Espérance de vie sans incapacité : la France face à un ralentissement

La France vieillit. Lentement, mais sûrement. Pourtant, derrière l’augmentation continue de l’espérance de vie, une autre réalité s’impose désormais au cœur du débat public : celle de la durée de vie réellement vécue en bonne santé. Car vivre plus longtemps ne signifie pas nécessairement vivre mieux. Les données récentes montrent une progression réelle de l’espérance de vie sans incapacité, mais aussi un ralentissement préoccupant. Un signal faible, mais lourd de conséquences.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 22 janvier 2026 13h38
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Espérance de vie sans incapacité : la France face à un ralentissement - © Economie Matin
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En janvier 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques a publié de nouveaux chiffres sur l’espérance de vie sans incapacité en France. Cet indicateur, central dans l’analyse du vieillissement, mesure le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans limitations importantes dans les activités du quotidien. À l’heure où la société française débat de retraite, de dépendance et de prévention, ces données dessinent un portrait plus nuancé que celui d’une simple longévité en hausse.

Une espérance de vie en bonne santé en hausse, mais à un rythme ralenti

L’espérance de vie sans incapacité progresse en France depuis plus de quinze ans. À 65 ans, les femmes peuvent espérer vivre en moyenne 11,8 années sans incapacité, tandis que les hommes disposent de 10,5 années dans les mêmes conditions, selon la DREES, le 22 janvier 2026. Ces chiffres confirment une amélioration continue de la qualité de vie après 65 ans, amorcée à la fin des années 2000.

Toutefois, cette progression n’est pas linéaire. La DREES souligne que l’essentiel de la hausse s’est concentré avant 2019. Depuis cette date, l’augmentation est devenue marginale. En cinq ans, les femmes n’ont gagné que quelques mois d’espérance de vie sans incapacité, et les hommes encore moins. Ce ralentissement marque une rupture dans la dynamique observée précédemment et interroge la capacité du système de santé à repousser durablement l’apparition des incapacités.

Espérance de vie globale et espérance de vie sans incapacité : un écart persistant

Si les Français vivent longtemps, ils ne vivent pas tous ces années en bonne santé. À 65 ans, l’espérance de vie totale atteint près de 23,6 ans pour les femmes et 19,9 ans pour les hommes, toujours selon la DREES. Autrement dit, près de la moitié des années vécues après 65 ans s’accompagnent de limitations fonctionnelles, parfois lourdes.

Cette distinction est essentielle. L’espérance de vie globale masque la réalité vécue par les individus. L’espérance de vie sans incapacité, elle, révèle le poids croissant des maladies chroniques, des troubles musculo-squelettiques ou des limitations liées au vieillissement. Selon l’Insee, ces incapacités n’impliquent pas toujours une perte totale d’autonomie, mais elles affectent durablement la qualité de vie et la participation sociale.

À la naissance, une stagnation inquiétante de la vie en bonne santé

Les données à la naissance sont encore plus révélatrices. En 2024, l’espérance de vie sans incapacité à la naissance s’élève à 64,1 ans pour les femmes et 63,7 ans pour les hommes, selon l’Insee. L’écart entre les sexes est faible, bien plus réduit que celui observé pour l’espérance de vie totale. Cependant, ces chiffres traduisent une quasi-stagnation, voire un léger recul pour les femmes par rapport aux années précédentes. L’Insee souligne que cette évolution contraste avec la poursuite de la hausse de l’espérance de vie globale. Autrement dit, les années gagnées ne sont pas nécessairement des années vécues en bonne santé, ce qui alimente les inquiétudes des démographes et des acteurs de santé publique.

Les inégalités sociales jouent également un rôle déterminant. Selon l’Insee, les personnes appartenant aux catégories socio-professionnelles les plus modestes connaissent non seulement une espérance de vie plus courte, mais aussi une durée de vie en bonne santé significativement réduite. Les conditions de travail, l’exposition aux risques professionnels et l’accès aux soins influencent directement l’apparition précoce des incapacités.

Une position favorable en Europe, mais fragile

À l’échelle européenne, la France reste bien positionnée. La DREES indique que l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est supérieure à la moyenne de l’Union européenne, en particulier pour les femmes. Cette performance s’explique en partie par un système de soins accessible et par des politiques de prévention relativement développées.

Cependant, cet avantage tend à se réduire. Plusieurs pays nordiques affichent désormais des trajectoires plus dynamiques en matière de vieillissement en bonne santé. Le ralentissement observé en France pourrait, à terme, remettre en cause cette position favorable si aucune inflexion n’est engagée.

L’évolution de l’espérance de vie en bonne santé dépasse largement le cadre statistique. Elle interroge directement les politiques publiques. Le débat sur l’âge de la retraite, par exemple, ne peut être dissocié de la capacité réelle des individus à travailler sans limitations fonctionnelles jusqu’à un âge avancé. Elle pose également la question du financement de la dépendance. Plus les années vécues avec incapacités augmentent, plus la pression sur les systèmes de santé et de solidarité s’intensifie. La DREES rappelle que retarder l’apparition des incapacités constitue l’un des leviers les plus efficaces pour contenir la hausse des dépenses sociales à long terme.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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