Les Saoudiens, nouveaux champions du tourisme ?

Par Rédaction Modifié le 13 mai 2022 à 15h25
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5,8%Le tourisme devrait croître de 5,8% par en entre 2022 et 2032.

Durement touché par la pandémie mondiale en 2020, le secteur touristique reprend des couleurs. Mais la donne a changé et de nouveaux acteurs émergent sur ce marché mondial de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Parmi ceux-ci, l’Arabie saoudite, qui prépare sa sortie de la rente pétrolière en misant notamment sur ses nombreux atouts naturels, historiques et archéologiques à l'image de la fabuleuse et envoûtante oasis d'AlUla, dans le nord-ouest de l'Arabie.

De l’espoir pour le secteur touristique : selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme, le tourisme mondial retrouvera son niveau d’activité pré-Covid-19 en 2023. L’industrie devrait en effet afficher un taux de croissance annuel moyen de 5,8% de 2022 à 2032 et créer 126 millions de nouveaux emplois.

Pour rappel, en 2019 le tourisme représentait un dixième du PIB mondial, mais la pandémie de coronavirus a divisé par deux sa création de richesse, détruisant 62 millions d’emplois à travers le globe. Mais chez les professionnels du secteur, en France et dans le monde, la tendance est désormais à l’optimisme.

Toutefois, le « monde d’après » dans le secteur touristique pourrait bien compter de nouveaux acteurs de poids, en particulier l’Arabie saoudite. Signal fort envoyé par Riyad : le pays a annoncé sa volonté d’organiser l’exposition Universelle en 2030. Le pays a officialisé sa candidature lors d'une grande cérémonie organisée le 28 mars 2022, au cours de laquelle le Royaume a dévoilé le thème qu'il souhaitait mettre en avant pour tenter d'accueillir l'Expo 2030 : « The era of change : Leading the planet to a foresighted tomorow ». Vaste programme dont le pavillon saoudien de la dernière exposition universelle, unanimement saluée pour son esthétique et son futurisme, était un avant-goût.

De grandes ambitions pour un pays qui va, désormais, devoir convaincre qu'il n'est pas réductible à une vaste étendue désertique gorgée de pétrole, aux mœurs rétrogrades et dont l'image est écornée par un régime souvent présenté comme autoritaire. Pour ce faire, la grande campagne de séduction qui s'annonce pourra notamment s'appuyer sur les trésors touristiques de l'Arabie saoudite, aussi méconnus qu'inestimables.

Un potentiel archéologique unique

L'Arabie, une destination touristique ? A priori, l’affirmation est surprenante. Pourtant, le pays a déjà une forte expérience dans le domaine car avec La Mecque et Médine le Royaume représente, depuis des siècles, un haut lieu de pèlerinage pour les musulmans du monde entier. « L'Arabie saoudite est déjà le 19e pays le plus visité au monde, grâce aux visiteurs du Hajj et de la Omra » souligne ainsi Fahd Al Rasheed, le directeur général de la Commission royale de la ville de Riyad.

Mais force est de constater que le pays n'apparaît pas encore en tête de gondole des agences de voyages traditionnelles. Mais cela pourrait bien changer, et rapidement. Bon à savoir, le pays vient, tout d'abord, de rétablir son programme de délivrance de visas touristiques pour les voyageurs d'une cinquantaine de pays – dont la France –, et ce sans obligation de présenter un certificat de vaccination à l'entrée. Une levée des restrictions sanitaires qui « marque la dernière étape du retour de l'Arabie saoudite à un niveau d'ouverture prépandémique et en fait l'une des destinations les plus accessibles au monde pour les voyages de loisirs, d'affaires et religieux », s'est félicité son ministre du Tourisme, Ahmed Al-Khateeb, qui s'est déclaré « impatient d'accueillir les visiteurs du monde entier désireux d'explorer la partie authentique de l'Arabie ».

