Entrée en Bourse d’Alibaba : l’Internet chinois n’a pas fini de nous étonner

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Par Dominique Jolly Publié le 12 septembre 2014 à 3h11

Les BAT : Baidu, Alibaba et Tencent n'ont pas vingt ans ? Le plus jeune, Baidu, a été créé en 2000.

Ces acteurs ont pourtant des capitalisations boursières qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars – et dépassent même les cent milliards pour Alibaba et Tencent.

Baidu.com est le moteur de recherche préféré des Chinois avec 80% de part de marché sur les 630 millions d'internautes que compte la Chine (versus 240 aux Etats-Unis). Tencent est le champion des jeux en ligne et de la messagerie.
Ce sont tous ces jeunes rivés à leur smartphone que l'on voit dans le métro à Shanghai qui font la fortune de Tencent.

Alibaba – l'écrasant leader du commerce électronique en Chine entre à la bourse de New York. Il est question d'aller chercher 20 milliards de dollars, une somme colossale. C'est la première fois qu'une entreprise chinoise de l'Internet va chercher des montants aussi élevés sur une bourse étrangère. Les Américains connaissent bien Alibaba et notamment Yahoo qui a détenu jusqu'à 39% du capital d'Alibaba – une participation revenue aujourd'hui à 23%. En allant chercher des fonds aux Etats-Unis, Alibaba dilue le pouvoir de cet actionnaire trop puissant car ce sont évidemment de plus petits actionnaires qui vont souscrire à l'augmentation de capital.

En revanche, une question reste posée : Alibaba est-il en mesure de sortir de Chine autrement que pour renforcer son capital ? Peut-il sortir du marché chinois où il opère aujourd'hui 95% de son business autrement qu'en allant seulement servir la diaspora chinoise ? Ce n'est clairement pas gagné.

Sortir de Chine, c'est devoir jouer avec des règles du jeu totalement différentes. Baidu, Alibaba et Tencent sont des affaires privées bien plus agiles que les mastodontes du système public (banques, pétroliers, etc.).
Entreprises privées certes, mais en symbiose totale avec le pouvoir communiste.

Hors de Chine, la relation intime avec le pouvoir chinois qui a fait tout pour le développement de ces champions nationaux ne vaut plus rien. Fini le soutien du gouvernement chinois qui a eu l'excellente idée d'empêcher Facebook et Twitter de rentrer en Chine et de convaincre Google d'abandonner la partie. Sortir de Chine, c'est aussi faire face à une situation de marché installée avec de gros acteurs établis depuis de longues années ;

pour que les Américains délaissent Amazon ou eBay pour des Chinois qui vont leur voler leur place de première économie mondiale qu'ils détiennent depuis la fin du XIXème siècle (si ce n'est pas déjà fait si l'on calcule le PIB en parité de pouvoir d'achat), il va falloir qu'Alibaba soit terriblement innovant. Or, ce n'est pas la première qualité des Chinois. La dynamique de création technologique a certes été amorcée, mais il y a encore un long chemin à parcourir avant que naisse un nouvel Apple Chinois.

En dehors des frontières, les grands de l'Internet Chinois vont devoir également composer avec des marchés multinationaux où il n'y a ni un seul système d'écriture, ni une seule langue.

On est loin du territoire chinois où Mao Zedong a imposé le même système d'écriture à 1,3 milliards d'individus.
Voilà pourquoi l'Internet chinois aime le régime communiste !

Le dernier livre de Dominique Jolly : « Chine : Colosse aux pieds d'argile » paru en juin 2014 aux Editions Maxima.

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Dominique Jolly est Professeur de Stratégie d'Entreprise à SKEMA Business School. Il est l'auteur de : « Chine : Colosse aux pieds d'argile » paru en juin 2014 aux Editions Maxima.

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