Rapport Gallois, rapport maudit : ce qu’il contient

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 5 novembre 2012 à 6h26

C'est ce matin lundi 5 novembre que le rapport maudit commandé par le gouvernement cet été à Louis Gallois -un homme du sérail, puisqu'il a travaillé dans plusieurs cabinets ministériels de gauche avant de devenir patron d'industrie (SNCF, AIRBUS, EADS), sera rendu public. Avec trois semaines de retard sur la date initiale, mais qui tombait mal, en pleine ouverture des débats à l'Assemblée sur le Projet de loi de finances 2013...

Nombreux sont ceux qui prétendent avoir lu un brouillon du rapport, ou encore deviner ce que Louis Gallois et les co-rédacteurs du rapport qui portera son nom avaient en tête. Dans les faits, rien d'extraordinairement sorcier : ce que doit recommander Louis Gallois a déja été préconisé par nombre d'économistes, qui plus est aussi bien de droite que de gauche...

D'abord et avant toute chose, le rapport doit s'attaquer au sujet tabou qui n'en est plus un, même à gauche : le coût du travail. Louis Gallois proposerait de baisser les cotisations sociales des entreprises françaises de 30 milliards d'euros, et en particulier les charges patronales pour que cela améliore immédiatement la rentabilité des entreprises, et donc leur permettre de respirer en trésorerie (les charges se paient tous les mois ou tous les trimestres), mais aussi et surtout en résultat : Celles qui perdent de l'argent en perdraient moins, celles proches de l'équilibre l'atteindraient, celles qui en gagnent en gagneraient plus, incités de facto à investir ou embaucher. Ces réductions de charges toucheraient tous les salaires allant du SMIC à 5000 euros, soit l'immense majorité des salariés français, cadres moyens ou dirigeants y compris.

En revanche, pas de suprise à attendre du rapport : celui-ci était consacré à la restauration de la compétitivité. Pas aux moyens pour financer les mesures proposées ! Ainsi, c'est au gouvernement qu'il incombera, s'il décide de suivre le rapport de trouver les recettes nécessaires pour réduire les charges des entreprises. Or, comme la TVA sociale a été abrogée, que la CSG ne fait pas l'unanimité à gauche, il faudra soit créer un nouvel impôt, soit augmenter la TVA "tout court", soit, faire subir une cure d'amaigrissement accélérée aux dépenses de l'Etat. On en saura plus mardi soir, à l'issue du séminaire gouvernemental qui devrait décortiquer le rapport Gallois.

Autre mesure préconisée par le rapport Gallois, et très attendue par les entrepreneurs depuis des années, un "small-business act" à la française. Le "small business act", aux Etats-Unis, oblige les administrations à réserver un certain pourcentage de leurs commandes publiques, située entre 10 et 30%, aux petites PME, alors que les règles des marchés publics aujourd'hui privilégient structurellement les entreprises installées, et habituées à participer aux appels d'offres.

Louis Gallois s'attaque également à un autre tabou, en recommandant de relancer les recherches et expérimentations sur le gaz de schiste, ce à quoi les écologistes à l'Assemblée comme au gouvernement sont fermement opposés.

Enfin, le rapport émet d'autres conseils de portée plus générale ou technique. Par exemple, sur le soutien à l'exportation, en augmentant les garanties export de type Coface. Ou encore l'idée de donner plus de pouvoir aux représentants des salariés dans les conseils d'administration des grosses entreprises.

Nul doute que ce rapport est aussi bien porteur d'espoir pour tous ceux qui croient dans les mesures qu'il préconise, que d'ennuis pour une large partie du gouvernement qui devra les mettre en oeuvre, ou bien au contraire les écarter voire les enterrer, après avoir commandé le rapport...

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).