Loin des clichés, le Royaume recèle en effet de véritables pépites naturelles et archéologiques. Ainsi du désert du Wadi Rum, à cheval entre l'Arabie et la Jordanie, une vallée dont les paysages de dunes, de falaises, de grottes et de canyons modelés par les éléments sont à couper le souffle : arches naturelles sculptées dans la roche ocre, vestiges archéologiques et traces d'écritures et d'illustrations gravées dans la pierre sont autant d'attractions qui valent le détour – attestant, pour certaines, d'une présence humaine vieille de 12 millénaires – et que les bédouins arabes se chargent de faire visiter aux touristes de passage, avec cette tradition d'accueil à nulle autre pareille. Spectacle et dépaysement sont donc garantis sur la plus ancienne strate géologique du monde, classée depuis 2011 au patrimoine mondial de l'Unesco.

Des trésors classés par l’Unesco

Un séjour en Arabie saoudite ne saurait faire l'économie d'un arrêt prolongé à AlUla, « la » perle du désert qui pourrait bien être en passe de s'imposer comme l'une des destinations les plus courues des aventuriers du XXIe siècle. Oasis située au nord-ouest du pays, cette étape de l'ancienne route de l'encens témoigne des ambitions touristiques du Royaume : à la fois voyage dans l'espace – on parle de 30 000 km2 – et dans le temps, AlUla cumule les atouts. À commencer par sa géographie si particulière, marquée ici par d'imposantes formations rocheuses semblant sortir du sable, là par d'immenses plateaux basaltiques donnant au désert saoudien un faux air de surface lunaire. À ne pas manquer : « Elephant Rock », un monolithe de plus de 50 mètres de hauteur qui, comme son nom l'indique, adopte les traits d'un pachyderme régnant sur le sable du désert.

AlUla, c'est aussi et surtout le site, tout à fait exceptionnel d'un point de vue historique et archéologique, de Hégra. Véritable sœur jumelle de Pétra, la cité de Hégra a, comme le site jordanien voisin, été bâtie au premier siècle avant J.C. par les Nabatéens, qui ont creusé dans la roche plus d'une centaine de tombeaux aux façades plus spectaculaires les unes que les autres. Premier site saoudien classé au patrimoine mondial de l'Unesco, Hégra a été redécouvert au début des années 2000 par l'archéologue française Laïla Nehmé. Encore peu référencé sur l'atlas mondial des merveilles de l'Antiquité, Hégra représente surtout, pour les Indiana Jones en herbe, l'opportunité de visiter en véritables « pionniers » un site hors norme, chargé de légendes et préservé, pour l'heure, des conséquences d'un afflux touristique trop important. Absolument incontournable – sans parler du potentiel hautement instagramable du lieu.

AlUla, ce sont enfin ces palmeraies qui, au creux des vallées, apportent fraîcheur et vie au milieu des étendues désertiques. À l'image de celle qui ombre la vieille ville d'AlUla, une cité fantôme que ses habitants ont abandonnée dans les années 1980 et qui conserve, de ce fait, un étrange charme suranné. Ce sont aussi dans ces oasis de verdure que s'épanouissent les cultures des agrumes typiques de la région – cédrats, citrons doux, limequats, oranges, etc. – et que l'on retrouve dans la composition de parfums aussi uniques qu'énigmatiques. Enfin, AlUla symbolise les ambitions culturelles de l'Arabie saoudite, avec pas moins de neuf musées en gestation, une salle de concert en plein désert, des résidences artistiques et de grands créateurs, comme Dolce & Gabbana, qui délocalisent leurs défilés dans ce cadre digne des Mille et une nuits...

Autant d'atouts qui ont récemment fait déclarer au vice-ministre grec de la diplomatie économique, Kostas Fragogiannis, que l'Arabie saoudite pourrait bientôt s'imposer comme une destination touristique mondiale de tout premier plan.

Les autorités du Royaume estiment d'ailleurs que le secteur du tourisme pourrait, d'ici à 2030, peser jusqu'à 15% d'un PIB évalué à 1 860 milliards de dollars. « D'ici 2030, l'objectif est de disposer de 500 000 clés d'hôtel (…) et de 100 millions de visites par an », a ainsi déclaré le ministre saoudien de l'Investissement, Khalid Al-Falih. De quoi positionner le Royaume, qui doit diversifier une économie reposant sur le pétrole et redorer son blason à l'international, comme la destination tendance de la décennie à venir.