux fixés par les autorités. Il ne s'agit donc que de charges salariales, supportées en réalité par les salariés eux-mêmes.
Des prélèvements injustifiés : un inventaire à la Prévert
Examinons concrètement ce que l'on demande aux salariés de financer :
- La politique familiale (5,25 % du salaire brut) : pourquoi les salariés doivent-ils financer une politique décrétée par les politiques, qui profite à l'ensemble de la société ?
- L'assurance chômage (4,25 % du salaire brut) : pourquoi ce sont les victimes — les salariés qui perdent leur emploi — qui paient, alors que les véritables responsables sont les décisions politiques et économiques qui mettent les entreprises en concurrence nationale et internationale ?
- Les intermittents du spectacle : pourquoi les salariés ordinaires financent-ils seuls un régime spécifique dont bénéficient bien d'avantage les chefs d'entreprise, les fonctionnaires et les retraités qui ne cotisent pas ?
- La taxe d'apprentissage : pourquoi les salariés financent-ils la formation des apprentis, alors que les étudiants du système classique ne contribuent pas ? L'apprentissage devrait être intégré dans l'Éducation nationale.
- La visite médicale : les salariés s'acquittent d'une cotisation annuelle pour une visite qui n'a lieu que tous les trois ans. Ce poste « divers » et autres avoisine les 2 %, ce qui est proprement excessif.
Toutes ces charges indues pèsent sur les salariés de manière injuste et doivent être remises à plat.
Revenir à 20 % : un objectif atteignable
Pour retrouver un taux de prélèvement autour de 20 %, plusieurs réformes s'imposent. Elles nécessitent du courage politique, mais elles existent :
- Suppression de la CSG et de la CRDS : ces contributions, créées comme temporaires, sont devenues permanentes et pénalisent directement le pouvoir d'achat.
- Responsabilisation financière des employeurs : à l'instar du modèle néerlandais, les employeurs devront assumer financièrement les absences de leurs salariés pendant deux années, à condition qu'on leur en donne les moyens, ou souscrire une assurance pour couvrir ce risque. Ce mécanisme responsabilise et réduit le recours abusif aux arrêts de travail.
- Prise en charge par les entreprises des ruptures conventionnelles et de leurs conséquences indemnitaires, afin de réduire la mutualisation systématique au détriment des caisses collectives.
- Assurances privées pour les risques spécifiques : certains risques particuliers (comme l'équitation) doivent être couverts intégralement par des assurances dédiées, et non partiellement mutualisées.
- Exonération de charges sur les primes : à l'image des fonctionnaires qui cotisent à la PREFON, les salariés du privé devraient pouvoir souscrire à des dispositifs d'épargne retraite avec des primes exonérées de cotisations.
- Suppression des impôts de production : ces imposés frappent les entreprises qu'elles soient bénéficiaires ou déficitaires, dégradent leur compétitivité, freinent l'emploi et sont responsables de la désindustrialisation.
La TVA sociale : un impératif de justice
La TVA sociale est une réforme indispensable. Elle permet de faire contribuer l'ensemble des agents économiques — y compris les fonctionnaires, les retraités et les produits importés — au financement de notre protection sociale, et non les seuls salariés. C'est une question d'équité fondamentale : ceux qui profitent du système doivent contribuer à son financement.
L'argument souvent avancé contre cette mesure est la hausse des prix. Mais avec toutes les mesures proposées ici, l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés compensera très largement l'éventuelle hausse de TVA. Au final, le travail paiera de nouveau.
S'inspirer des modèles qui fonctionnent
Deux exemples étrangers méritent d'être cités :
- Les Pays-Bas : avec une responsabilité financière directe des employeurs sur les arrêts maladie, ce système responsabilise et réduit les abus, tout en incitant les entreprises à investir dans la santé au travail.
- La Suisse : avec un Code du travail de 60 pages seulement, contre 4 260 pages en France, la Suisse démontre qu'un droit social efficace et protecteur n'est pas synonyme de complexité administrative écrasante.
Ces modèles ne sont pas des utopies. Ils fonctionnent. Il suffit de vouloir les adapter à notre contexte.
Conclusion : remettre le travail à l'honneur
J'aurais dû intervenir bien plus tôt dans ce débat. Je le reconnais. Mais il n'est jamais trop tard. En tant que chef d'entreprise, je ne suis pas le coupable de cette situation, mais j'en suis responsable : j'obéis à la loi, et je ne me suis pas assez battu contre cette injustice.
Il est temps de remettre à plat l'ensemble du système, en réintroduisant davantage de responsabilité individuelle, aussi bien pour les employeurs que pour les salariés. C'est à ce prix que l'on pourra redonner à nos collaborateurs ce qu'ils méritent réellement, et faire en sorte que, de nouveau, le travail paie.
La mise en œuvre de mes préconisations permettrait de retrouver compétitivité et dynamisme économique, favorisant ainsi le retour à l'emploi de plus de personnes, la hausse du pouvoir d'achat des actifs et une meilleure capacité à se loger.
