Apeuré par la vente de la dette américaine, Trump menace à nouveau l’UE

La dette américaine devient un levier politique inédit. En Europe du Nord, des investisseurs institutionnels commencent à s’en détourner, sur fond de tensions sur le Groenland. Cette vente partielle de la dette des États-Unis inquiète Washington et déclenche à nouveau des menaces directes de Donald Trump.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 23 janvier 2026 6h22
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Apeuré par la vente de la dette américaine, Trump menace à nouveau l’UE - © Economie Matin
38000 MILLIARDS $La dette des Etats-Unis a dépassé les 38000 milliards de dollars.

Depuis janvier 2026, la dette américaine s’impose comme un instrument de pression stratégique entre les États-Unis et l’Europe, sur fond de tensions autour du Groenland. Des fonds européens vendent des bons du Trésor. Washington observe. Donald Trump avertit.

Dette américaine : pourquoi des investisseurs européens vendent des titres américains

La dette américaine repose historiquement sur une confiance mondiale quasi mécanique. Pourtant, ce pilier vacille depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le Président américain a relance la guerre commerciale dans le monde dès 2025 puis a franchi un cap en enlevant Maduro début 2026 et en menaçant explicitement d’envahir le Groenland, territoire danois et donc partie de l’Union européenne et de l’OTAN. En Europe du Nord, plusieurs investisseurs institutionnels ont donc décidé de réduire leur exposition aux bons du Trésor des États-Unis, un mouvement encore limité mais politiquement symbolique.

En Suède, le fonds de pension Alecta a vendu la majorité de ses obligations souveraines américaines. Cette décision s’est étalée sur plusieurs mois, mais elle a été rendue publique en janvier 2026. Le directeur des investissements du fonds a expliqué que cette réduction massive de dette américaine résultait d’une hausse du risque politique et d’une imprévisibilité croissante de la gouvernance américaine, selon Reuters. La vente représenterait entre 7,7 et 8,8 milliards de dollars, soit environ 7,1 à 8,1 milliards d’euros.

Au Danemark, le fonds AkademikerPension suit une logique similaire mais plus radicale. Il a annoncé vouloir se séparer de l’intégralité de ses bons du Trésor américains d’ici fin janvier 2026. L’encours concerné atteint environ 100 millions de dollars, soit près de 92 millions d’euros. Anders Schelde, directeur des investissements du fonds, a justifié ce choix en affirmant que « les finances publiques américaines ne sont pas soutenables à long terme ».

Ce mouvement, encore marginal en volume, s’inscrit toutefois dans une réévaluation plus large. De grands investisseurs institutionnels nord-européens seraient en train de reconsidérer leur exposition aux actifs américains en raison des tensions géopolitiques et de l’incertitude politique aux États-Unis. Dès lors que les Etats-Unis ne sont plus garants de la paix mondiale, la dette américaine n’est plus neutre.

La dette, une arme financière difficile à manier

L’idée d’utiliser la dette américaine comme levier contre Washington circule désormais ouvertement dans le débat européen. Les chiffres sont considérables. Les investisseurs européens détiendraient environ 8 000 milliards de dollars d’actions et d’obligations américaines, détaille La Tribune. Cette masse confère, en théorie, un pouvoir de nuisance important.

Cependant, dans la pratique, l’arme est à double tranchant. Une vente massive de dette américaine ferait baisser la valeur des portefeuilles européens eux-mêmes, tout en provoquant une hausse des taux d’intérêt mondiaux. La Banque centrale européenne, comme les grandes institutions financières, reste donc prudente. En outre, les États-Unis disposent d’un avantage structurel. Le dollar reste la monnaie de réserve dominante. Les bons du Trésor américain demeurent liquides, même en période de stress. Autrement dit, vendre de la dette américaine est possible, mais la remplacer est complexe. Les alternatives crédibles, qu’il s’agisse de dette européenne ou asiatique, n’offrent pas le même volume ni la même profondeur de marché.

Pourtant, le signal politique est clair. En vendant une partie de la dette américaine, certains acteurs européens expriment une défiance stratégique. Ils indiquent que la relation transatlantique n’est plus uniquement économique. Elle devient conditionnelle. Cette évolution inquiète Washington, d’autant qu’elle coïncide avec des tensions diplomatiques ouvertes autour du Groenland.

De nouvelles menaces de Donald Trump contre l’Europe

Face à ces signaux européens, Donald Trump a réagi avec fermeté. En marge du Forum économique mondial de Davos, le président américain a explicitement mis en garde les pays européens contre toute tentative de pression financière via la dette américaine. « S’ils faisaient cela, il y aurait de grosses représailles, et nous avons toutes les cartes en main », a-t-il déclaré, selon La Dépêche.

Donald Trump a lié la question de la dette américaine à celle du Groenland, territoire stratégique relevant du Danemark. Lors de son discours à Davos, il a affirmé que les États-Unis avaient besoin d’un contrôle total du Groenland pour des raisons de défense, déclarant qu’il était impossible de le protéger « avec un simple bail ».

De son côté, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a tenté de minimiser l’impact des ventes européennes de dette américaine. Selon The Guardian, il a déclaré que l’investissement danois dans les bons du Trésor était « insignifiant », reflétant une volonté de calmer les marchés. Toutefois, le message politique reste clair : Washington ne tolérera pas que sa dette soit utilisée comme une arme diplomatique.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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