Mon assurance-vie est-elle garantie ?

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Par Isabelle Mouilleseaux Publié le 26 mai 2016 à 5h00
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2008Depuis la crise de 2008, les assureurs sont davantage protégés des risques du marché, mais pas vous.

Il y a quelques semaines, une excellente amie, qui gère le patrimoine de sa mère âgée, vient me voir l’air très dubitatif. Pour ne pas dire inquiet.

Elle ne connaît strictement rien à la Bourse et à la finance, et sa maman a de grosses sommes d’argent sur un compte-titres et sur une assurance-vie souscrits auprès de sa banque. Mon amie veut savoir si les sommes sur cette assurance-vie sont protégées. Elle ne veut pas perdre d’argent. Elle aimerait aussi que je jette un oeil au compte-titres.

Lorsque mes amis me demandent dans quoi ils doivent investir, je réponds que je préfère ne pas me mêler de leurs finances, afin que nous restions bons amis. Chacun se doit d’être responsable de la gestion de son patrimoine. Je vois mon amie toute déconfite pousser un grand soupir. Je la connais bien. Alors, je me permets d’être directe et tente de lui faire passer quelques conseils importants.

« TU es responsable »

Mon grand-père n’a cessé de me répéter : « Tu as certes des droits, mais tu as surtout des devoirs dans la vie. » Il m’a aussi appris que le meilleur investissement qu’on puisse faire est d’investir « dans soi ». La connaissance est la meilleure arme pour affronter la vie et pour faire face à ses responsabilités.

Il avait raison. Et, je lui suis infiniment reconnaissante de ses enseignements. Il n’est plus là aujourd’hui, mais je ne manque pas une occasion de transmettre le flambeau à mes enfants. Et à mon amie à qui j’explique : « Il est de ton devoir de t’intéresser à tes finances personnelles et à l’économie si tu as un patrimoine à gérer. Tu dois apprendre, tu dois comprendre. C’est indispensable pour avoir la maîtrise de la situation. » « Mon banquier m’aide », me répond-elle.

Les souvenirs remontent… « Ne confie jamais la gestion de tes affaires aux autres », me disait mon grand-père. Alors, je lui réponds : « Personne mieux que toi ne sait ce dont tu as besoin. Personne mieux que toi ne défendra tes intérêts… » En discutant et en expliquant tout cela, je prends soudain conscience de la chance que j’ai d’avoir eu accès, très tôt, à ces principes fondamentaux. Ils faisaient partie de notre culture familiale.

On devrait apprendre tout cela aux enfants à l’école, me dis-je… Tant de gens font confiance aux autres pour des questions aussi importantes que leurs finances personnelles. Mais, revenons à mon amie. Elle est venue avec les relevés bancaires. Elle est cliente d’une banque française ayant pignon sur rue que je ne nommerai pas ici. Que vois-je dans le compte-titres de la maman de mon amie ?

• des titres de la banque (que je n’aurais personnellement pas achetés)

• et tout un tas de « produits maison » de cette banque.

Je me retourne alors vers mon amie et lui dis : « Je ne sais pas si ce portefeuille reflète vos intérêts personnels et familiaux, en tout cas, il est clairement dans l’intérêt de la banque. » Elle me regarde avec un soupçon de culpabilité dans les yeux. « Et pour l’assurance-vie ? L’argent est-il garanti ? Est-ce que je peux perdre de l’argent si les choses tournent mal sur les marchés ? »

Je lui réponds que rien n’est jamais garanti dans la vie. Surtout pas l’assurance-vie, tant les enjeux sont énormes. Imaginez-vous qu’en Allemagne, les contrats des particuliers sont unilatéralement révisés et les reversements revus à la baisse. C’est vous dire… D’une façon générale, tout change, tout est éphémère, et il faut en permanence s’adapter dans la vie. Une leçon que m’a enseignée le taoïsme (je suis très curieuse et m’intéresse à énormément de sujets variés). Il y aurait beaucoup à dire sur la question. En attendant, et en ce qui concerne l’assurance-vie, si vous ne vous adaptez pas, votre contrepartie, elle, le fait.

Votre assureur et l’Etat s’adaptent à la situation changeante

Depuis la crise de 2008, le droit et la réglementation ont changé. Il s’agit de protéger les assureurs (pas vous !), en cas de risques de marché. Depuis 2010, l’article L612-33 du Code monétaire et Financier autorise l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) à geler les avoirs des assurés en cas de rachats massifs.

En effet, les contrats d’assurance-vie des Français sont truffés d’obligations souveraines françaises. En cas de remontée des taux sur les marchés, la chute de la valeur des obligations pourrait entraîner des rachats massifs (les clients exigeant la vente des obligations présentes dans leur assurance-vie), créant pour l’assureur un risque de liquidité. Dans ce cas, l’article L 612-33 permet de geler les transactions. Autre adaptation : les contrats des assureurs contiennent de plus en plus souvent une clause d’illiquidité. Ainsi, en cas de difficulté exceptionnelle, votre assureur a la possibilité de bloquer les liquidités et de reporter à plus tard les opérations de retrait.

Votre contrepartie (l’assureur) s’adapte en permanence à la situation extérieure. Il se protège contre les risques potentiels (et cela va à l’encontre de vos intérêts). Vous devriez faire de même, sinon vous ne vous battez pas à armes égales. Et en cas de souci, le dindon de la farce sera celui qui aura négligé ses affaires… Alors, soyez à l’écoute, aiguisez votre connaissance, tenez-vous informé afin de vous adapter et de faire les bons choix.

Après ces quelques échanges, mon amie se rend à l’évidence. « Je vais m’intéresser à la question et apprendre à comprendre en investissant de mon temps », me dit-elle. Alors, je propose à mon amie, qui a retrouvé le sourire, que nous allons commencer tout de suite : la leçon du jour sera « comprendre le fonctionnement des obligations » !

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

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 Isabelle Mouilleseaux est directrice de publication chez Publications Agora.