Le pétrole peut-il perdre plus de 80% sans faire sauter les banques ?

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Par Philippe Béchade Publié le 31 janvier 2016 à 19h45
Bourse Cours Baril Petrole Banques
80 %Le baril de pétrole WTI a perdu 80 % de sa valeur en Bourse depuis juillet 2008.

Je reviens sur la même idée de mon précédent article, quand je vous disais, début janvier dernier. Car il me semble que les choses s’aggravent. Le WTI a perdu plus de 80% depuis son sommet de 145 $, en juillet 2008.

Lors de la précédente correction majeure de juillet 2008 à février 2009, le baril de WTI avait perdu -74% en ligne droite, sans aucun rebond intermédiaire. Depuis son dernier plus-haut de 106 $, à ma mi-2014, le WTI perd 73%.

Suspens ! Jusqu’où ira la contamination du high yield ? Eh bien, elle s’arrêtera probablement là. A 26,3 $, le WTI coté à New York affichait mercredi soir la copie conforme de la plus lourde correction des 50 dernières années (avec -75%). Il avait chuté d’à peine 66% en 1990/93 (de 41 $ à 13,5 $) dans le contre choc pétrolier de l’après Première guerre du Golfe.

Mais à ce prix… qui vend ?

Il serait plus pertinent de dire « qui se fait Hara Kiri » à ces niveaux de cours économiquement absurdes ? Et bien ce sont les Hedge Funds, gorgés de pétrole papier, avec des positions à effet de levier financées par de l’argent gratuit. Cette gratuité permettait de financer des encours massifs, de rouler les positions d’échéance en échéance à peu de frais.

Mais aujourd’hui, les coûts de portage explosent par rapport à la valeur du sous-jacent et la volatilité rend les reports de positions très onéreux. Et la forte chute du WTI ce mercredi 20 janvier a coïncidé avec des conditions techniques très particulières : un changement d’échéance mensuelle qui a contraint nombre d’opérateurs à faire le choix entre payer pour reporter leur position à grand frais un mois de plus… ou jeter l’éponge et vendre à tout prix.

L’effondrement des cours témoigne sans aucun doute de la priorité accordée à la seconde option, faute le plus souvent d’avoir le choix : -30% depuis le 1er janvier (et -47% depuis l’automne dernier), c’est dévastateur et cela équivaut à un game over.

Les Hedge Funds n’en ont pas fini avec les ventes paniques tous azimuts

Ils ont massivement investi dans les dettes émergentes high yield : c’était prometteur quand le baril était à 110 $ (tout le monde regorgeait de pétrodollars) mais depuis la cassure des 60 $, la plupart des pays producteurs vendent à perte et plongent dans la récession. Nous en avons largement parlé tout au long de 2015. Et c’est là que s’allume le second étage de la fusée, avec le surgissement de l’aversion au risque vis-à-vis des emprunteurs subprime du secteur pétrolier US et des dettes émergentes.

La bombe à retardement des bancaires

Le problème change alors d’échelle car il n’y a aucune limite physique à la possibilité de créer des dérivés de dettes, puis des dérivés de dérivés (swaps, forward, etc.), puis des contrats d’assurance (CDS) contre le défaut des emprunteurs (indispensables quand il y a de l’effet de levier sur des papiers fragiles). L’aversion au risque de se limite pas au high yield pétrolier des juniors de l’ère 2010/2014, ni aux emprunts turcs, brésiliens ou sud-africains. Elle a commencé à contaminer le compartiment obligataire des dettes périphériques européennes et notamment des pays les moins bien placés dans la course à la croissance.

L’Italie rend les créanciers nerveux avec ses banques qui s’effondrent de -25% en moyenne à Milan depuis le 1er janvier. La Commission européenne et Matteo Renzi s’attaquent dans l’urgence aux 200 Mds€ de créances douteuses détenues par les banques italiennes, un montant comparable à la dette grecque toujours menacée de défaut si Athènes ne parvient pas à redresser ses finances.

Les dettes grecques ont vu leur rendement s’envoler +10% mercredi vers 10,28% (+96Pts de base) et le 10 ans portugais à fait encore pire : +25% à 2,93% alors que Lisbonne ne sait comment se débrouiller avec les dettes héritées de la faillite du groupe Esperito Santo. Autrement dit, pour le Portugal et pour la Grèce, la journée de mercredi retentit comme un vrai coup de semonce dont la BCE va devoir se préoccuper. Va-t-elle noyer le problème sous de nouvelles promesses de déluge de liquidités en mode whatever it takes ? Et si Mario Draghi nous fait du Super-Mario 2.0 (après une prestation de décembre décevante)… est-ce que ce ne sera pas l’aveu que la BCE agit surtout en mode fuite en avant, synonyme pour la smart money de sauve qui peut ?

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

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Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la 'voix' de l'actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l'un des tout premiers 'traders' mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora. Il est également rédacteur en chef de la lettre Pitbull.

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