Comment mieux armer nos industriels avec la PPE ?

Par Jean-Pierre Riche Modifié le 29 novembre 2022 à 9h24
Industrie Avenir Secteur Simulation Informatique
10%L'industrie ne pèse désormais plus que 10% dans le PIB français.

Le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est une belle occasion de changer notre approche de l’énergie dans l’industrie en France. Il est temps de réformer en passant du protectionnisme ambiant à un plan ambitieux et collaboratif, et ainsi accélérer fortement la compétitivité énergétique de nos entreprises industrielles.

Il n’existe quasiment plus un dirigeant d’entreprise industrielle en France qui ne soit conscient des enjeux énergétiques actuels et à venir. Avec les équipes d’Orygeen, je rencontre tous les jours des managers qui sont convaincus que leur transformation énergétique est inévitable. En effet, ils mettent déjà en œuvre des mesures d’efficacité énergétique, étudient des solutions d’énergies renouvelables réfléchissent à l’effacement et au stockage...

Des programmes ambitieux de réduction des consommations électriques et thermiques

Les actionnaires valorisent mieux les entreprises qui anticipent la transition écologique, les clients sélectionnent de plus en plus leurs fournisseurs et leurs produits selon leur engagement dans la lutte contre le changement climatique, les employés sont fiers et plus engagés quand ils travaillent pour une entreprise qui s’engage pour la préservation de notre planète. Les dirigeants de Solvay, Michelin, Système U, Microsoft ou Ardian exprimaient par exemple clairement cette analyse lors de la dernière conférence ENR entreprises en septembre 2018.

Les industriels énergivores sont prêts à réduire fortement leurs coûts énergétiques et leurs émissions de CO2 en baissant leurs consommations. Mais les temps de retour sur investissement sont encore trop longs pour mettre en œuvre certains leviers significatifs. Déclenchons des programmes ambitieux de réduction des consommations électriques et thermiques pour des temps de retours inférieurs à 3 ans acceptables par les industriels. Pour cela, faisons converger et additionnons les mécanismes de subvention du Fond chaleur, des Certificats d’Economies d’Energies (CEE) et système européen des Quotas Carbone avec une visibilité sur 10 ans.

Favoriser la construction de nouvelles fermes solaires et éoliennes

Les entreprises sont prêtes à signer des contrats longs d’achat d’électricité renouvelable via les Corporate PPA, permettant de favoriser la construction de nouvelles fermes solaires et éoliennes. Donnons-leur accès à des prix plus compétitifs pour s’approvisionner en ENR certifiées qui favoriseront la massification de cette démarche. Pour cela laissons un libre accès aux garanties d’origines (GO) associées aux nouveaux actifs de production ENR lauréats des appels d’offres de la CRE (ils sont actuellement conservés par l’Etat pour être revendus séparément). Il suffirait par exemple de mettre en place des formules de complément de rémunération intégrant la valeur des garanties d’origine.

A court terme, pour faciliter les projets d’autoconsommation électrique et promouvoir une dynamique de transformation compétitive du mix énergétique industriel, élevons le plafond de puissance installée des projets exonérés de taxes (CSPE) et de coûts de transport (TURPE). Revoyons et clarifions aussi rapidement les modalités applicables aux projets financés en tiers investissement, le mode favoris des entreprises.

Encourageons la flexibilité et n’hésitons pas à rémunérer significativement ceux qui s’engagent, c’est le moyen le moins onéreux pour le système électrique de gérer l’intégration des renouvelables dans le réseau. C’est aussi un levier supplémentaire de réduction des coûts énergétiques pour nos entreprises comme cela peut être fait dans d’autres pays. Aujourd’hui la rémunération de l’effacement liée au mécanisme de capacité n’incite pas assez les industriels à participer de façon volontariste à la gestion de la demande, ni à investir dans leur process industriel pour augmenter leur flexibilité.

L’Industrie ne pèse désormais plus que 10% dans le PIB français, significativement moins que nos voisins allemands ou italiens, mais consomme 21% de l’énergie du pays. En accélérant la transition énergétique de l’industrie française par une politique incitative et ambitieuse, nos gouvernants ont l’opportunité d’augmenter significativement sa compétitivité tout en luttant efficacement contre le changement climatique.

Alors qu’attendons-nous pour impliquer les industriels français dans la construction d’un plan de combat qui les mènera en tête du peloton mondial de la performance énergétique ?

Pour plus d’information : https://www.orygeen.eu/fr/

  Jean-Pierre Riche est Président de Altran Espagne et ingénieur de formation, expert en économies d'énergie. Avant de rejoindre Altran Espagne, il a exercé diverses fonctions au Groupe Usinor Sacilor (maintenant Mittal Steel).