L’Investissement socialement responsable rend intelligent

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Par Stéphane Déo Publié le 9 juin 2020 à 10h44
Tendance Croissance Sp500 Marche Action Bourse
12%Le scénario pessimiste de la BCE prévoit une chute de 12% du PIB de la zone euro.

Nous avons publié une tribune avec pour conclusion : l'approche extra-financière permet de mieux comprendre notre monde ; elle rend plus intelligent ! L'effondrement de la volatilité devrait attirer des investisseurs vers les actions, il faut s'attendre à une vague d'achats. Malgré le regain de confiance des marchés, la BCE n'a pas vraiment ralenti ses achats la semaine dernière.

Point de marché : vague d'achats d'actions à venir ?

Le « risk parity » est une méthode de gestion où le portefeuille est construit en prenant en compte la volatilité de chaque classe d'actif. Imaginons un portefeuille très simple, qui comporte seulement une poche actions et une poche taux : si la volatilité des actions est double de celle des taux, ce portefeuille comportera deux fois plus de produits de taux. Ainsi chaque classe d'actifs contribue d'un même montant au risque du portefeuille.
Cette stratégie est très à la mode, elle a fait les beaux jours de Bridgewater, et on estime que si 500 milliards d'actifs sont explicitement gérés sur cette logique, peut-être 2 000 milliards seraient gérés avec une méthode approchante.

Et alors ?

Et bien la très forte progression du risque actions a forcé ces portefeuilles à vendre énormément d'actions. L'allocation type en début d'année était de 45% d'après nos calculs, un niveau très élevé historiquement. Elle est maintenant de 15% toujours d'après nos calculs, un des niveaux historiques les plus bas. Même si ces chiffres sont une simplification, l'ordre de grandeur et surtout la tendance est très certainement juste.

Le mammouth (les 2 000 milliards gérés sous cette logique) a donc dégraissé le portefeuille actions pendant la baisse … ce qui a ajouté à la baisse. Le calme revenu sur les actions et la baisse très rapide de la volatilité, voir le graphique ci-dessous, devraient inciter le mammouth à revenir sur les actions. Il faudrait alors s'attendre à des volumes d'achats significatifs … ce qui alimenterait la hausse.

L'ISR rend intelligent

L'auteur de ces lignes a publié une opinion sur le site LBPAM « L'investissement socialement responsable rend intelligent ». L'article complet est disponible sur https://www.labanquepostale-am.fr/articles/l-investissement-socialement-responsable-rend-intelligent?pageId=1004&articleId=76

L'investissement socialement responsable est principalement justifié en termes de morale, donc en termes de finalité : dé-carboniser pour sauver la planète, parité dans les entreprises pour promouvoir l'égalité des chances, etc. Ces arguments sont, bien évidemment non seulement valides mais aussi et surtout souhaitables. Ils concentrent néanmoins le débat sur l'objectif final et passent sous silence la méthodologie dans une approche très « Conséquentialiste ». Il nous semble qu'il existe une autre justification, complémentaire, à l'investissement socialement responsable : il permet de mieux comprendre le monde.

On trouve par exemple que les pays qui ont le meilleur système de santé sont ceux qui résistent le mieux en termes d'activité économique pendant la crise que nous vivons comme le montre le graphique ci-dessous. Une variable extra-financière, la qualité du système de santé, permet donc de renseigner aussi sur la résilience économique d'un pays et sa capacité à faire face à la crise, donc sur la dynamique des variables financières et économiques.

L'approche extra-financière permet de mieux comprendre notre monde : elle rend plus intelligent !

La BCE ne ralentit pas vraiment ses achats

Au aurait pu attendre que le vent d'optimisme sur les marchés conduise la BCE à réduire ses achats. En particulier l'adjudication italienne s'est très bien passée avec une demande record : 109 milliards de demande, dont 75% par des étrangers, pour une émission de 14 milliards. Malgré cela, la BCE a augmenté sa détention de titres de 25,5 milliards la semaine dernière, ce qui correspond à la moyenne hebdomadaire depuis le début du PEPP. Pas de ralentissement donc, même avec des taux périphériques qui se sont énormément tassés et une volatilité qui s'est effondrée. La BCE en veut encore plus!

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Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.

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