Centrafrique : l’intervention n’est-elle pas un nouveau type de colonialisme ?

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Par Marc Albert Chaigneau Publié le 20 décembre 2013 à 3h14

Le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a donné son ≪ feu vert ≫ pour une intervention de l’armée française en Centrafrique. Certains commentateurs qualifient le France de gendarme de l’Afrique et, après les interventions en Côte d’Ivoire, en Lybie et au Mali qui, toutes, furent présentées comme humanitaires et destinées à protéger les populations, au moins dans un premier temps, on peut se demander si ces interventions ne constituent pas une nouvelle forme de colonialisme ?

Quelle sera la conséquence de cette intervention sur la situation politique du pays ?

Car au regard des conséquences des précédentes interventions sur les gouvernements des pays en cause, il est certain que cette dernière ne sera pas neutre. Les nouveaux dirigeants, politiques et militaires, ont pris le pouvoir par la violence. Ils n’ont aucune assise ni soutien populaire et ne sont parvenus au pouvoir que grâce au soutien hétéroclite de ≪ milices ≫, plus ou moins Djihadistes, qui massacrent et terrorisent les populations.

Ces derniers jours sont apparus dans la presse et sur les écrans des reportages montrant les victimes musulmanes d’exactions soi‐disant perpétrées par des chrétiens. En fait le conflit n’est ni politique, ni religieux. Les populations s’entendent bien, ou s’entendaient bien et ce sont les groupes armes venus du nord et surtout du nord‐est, ainsi que les nouveaux dirigeants, qui cherchent à obtenir un soutien international, afin de se maintenir au pouvoir.

L’exemple des interventions précédentes, surtout en Côte d’Ivoire, ou les exactions des nouveaux maitres ont été longtemps dissimulées, en mettant en scène celles des anciens, et continuent à se perpétuer sans provoquer d’émotion, devrait inciter à agir avec la plus extrême prudence. Le véritable problème étant de savoir si cela est encore possible ?

La Centrafrique est un pays qui, comme son nom l’indique, est très central, donc entoure de plusieurs pays dont les gouvernements ne sont ni vraiment démocratiques, ni vraiment stables. Le premier objectif de leurs dirigeants est de se maintenir au pouvoir et ils sont généralement peu regardants sur les moyens d’y parvenir. Le pillage des ressources, avec la complicité de sociétés étrangères, est le moyen le plus courant de s’assurer les moyens financiers permettant d’équiper et d’entretenir une armée, qui constitue le soutien le plus efficace.

Il est devenu, rétrospectivement, clair que le premier objectif de l’intervention en Irak n’était pas de détruire un arsenal militaire inexistant, mais de permettre à des entreprises US de prendre le contrôle de l’économie et en premier lieu du secteur pétrolier du pays.

Laurent Gbagbo n’était plus un ≪ ami ≫ de la France, il se comportait plutôt comme un amant déçu, considérant avoir été trahi. Est‐ce a juste titre ? C’est difficile à dire. Il semble qu’il y ait eu des déceptions et des déconvenues de chaque cote. Que certaines demandes n’auraient pu être satisfaites, sauf à provoquer d’énormes scandales, si les choses avaient été révélées dans un pays démocratique comme la France. Que la discrétion, qui a un temps pu prévaloir dans les affaires ≪ franc africaines ≫, ne peut plus être assurée de la même façon de nos jours.

La Centrafrique a des ressources, peu et mal exploitées actuellement. Des sociétés françaises et étrangères s’y intéressent, auxquelles la situation actuelle est préjudiciable. Qui espèrent tirer des bénéfices de l’intervention de l’armée française. Coût à la charge du contribuable, bénéfices en faveur des sociétés privées ! Situation connue, à laquelle il ne pourrait être échappe qu’en imposant une fiscalité locale conséquente et un remboursement des couts ultérieurement, par un état stabilise. Ce qui semble plutôt utopique.

Comment intervenir, en protégeant les populations et sans soutenir un gouvernement illégitime, ayant pris le pouvoir par la violence, grâce au soutien d’une armée corrompue ? On nous promet une intervention à court terme, soit. Mais que se passera‐t‐il après ? Quelle sera la nouvelle situation ? Est‐il possible d’espérer instaurer un fonctionnement démocratique, ou seulement une paix civile, dans un pays plus grand que la France, peuple de quatre millions et demi d’habitants, disperses dans la brousse, dont les équipements et infrastructures sont confidentiels et les frontières de simples traits sur des cartes ?

Les milices et groupes armes ne se dissoudront‐ils pas dans le paysage comme au Mali ? Ne passeront‐ils pas les frontières, parfois sans même le savoir, encore plus facilement ? Ne reviendront‐ils pas immédiatement après le passage des troupes françaises ?

Des troupes, plus nombreuses que les soldats français, en provenance des états voisins, dotées de casques bleus, vont intervenir en soutien et assurer cette paix. Les expériences antérieures montrent que cette description idyllique correspond assez mal à la réalité. Les équipements, compétences et motivations, de ces troupes font souvent défaut. Sans aller jusqu’à comparer le comportement avec celui de troupes d’occupation, tel que ce que l’on rencontre en Haïti, les traitements infliges aux populations locales par les troupes d’intervention africaines est rarement digne d’éloge. Surtout s’agissant d’ethnies ou de religions différentes.

Une action de guerre contre les milices est inenvisageable et serait nécessairement inefficace. Faire la police ? Pour protéger les populations évidemment, c’est ce que l’on nous dit. Comment ? En désarmant les milices ? Ce qui permettra à l’armée de reprendre rapidement ses exactions sans plus rencontrer la moindre opposition ? En désarmant également l’armée ? Et en encourageant ensuite la course aux fournitures d’armes, par les entreprises étrangères, en provenance des pays voisins ?

Comment une intervention de courte durée pourrait‐elle contribuer à résoudre les problèmes ? Dans une négociation multipartite, qui pourrait représenter légitimement et efficacement les populations ? Existe‐t‐il encore des autorités tribales, locales, qui pourrait assumer ce rôle ? Malgré les interventions, ni l’Irak, ni la Cote d’Ivoire, ni la Lybie, ni le Mali, n’ont connu la solution de leurs problèmes. Qu’en sera‐t‐il en Centrafrique ?

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Marc Albert Chaigneau a été conseil de sociétés et avocat d'affaires, puis responsable juridique pendant 35 ans. De 1974 à 1998, il procède ainsi à des centaines d'analyses de sociétés, les suivant depuis la création jusqu'à la liquidation, en passant par les fusions, cessions, restructurations. Cette expérience l'a conduit à analyser méticuleusement la société dans laquelle nous vivons. Son dernier essai De la révolution à l'inversion*, publié en janvier 2014 aux éditions Edilivre propose un nouveau projet de réforme de la société. Un modèle préférable à la révolution en ce qu'il ne nécessite ni violence, ni destruction, mais seulement l'inversion d'un certain nombre de nos comportements. Inverser les comportements, pour cela inverser les raisonnements, les analyses, les rapports personnels et professionnels en se basant sur le principe de subsidiarité. Avec cet ouvrage, l'auteur nous donne les clefs pour la mise en œuvre d'une véritable démocratie : la démocratie directe, dont beaucoup avaient rêvé, mais à laquelle ils avaient renoncé, la croyant impossible à mettre en œuvre. Il nous montre comment elle serait accessible, mais nous prévient qu'elle ne le sera jamais qu'à des citoyens responsables.  

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