Un autre grand pas de la BCE

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Par Stéphane Déo Publié le 9 avril 2020 à 10h31
Europe Contradiction Defis Union Europeenne
750 MILLIARDS €La BCE a débloqué 750 milliards d'euros pour faire face à la crise du Covid-19.

Les règles de repo de la BCE, qui permettent de fournir des liquidités aux banques ont été considérablement assouplies. Résultat, la BCE va accepter beaucoup plus de risques sur son bilan et le financement des banques est grandement facilité. C’est un pas important pour assurer le financement de l’économie. Les inscriptions au chômage aujourd’hui aux Etats-Unis devraient être très élevées. Le compte de résultat de la Banca d’Italia illustre parfaitement la monétisation de la dette italienne, 9 milliards de bénéfices à reverser au Tesoro d’Italia, de facto 15% de la dette italienne a été monétisée.

Point de marché : la BCE annonce des mesures, certes très techniques, mais surtout très importantes

Hier matin la BCE a annoncé des changements majeurs sur les collatéraux des opérations de repo. Revenons sur le principe du repo : si une banque a besoin d’un milliard de liquidités elle peut les obtenir de la BCE en déposant 1 milliard d’obligations à la BCE en caution et elle recevra ses 1 milliard en contrepartie. Dans le jargon marché, une opération de repo. Le but est de protéger la BCE ; si la banque emprunteuse fait faillite, la BCE ne perd donc pas d’argent puisqu’elle conserve les titres déposés.

Petit détail qui a son importance : toutes les obligations ne sont pas égales. Un repo avec des obligations risquées, par exemple un emprunt d’une entreprise mal cotée, fera l’objet d’un « haircut » : pour 1 milliard d’obligation déposé, la banque ne recevra que 900 millions car la garantie fournie n’est pas suffisante.

Ce sont ces règles qui viennent d’être modifiées de manière temporaires, avec une revue en fin d’année. Et c’est un changement majeur :

  • Le Haircut a été considérablement réduit pour les papiers à risque, en particulier pour les prêts non cotés. 20% en moyenne et même 30-50% sur le crédit.
  • La dette grecque est maintenant acceptée comme collatérale. Une très importante avancée pour les banques grecques.
  • La BCE se laisse la possibilité de ne pas suivre les agences de notations sur leurs notes. Durant la dernière crise, une entreprise qui passait de IG à HY avait non seulement des problèmes pour se financer sur les marchés, mais ne pouvait plus être acceptée par la BCE ; la double peine. Ce qui était très déstabilisant. La BCE se donne donc la possibilité de couper ce cercle vicieux. C’est un élément de stabilité supplémentaire pour le marché du crédit.
  • Les banques pourront apporter en garantie aux opérations de repo des prêts aux PME ou aux ménages garantis par les gouvernements dans le cadre des efforts contre le coronavirus. En clair, sur ces prêts alloués par les banques et garantis par l’état, il n’y a pas de risque de crédit (garantie de l’état) ni de risque de liquidité (repo BCE garanti). Bref les banques ne porteront aucun risque! Incroyable.

Conclusion : si ces décisions sont beaucoup moins spectaculaires que l’annonce de 750 milliards de QE, c’est un pas majeur. La BCE consent à prendre énormément de risque sur son bilan pour aider les banques. Sous les minuties techniques se cache un assouplissement monétaire de grande envergure.

Monétisation de la dette, comment faire disparaitre 15% de la dette italienne

Nous en avions parlé, la dette publique qui a fait l’objet d’un QE existe toujours comptablement bien sûr, mais elle est de facto annulée.

Illustration avec le cas italien puisque la Banca d’Italia vient de publier ses comptes annuels.

Il faut rappeler, que le montant total de dette italienne achetée au titre du QE s’élevait à 363,79 milliards à la fin 2019, soit 15% de la dette totale existante.

La Banca d’Italia a perçu 9,53 milliards d’intérêts sur ses avoirs en 2019 contre 9,08 en 2018. C’est, de très loin, la principale ligne du compte de résultat. Cela donne des bénéfices avant impôt de 9,26 milliards sur l’année contre 7,39 en 2018. Et donc l’état italien va percevoir 8,88 milliards (dont 1,01 milliard sous forme d’impôts) ce qui représente, là aussi 15% de la charge de la dette italienne d’après nos calculs.

Conclusion : il y a bien 15% de la dette italienne qui, de facto, a été totalement monétisée.

Chômage aux Etats-Unis, combien ?

Les inscriptions au chômage hebdomadaires aux Etats-Unis sont publiées aujourd’hui. A quoi s’attendre ? Le nombre d’inscriptions au chômage suit de très près le nombre de recherches sur Google du terme « file for unemployment » ou « comment faire un enregistrement au chômage ». C’est logique…

Mauvaise nouvelle, ces recherches Google ont encore progressé par rapport à la semaine précédente. Ceci suggère que les chiffres de cet après-midi, vont, une fois de plus, montrer une très forte hausse du nombre d’inscriptions. A en croire Google trend on serait même sur un nouveau record, proche de 7 millions d’inscriptions, le consensus est un peu plus prudent à 5 millions. Il faut aussi garder à l’esprit que le « Families First Coronavirus Response Act » qui s’adresse aux employés dont un enfant est malade, permet depuis le 1er avril de toucher les allocations chômage. Cela devrait augmenter les chiffres.

Bonne nouvelle, les derniers jours montrent un tassement marqué du nombre de recherches. Le chômage progresserait donc toujours, mais bien moins rapidement que sur les semaines précédentes.

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Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.

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