Les dérives liées à la génération d’images sexuelles par l’intelligence artificielle Grok ont déclenché une réaction en chaîne sans précédent. En quelques jours, des États ont bloqué l’accès à la plateforme X ou menacé de le faire, tandis que des régulateurs exigent des garanties immédiates.
De l’Indonésie à l’Europe, la riposte des États contre X après l’affaire Grok

Depuis le début du mois de janvier 2026, la plateforme X, propriété d’Elon Musk, est confrontée à une succession de décisions politiques après la diffusion massive d’images sexuelles générées par son IA Grok. Ces contenus, parfois créés à partir de photos de personnes réelles sans consentement, ont provoqué une onde de choc internationale et replacé la question de la responsabilité des plateformes numériques au centre du débat public.
Des blocages immédiats en Asie du Sud-Est, un signal fort envoyé à X
La décision la plus forte est venue d’Asie du Sud-Est. L’Indonésie a été le premier pays à décider un blocage total de l’accès à Grok, estimant que l’outil permettait la production de contenus portant gravement atteinte à la dignité humaine. Les autorités indonésiennes ont expliqué que, malgré des restrictions annoncées par X, les mécanismes de protection restaient inefficaces. Elles ont souligné que des images sexuelles manipulées continuaient de circuler, parfois à partir de visages de femmes identifiables, ce qui constitue une infraction pénale selon le droit local, rapporte Reuters.
Dans la foulée, la Malaisie a adopté une mesure similaire. Le régulateur des télécommunications a ordonné la suspension de l’accès à Grok, invoquant une utilisation répétée pour produire des images sexualisées non consenties. Selon l’agence Associated Press, les autorités malaisiennes ont précisé que le blocage resterait en vigueur tant que X ne démontrerait pas la mise en place de garde-fous techniques réellement opérationnels. Cette synchronisation a montré que les États pouvaient agir rapidement face aux dérives de l’intelligence artificielle.
Menaces de sanctions en Europe et au Royaume-Uni, X sous pression
En Europe, la réaction a pris une forme différente mais tout aussi contraignante. Au Royaume-Uni, le gouvernement a averti que X pourrait faire l’objet de sanctions lourdes, voire d’un blocage partiel, en cas de non-respect de la législation sur la sécurité en ligne. Les autorités britanniques s’appuient sur l’Online Safety Act, qui impose aux plateformes une obligation renforcée de protection des utilisateurs contre les contenus illégaux. Un responsable du régulateur Ofcom, qui a ouvert une enquête formelle ce 12 janvier 2026, a déclaré que « l’inaction ou les réponses insuffisantes ne seront pas tolérées », selon le quotidien The Guardian.
Au niveau de l’Union européenne, la pression s’intensifie également. La Commission européenne a exigé de X la conservation de toutes les données liées au fonctionnement de Grok, afin de permettre d’éventuelles enquêtes dans le cadre du Digital Services Act. D’après Reuters, plusieurs États membres, dont l’Allemagne et la France, envisagent des procédures coordonnées si la plateforme ne prouve pas rapidement sa conformité. Les régulateurs européens estiment que la diffusion d’images sexuelles générées par IA constitue un risque systémique, notamment pour les mineurs, et qu’elle engage directement la responsabilité de l’opérateur.
Pourquoi ces mesures visent directement X et son modèle de gouvernance
Si Grok est au cœur du scandale, c’est bien la gouvernance globale de X qui est aujourd’hui remise en cause. Les autorités reprochent à la plateforme d’avoir privilégié la rapidité de déploiement de ses outils d’IA au détriment de la sécurité. Selon une enquête de Reuters, les restrictions introduites après les premières polémiques, comme la limitation de certaines fonctionnalités aux abonnés payants, n’ont pas empêché la génération d’images sexuelles non consenties, y compris de mineurs.
Cette situation alimente un débat plus large sur la responsabilité juridique des plateformes intégrant des intelligences artificielles génératives. Plusieurs experts cités par l’agence AP soulignent que, dès lors qu’un service est conçu pour produire des images à partir de données fournies par l’utilisateur, l’opérateur ne peut se retrancher derrière une simple neutralité technique. Les gouvernements estiment que X doit anticiper les usages abusifs et non se contenter de réagir après coup, surtout lorsque les conséquences touchent à l’intégrité et à la vie privée des personnes.
La communication d’Elon Musk n’a pas aidé à calmer la grogne. Des responsables politiques européens ont critiqué des prises de position minimisant la portée du problème ou dénonçant une prétendue censure. Pour les régulateurs, l’enjeu dépasse la liberté d’expression et concerne la protection des droits fondamentaux à l’ère de l’IA. Comme l’a résumé un haut fonctionnaire européen cité par The Guardian, « l’innovation ne peut pas servir d’excuse à l’absence de règles claires et appliquées ».
