Ecole : Pour en finir avec la guerre privé public, le chèque éducation est-il une solution ?

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Par Bernard Hugonnier Publié le 4 septembre 2013 à 21h42

Le chèque éducation est présenté par certains comme la solution pour donner à tous l’opportunité d’aller dans l’école de son choix, qu’elle soit privée ou publique. Il en serait ainsi fini de la guerre entre le privé et le public.

De quoi s’agit-il exactement ? Avec un chèque éducation, les parents de chaque élève recevraient un bon valable dans toutes les écoles de France, bon permettant d’inscrire son enfant dans l’école de son choix, qu’elle soit publique ou privée, proche de son domicile ou pas.

Liberté de choix de l'école pour les parents

On comprend que cette solution soit soutenue par ceux qui attachent une grande importance à la liberté de choix de chacun. Il n’y aurait en effet plus de carte scolaire obligeant d’inscrire son enfant dans une école proche de son domicile. Et chacun, même les plus pauvres, aurait la possibilité de choisir une école privée ce qui conduirait à plus d’égalité. On peut aussi faire valoir que les parents dont les enfants sont inscrits dans des écoles privées payent deux fois cette école, d’une part avec leurs impôts et de l’autre avec les droits d’inscriptions, dont résulte une certaine inégalité devant l’impôt. Enfin, on peut faire valoir que la mixité sociale au sein des écoles serait plus élevée ce qui ne pourrait être que bénéfique à la fraternité.

Ces arguments sont très importants : plus de liberté, plus d’égalité, plus de fraternité, soit les trois fondements de notre République. Raison pour laquelle le chèque éducation doit être considérée avec sérieux.

Les meilleures écoles continueront à attirer les meilleurs élèves

Mais dans la réalité, que se passerait-il ? Il va sans dire que les enfants, qui vivent dans les centres villes et ont ainsi accès à des écoles publiques de qualité, y resteront et qu’il sera impossible de les en déloger. Il en va de même pour ceux qui sont inscrits dans des écoles privées. En conséquence, la place qui sera laissée à tous ceux qui sont dans des écoles publiques de maigre qualité et qui voudraient accéder aux bonnes écoles, sera extrêmement limitée.

La faisabilité du chèque éducation est donc en question. Pour que cela marche, il faudrait que tous les élèves soient, en début d’année, désinscrits de leurs écoles respectives et que tous fassent une demande d’inscription dans l’école de leur choix. En dehors de la course à l’échalote à laquelle se système conduirait, mais aussi de l’immense pagaille qui s’en suivrait (tout le monde voulant s’inscrire dans les meilleures écoles et délaissant les autres), rien n’empêchera les écoles de faire leur choix en veillant à accueillir les meilleurs élèves dans le but de protéger leur réputation. En conclusion, on aurait de grandes chances de se retrouver avec des inscriptions identiques avant que le chèque éducation soit introduit. Le système conduirait aussi à une forte concurrence entre les écoles pour attirer les meilleurs élèves ce qui n’est certes pas bénéfique à une éducation apaisée et ne mettrait pas fin à la guerre entre le privé et le public.

C’est certainement la raison pour laquelle un tel système, qui a seulement été mis en place dans un nombre réduit de pays, n’a pour l’heure, selon les études académiques, apporté quelques bénéfices aux élèves que dans un seul, la Colombie.

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Economiste de formation, Bernard Hugonnier a travaillé 30 ans à l'OCDE dans les domaines du contrôle des changes, de la mondialisation, du développement économique, de la régionalisation et de l'éducation. Dernier poste occupé, directeur adjoint pour l'éducation. Il préside désormais Conseils sans frontières (CSF), une association regroupant 25 experts des politiques économiques et sociales qui travaillent à moindre coût pour les pays en développement. Il est également directeur du Centre d'analyse des politiques d'éducation (CAPE) qui travaille avec Sciences-po, enseigne l'économie publique à l'Université Paris I et est maître de conférences à Sciences-po en science du gouvernement. Il a publié cinq livres dont le dernier "Changer le modèle économique" revient sur la crise  que connaît la France depuis 5 ans.