French January contre Dry January : quand le lobby de l’alcool contre-attaque

Le French January s’invite désormais dans le débat public français pour tenter de faire écran au Dry January. Derrière cette opération de communication, le lobby du vin et des spiritueux défend la modération contre l’abstinence, tout en minimisant les dangers sanitaires de l’alcool. Une stratégie politique et culturelle qui interroge.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 12 janvier 2026 6h10
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, classe l’alcool comme cancérogène avéré de groupe 1, au même titre que l’amiante ou le tabac.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, classe l’alcool comme cancérogène avéré de groupe 1, au même titre que l’amiante ou le tabac. - © Economie Matin
120 MILLIARDS €L'alcool représente un coût social de près de 120 milliards d'euros par an.

En janvier 2026, le French January s’est imposé dans l’espace médiatique comme une réponse assumée au Dry January, ce mois sans alcool promu par les acteurs de santé. Présenté comme une alternative « à la française », le French January revendique une consommation modérée d’alcool, notamment de vin, et s’oppose frontalement à l’abstinence temporaire portée par le Dry January. Ce bras de fer révèle une fracture profonde entre santé publique et intérêts économiques, sur fond de pression du lobby de l’alcool.

French January, une riposte organisée contre le Dry January et la santé publique

Le French January n’est pas né spontanément. Au contraire, il a été lancé début janvier 2026 par la filière viticole française, avec le soutien de structures professionnelles représentant le secteur de l’alcool. Officiellement, le French January se veut une célébration de la « modération responsable ». Pourtant, dans les faits, le French January vise clairement à contrecarrer le Dry January, perçu comme une menace culturelle et économique. Cette initiative s’inscrit donc dans une stratégie de communication défensive, assumée par les acteurs du vin, face à une campagne de santé publique jugée trop radicale.

Or, le Dry January repose sur un principe simple et documenté : une abstinence totale pendant un mois permet de réinterroger sa consommation d’alcool. Selon une étude, près de 60 % des participants au Dry January continuent à réduire leur consommation d’alcool plusieurs mois après l’opération, relaye The Connexion. Ces résultats sont régulièrement mis en avant par les acteurs de la santé, mais ils sont systématiquement relativisés par les promoteurs du vin, qui dénoncent un prétendu effet de culpabilisation.

Dans ce contexte, le French January se présente comme une initiative « culturelle », valorisant le vin comme patrimoine national. Toutefois, cette rhétorique masque difficilement une réalité politique. En France, le Dry January ne bénéficie toujours pas d’un soutien officiel de l’État, contrairement à d’autres pays européens. Cette absence s’explique notamment par la pression constante du lobby de l’alcool, régulièrement dénoncée par les associations de prévention.

Alcool et santé : ce que le French January passe sous silence

Le French January évite soigneusement de rappeler les données les plus lourdes sur les dangers de l’alcool. Pourtant, les chiffres sont connus et largement documentés. En France, l’alcool est responsable d’environ 41 000 décès par an, toutes causes confondues, selon des données de santé publique. De plus, l’alcool entraîne environ 580 000 hospitalisations annuelles et représente un coût social estimé à 120 milliards d’euros par an, toujours selon ces mêmes sources.

Face à ces chiffres, le discours du French January apparaît pour le moins édulcoré. En mettant en avant la « responsabilité individuelle », la campagne déplace le problème. Elle suggère que la consommation d’alcool serait uniquement une question de choix personnel, alors même que les études montrent l’impact des normes sociales et culturelles sur les comportements. Le Dry January, à l’inverse, s’appuie sur un cadre collectif et temporaire, facilitant l’arrêt grâce à un effet d’entraînement social.

Les bénéfices sanitaires du Dry January sont par ailleurs mesurables. Une étude française publiée début janvier 2026 indique que la proportion de participants déclarant un « très bon sommeil » passe de 9 % avant janvier à 24 % pendant le mois d’abstinence, selon The Connexion. Par ailleurs, de nombreux participants rapportent une amélioration du bien-être mental et physique, des effets rarement évoqués par les promoteurs du French January, qui préfèrent insister sur le plaisir et la convivialité associés à l’alcool. Cette omission n’est pas anodine. Elle participe à une banalisation des risques liés à l’alcool, alors même que les autorités sanitaires rappellent qu’il n’existe pas de consommation sans risque. En refusant de porter ce message, le French January contribue à brouiller la compréhension du public.

Pourquoi le French January rate sa cible face au Dry January

Le French January échoue principalement parce qu’il s’adresse à un public qui n’est pas celui du Dry January. Les participants au Dry January cherchent souvent à faire une pause, à tester leur rapport à l’alcool ou à améliorer leur santé. Leur proposer la modération revient à prêcher des convaincus ou à détourner l’attention de l’objectif initial. Cette stratégie manque sa cible, car elle ne répond pas aux motivations profondes des participants au Dry January.

De plus, le discours du French January souffre d’un déficit de crédibilité sanitaire. En se positionnant contre l’abstinence, la campagne apparaît davantage comme une opération de lobbying que comme une initiative de prévention. Cette perception est renforcée par l’absence de soutien des acteurs de santé publique, qui continuent de privilégier le Dry January comme outil efficace de réduction des risques liés à l’alcool.

Enfin, le French January se heurte à une évolution sociétale. Le rapport à l’alcool change, notamment chez les jeunes générations, plus sensibles aux enjeux de santé et moins attachées aux traditions viticoles. Le succès croissant du Dry January, malgré l’absence de soutien gouvernemental, illustre cette mutation. Selon un sondage publié fin 2025, près d’un Français sur deux envisageait de participer au Dry January.

En cherchant à défendre le vin comme symbole identitaire, le French January s’inscrit à contre-courant de cette dynamique. Il rate ainsi sa cible, non seulement en termes de santé publique, mais aussi en termes d’adhésion sociale. Face à des données sanitaires solides et à une demande croissante de sobriété choisie, la modération brandie par le French January apparaît comme une réponse datée à un problème contemporain.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «French January contre Dry January : quand le lobby de l’alcool contre-attaque»

Leave a comment

* Required fields