Hausses de tarifs, promotions temporaires, restrictions d’usage : le coût d’un abonnement est difficile à anticiper, et parfois volontairement de la part des marques. La protection du consommateur doit lui garantir une information lisible dans la durée et davantage de liberté dans l’utilisation.
Les consommateurs doivent reprendre la main sur leurs abonnements

Une comparaison me frappe particulièrement. En 2020, on pouvait regarder Netflix sans publicité pour 7,99€ par mois. Aujourd'hui, ce même montant correspond à son offre avec publicité, tandis que la formule premium a largement dépassé les 20€. Les catalogues et les caractéristiques techniques ont évolué, bien sûr. Mais, pour celui qui souhaite simplement regarder un film ou une série sans interruption, le budget nécessaire a explosé.
Cette évolution résume assez bien le sentiment que j'entends chez beaucoup d'abonnés : ils doivent payer chaque année davantage pour préserver une expérience qu'ils pensaient acquise, à un rythme difficilement soutenable.
Cette difficulté ne tient pas seulement aux hausses tarifaires. Elle commence souvent dès la souscription, avec les essais gratuits conditionnés à l'enregistrement d'une carte bancaire et les promotions à durée limitée. Le consommateur retient le prix affiché au moment où il s'abonne : gratuit pendant un mois, cinq euros pendant un an. Il anticipe moins spontanément le prélèvement à venir ou le tarif qui s'appliquera ensuite. Pourtant, un abonnement à cinq euros mensuels pendant douze mois, puis dix euros, représente 60€ la première année et 120€ la suivante. Cette information devrait être aussi visible que le prix d'appel.
À mesure que les services s'accumulent, il devient difficile de garder le contrôle. Dans l'étude Ipsos menée pour Sharesub, on s'aperçoit que la moitié des personnes abonnées ne font le point sur leurs abonnements numériques qu'une fois par an, voire moins souvent. Et 44% indiquent avoir déjà oublié de résilier et payé inutilement. La maîtrise de ses dépenses demande de la vigilance, et les politiques commerciales des marques abusent parfois de la confiance des consommateurs.
Le prix affiché ne dit d'ailleurs pas tout. La valeur d'un abonnement dépend aussi des droits qui y sont associés : présence de publicité, qualité de diffusion, nombre d'écrans simultanés et possibilité de partager les accès. Or les plateformes restreignent progressivement ces usages, notamment en imposant une résidence commune pour leurs formules dites "famille".
Je considère qu'un consommateur qui paie plusieurs accès devrait pouvoir en choisir les bénéficiaires. Les liens entre proches dépassent l'adresse : un enfant qui quitte le domicile, un couple qui vit séparément ou des proches qui mutualisent certaines dépenses ne cessent pas, pour autant, de former une communauté de consommation. Sans compter sur les millions de foyers "atypiques" selon l'Insee. Si l'on fait dépendre l'accès à un tarif de groupe de critères arbitraires, on crée des différences de traitement dont la justification mérite d'être débattue.
La proposition de loi déposée le 23 juillet par les députés Mickaël Bouloux et Pierrick Courbon va dans ce sens. Elle vise à permettre au souscripteur d'un service numérique offrant plusieurs accès simultanés de les attribuer librement. C'est une orientation de bon sens. L'achat groupé a toujours permis aux consommateurs de réaliser des économies tout en apportant du volume aux producteurs. Dans le numérique, il peut rendre l'accès aux contenus et aux services plus abordable, sans remettre en cause leur rémunération. Je soutiens cette orientation.
S'abonner, c'est faire confiance. Cette confiance exige en retour davantage de lisibilité, de stabilité et de liberté. Les consommateurs doivent pouvoir comprendre ce qu'ils paient, anticiper ce qu'ils paieront demain et décider de l'usage des accès qu'ils financent.
