IA : un usage quotidien associé à un sur-risque de dépression

Une vaste étude américaine associe un usage quotidien de l’IA à une probabilité accrue de symptômes dépressifs, suscitant l’attention des experts français à un moment où près de 4 Français sur 10 utiliseraient déjà des outils d’intelligence artificielle dans leur vie quotidienne.

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By Aurélie Giraud Published on 28 janvier 2026 11h12
IA dépression santé mentale
L’IA conversationnelle s’impose dans le quotidien, parfois comme substitut d’échanges humains. - © Economie Matin
30%Sur-risque de symptômes dépressifs observé chez les utilisateurs quotidiens d’IA, selon une étude publiée début 2026.

L’intelligence artificielle s’impose désormais comme un outil du quotidien, aussi bien dans la sphère professionnelle que personnelle. Assistants conversationnels, générateurs de texte ou d’images : ces technologies sont devenues accessibles à grande échelle. Mais à mesure que leur usage s’intensifie, la question de leurs effets psychologiques émerge dans le débat public. Une étude scientifique récente apporte des données chiffrées robustes sur le lien entre usage intensif de l’IA et dépression.

IA et dépression : un sur-risque mesuré scientifiquement

Selon une étude publiée le 21 janvier 2026 dans la revue scientifique JAMA Network Open, les personnes qui utilisent une IA conversationnelle tous les jours présentent un risque de symptômes dépressifs supérieur de 30% par rapport aux non-utilisateurs ou aux utilisateurs occasionnels.

Cette étude, menée par une équipe de chercheurs américains, repose sur une enquête auprès de 20.847 adultes, interrogés entre avril et mai 2025. Les participants ont été questionnés à la fois sur leurs habitudes d’utilisation de l’IA et sur leur état de santé mentale à l’aide d’échelles cliniques reconnues.

« Les analyses montrent une association significative entre usage quotidien d’IA et scores élevés de dépression », peut-on lire dans l’étude, tout en précisant que le lien observé est corrélatif et non causal. Les chercheurs soulignent ainsi que leurs résultats « ne permettent pas d’affirmer que l’IA provoque la dépression », mais qu’ils révèlent un signal statistique suffisamment fort pour justifier une vigilance accrue.

Quand l’IA devient un soutien émotionnel

L’un des apports majeurs de l’étude réside dans la distinction entre les types d’usage. Les chercheurs observent que le sur-risque de dépression est particulièrement marqué chez les personnes qui utilisent l’IA pour parler de leurs émotions, chercher du réconfort ou rompre un sentiment de solitude.

« Les usages émotionnels de l’IA sont associés aux niveaux les plus élevés de symptômes dépressifs et anxieux », rapportent les auteurs. À l’inverse, les usages plus utilitaires – recherche d’informations, aide à la rédaction ou tâches professionnelles – ne présentent pas de lien significatif avec une dégradation de la santé mentale.

Cette nuance est essentielle. Selon les auteurs de l’étude, l’IA agirait davantage comme un facteur aggravant de vulnérabilités existantes que comme une cause directe de troubles dépressifs.

Une alerte relayée par les médias internationaux

Ces résultats ont rapidement été relayés par plusieurs médias. Selon l’agence Anadolu, qui cite directement l’étude, « l’utilisation quotidienne de chatbots d’IA est associée à un risque de dépression accru de 30% ». De son côté, CNews souligne que « discuter quotidiennement avec une IA ne serait pas sans danger pour la santé mentale », tout en rappelant l’absence de preuve de causalité directe.

Ces relais médiatiques convergent sur un point : l’étude ne condamne pas l’IA, mais met en lumière les effets potentiellement problématiques d’un usage intensif et émotionnel.

En France, une adoption massive de l’IA

Cette alerte scientifique intervient dans un contexte français très particulier. Selon le Baromètre du numérique publié le 17 mars 2025, près de 39% des Français déclaraient en février 2025 utiliser des outils d’IA, et 88% en ont déjà entendu parler. L’usage est particulièrement élevé chez les jeunes adultes : près de trois quarts des 18-24 ans utilisent régulièrement des IA génératives.

Ces chiffres, issus de sources institutionnelles et d’enquêtes nationales, montrent que l’IA n’est plus un phénomène marginal. Comme le souligne une analyse publiée par le Laboratoire de la Société Numérique, « l’IA s’installe durablement dans les pratiques quotidiennes des Français, souvent sans cadre clair sur ses effets psychologiques ».

Des inquiétudes croissantes sur les risques psychosociaux

Cette adoption rapide de l’IA s’accompagne de préoccupations croissantes au sein de la population. Selon une enquête publiée le 10 février 2025 par Ipsos, intitulée « Intelligence artificielle : quels sont les usages des Français ? », 44% des Français estiment que l’IA générative présente un risque de dépendance. L’étude souligne également qu’une part significative des répondants craint une altération des relations humaines, à mesure que ces outils s’intègrent dans les usages quotidiens, personnels comme professionnels.

Dans le monde du travail, les constats sont comparables. Selon le Baromètre de la formation et de l’emploi publié en avril 2025 par le Centre Inffo, 53% des actifs français déclarent utiliser l’intelligence artificielle dans leur activité professionnelle. Ce même baromètre révèle que 77% des actifs redoutent une forme d’accoutumance à ces outils, tandis que 71% craignent une réduction des interactions humaines. Des résultats notamment rapportés par Le Monde, qui évoque « une frontière de plus en plus floue entre outil de productivité et usage excessif ».

Un enjeu de santé publique émergent

Les chercheurs de JAMA Network Open insistent sur la nécessité de replacer leurs résultats dans une perspective de santé publique. « Ce sont la fréquence d’utilisation et le contexte émotionnel des interactions qui semblent déterminants », écrivent-ils, appelant à mieux encadrer les usages les plus sensibles.

En France, le ministère de la Santé a d’ailleurs engagé une réflexion sur l’IA en santé, visant à évaluer « les bénéfices mais aussi les risques potentiels des outils numériques sur le bien-être psychologique », peut-on lire dans les documents officiels.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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