Plan numérique : Hollande en plein bug

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Par Pierre Delville Publié le 7 septembre 2014 à 3h24

C'est la rentrée et il est temps de repartir sur des bases saines. Faire oublier les mauvais chiffres du chômage, un remaniement difficile, une cote de confiance ancrée dans les profondeurs, les révélations fracassantes de Cécile Duflot et de Valérie Trierweiler, et des impôts non payés. C'est beaucoup ! Alors notre président prend ce qui lui passe par la tête et présente ses trouvailles à des Français qui ne l'écoutent même plus. Pour repartir du bon pied, quoi de mieux qu'un plan numérique pour l'école ?

La rentrée (scolaire) est difficile pour l'exécutif avec un ministre de l'Education nationale débarqué parce qu'il est trop socialiste et une remplaçante qui enflamme la presse de droite. La réforme des rythmes scolaires ne passe décidément pas auprès d'une majorité de Français et il faut au président un moyen d'entamer la rentrée sur une note positive, un projet, une ambition. Son ambition c'est la réussite de nos chères têtes blondes. Vient alors l'idée de lancer un plan numérique pour l'école. Enfin une idée pourrait-on dire ! Oui, mais réchauffée...

Si un plan numérique pour l'école n'est pas une mauvaise chose en soi, le président serait bien inspiré de lancer des projets qui ne sont déjà pas en cours de réalisation. En effet, ce même plan a été lancé par Vincent Peillon en décembre 2012. Hollande aurait-il la mémoire qui flanche ? À force de voir les ministres se succéder dans une joyeuse et chaotique danse vers l'abime, il oublie déjà le peu qu'il a réalisé en deux années de mandat.

Il est vrai que le propre de l'enseignement est la répétition. Mais il y a des limites. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle annonce est à l'image de la première moitié du mandat : vide. François Hollande a déclaré : « L'État (...) mettra aussi tous ses moyens pour former les enseignants, pour assurer partout l'arrivée du très haut débit et pour que les éditeurs de livres puissent également mettre les contenus sous forme numérique ». Cela ne demande pas un gros engagement politique et c'est toujours bien de vouloir montrer qu'on se préoccupe de donner des outils modernes aux enfants. Ces derniers auront-ils un avenir assuré grâce à la numérisation des manuels scolaires ? Des doutes sont permis (comme à chaque fois avec ce président).

Les vrais problèmes peuvent attendre

Pendant longtemps, l'école a été le lieu de l'apprentissage. Une fabrique de citoyens recevant les codes du vivre ensemble et de l'instruction nécessaire à l'épanouissement de chacun. Aujourd'hui l'échec solaire est patent. 600 000 jeunes sur cinq millions sont sortis du système scolaire sans diplôme et ceux qui en possèdent un (ou plusieurs) n'ont aucune certitude de trouver un emploi.

Donner un ordinateur à un collégien peut-être utile, dispenser une formation adéquate l'est certainement bien plus. Apprentissage et alternance ne sont pas valorisés alors que les discours louant leurs vertus sont collectionnés par tous les hommes politiques. Lorsque l'on demande aux entreprises de faire plus (avec quels moyens ?), la décence voudrait qu'on suive leur exemple quand il est bon. Des milliers d'entreprises prennent des apprentis qui sans cette formation dispensée seraient en grande difficulté pour trouver un emploi. Le problème vient certainement du chemin par lequel sont passés la plupart des ministres. Comment peuvent-ils comprendre l'apprentissage et l'alternance quand leur seule formation se résume à Sciences Po, ENA, fonction publique ou au mieux un cabinet d'avocat ? Seules des personnes qui connaissent le secteur privé à l'image d'un Xavier Niel ou d'un Henri Proglio, ont conscience de la valeur de ce type de parcours. Ainsi, EDF a embauché 500 apprentis en 2014 du niveau CAP à Bac+5. Des contrats bien plus solides que ceux proposés par l'Etat. Les fameux contrats d'avenir qui n'ont de prometteurs que le nom.

Le « Gouvernement de cohérence » devra, lui, prouver qu'il mérite bien son appellation, car entre les plans déjà faits, mais annoncés de nouveau, les promesses bafouées et l'indécision chronique, la France est dans l'œil d'un cyclone qu'elle a elle-même alimenté. Mais avec une majorité qui s'amenuise à chaque couac, il est écrit qu'aucune réforme fondamentale ne sera votée d'ici à 2017. À moins que la dissolution...

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Titulaire d'un BTS Commerce international, il travaille en tant que chargé de mission à l'international et s'est spécialisé sur un travail de prospection et de veille, afin de détecter les nouvelles opportunités en France et sur les marchés étrangers.

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