2012 durera… une seconde de plus que 2011 !

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 28 juin 2012 à 9h05

Déprimant. Traversez votre domicile de part en part, et comptez le nombre d’appareils indiquant l’heure. Vous en croiserez au bas mot une quinzaine, dont un bon quart dans la cuisine et l’autre dans le salon : Four à micro-ondes, four électrique, minuteur, cafetière, station météo, lecteur DVD décodeur câble ou satellite, télévision chaîne hifi… Mais aucun n’indique là même heure que son voisin ! C’est énervant au possible, surtout quand il faut les reprogrammer deux fois par an…

Aussi, si à l’échelle de votre appartement ou de votre maison, pas un appareil n’indique la même heure que l’autre, vous imaginez aisément la pagaille à l’échelle de la planète. Vous avez raison. Il n’y a pas si longtemps, dans un pays comme la France, chaque village avait son heure. Fixée par l’horloge de l’Eglise, ou la montre gousset du carillonneur. Tant et si bien que deux villages, distants de quelques kilomètres, avaient déjà deux heures différentes. Ce problème a été résolu au XIXe siècle par les compagnies de chemin de fer, qui, en inaugurant les déplacements rapides - on ne dépasse pourtant pas le cinquante à l’heure au début -, expriment aussi le besoin d’une heure commune, rapidement baptisé « temps civil ». Pour un pays comme la France, où le soleil se couche à Strasbourg trois quarts d’heure plus tôt qu’à Brest, imposer l’heure de Paris, et en faire l’heure légale fût facile. Mais à l’échelle d’un pays comme les États-Unis, impossible en raison des distances ! Tant et si bien que les Américains connaissent sept heures légales, et les russes, onze.

Mais pour que les pays utilisent la même heure entre eux, encore fallait-il aussi partir de la même base. Les Anglais ont eu Greenwich, ravissant au méridien de Paris le titre de méridien de référence, mais ils n’ont pas eu la mesure du temps universel ! C’est en effet au bureau international des poids et mesures (BIPM), situé au pavillon de Breteuil à Sèvres, que l’on détermine l’heure du monde. Le lieu est tellement important qu’il a acquis le 25 avril 1969 le statut de territoire international, et le BIPM possède tous les droits et privilèges accordés à une organisation intergouvernementale, comme l’ONU ou l’UNESCO. Là bas, des ordinateurs récupèrent les informations transmises par une cinquantaine d’horloges atomiques au césium réparties sur la planète. Faisant la moyenne des heures calculées par ces horloges, le BIPM donne le Temps Atomique International. La messe est dite.

Pas tout à fait. Car le temps atomique n’est pas le temps universel, et même le temps universel coordonné (UTC). Ça se complique, et pour cause.

Sachez d’abord que la Terre se moque éperdument que les hommes mesurent le temps qu’elle met pour accomplir sa révolution complète autour du Soleil, base de la mesure d’une année terrestre. Année qui compte, comme chacun sait, 365, 2422 jours, 16 337,7667 heures, 525 948,766 minutes, ou encore 31 556 926 secondes.

La planète bleue prend parfois son temps. C’est qu’elle n’est plus toute jeune ! On lui prête 4,6 milliards d’années, à 20 ou 30 millions d’années près, prière de ne pas la bousculer. Tant et si bien que parfois, la vieille dame est en retard… d’une seconde ! Cette fois, c’est le Bureau Central du Service International de la Rotation Terrestre et Systèmes de Référence (ouf) basé à Paris, à l’Observatoire, qui sonne l’alarme. Alerte rouge, nous sommes en retard d’une seconde. Pas de panique, tout est prévu. Depuis 1972, une seconde « intercalaire » est ajoutée par le BIPM au Temps Universel Coordonné quand la planète bleue prend son temps. Notez au passage que c’est justement parce qu’elle est bleue, pardon, parce qu’elle est couverte à 75 % de mers et d’océans, que la Terre marque parfois le pas dans sa rotation. Mais dans sa rotation sur elle-même et non dans sa rotation autour du Soleil, beaucoup plus stable en durée. Tant et si bien que depuis 1972, ce sont très exactement 23 secondes qui ont été rajoutées au temps atomique, pour donner le UTC. La dernière date du 31 décembre 2005, et la précédente avait été rajoutée le 31 décembre 1998. Mais sans doute parce qu’elle sent qu’on la surveille, notre Terre est curieusement devenue plus ponctuelle depuis quelques temps. Entre 1989 et 1998, huit secondes ont été rajoutées, et seulement deux depuis 1998 !


Alors, si vous avez entendu sur BFM ce jeudi matin chez Stéphane Soumier qu’une seconde intercalaire va être ajoutée à la fin du mois de juin en cette année 2012, vous savez maintenant, grâce à cet article, de quoi il en retourne en détail. Et vous saurez aussi qu’il est inutile de compter jusqu’à 61 à la dernière minute de l’année. Les secondes intercalaires sont toujours ajoutées entre 0 :59 :59 et 1 :00 :00 dans la nuit du 1er janvier, ou dans la nuit du 30 juin. Sans doute parce qu'à minuit, tellement de choses (ordinateurs, machines, sauvegardes automatiques etc) étant programmées pour se déclencher automatiquement, il a été jugé plus prudent de faire cela une heure plus tard, quand tout le monde dort.. du moins, en Europe !

Extrait de : Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres par Jean-Baptiste Giraud

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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