Contre le coronavirus et ses conséquences au Maroc, un nouveau contrat social fondé sur la confiance

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Par Reda Deryany Modifié le 4 mai 2020 à 14h40
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8%La récession en France pourrait être de 8% en 2020.

Les conséquences sociales et économiques de la pandémie de coronavirus et du confinement seront désastreuses et aggraveront encore la défiance des citoyens envers leurs dirigeants et institutions. Pour surmonter cette épreuve, il nous faut rebâtir un contrat social « tridimensionnel », citoyens/Etat, Etat/citoyens, citoyens/citoyens selon l’historien Lars Tragardh, Etat/Entrepreneur/Citoyen pour le président du RNI Aziz Akhannouch. Avec un dénominateur commun : la relation contractuelle, et la confiance.

Si le pic de l'épidémie de Covid-19 semble, en France, enfin derrière nous, ne nous y trompons pas : nous ne sommes qu'au début de la crise. Quand bien même le virus disparaîtrait-il tout à fait de notre quotidien – et nous en sommes, en l'absence de vaccin, encore très loin –, les conséquences – sanitaires, mais aussi économiques et sociales – de la pandémie et du confinement généralisé de la population se ressentiront à n'en pas douter pendant de longues années. La récession qui s'annonce ne sera comparable, pour reprendre les mots du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, « qu'à la crise de 1929 » : avec des baisses d'activité de l'ordre de 90% dans l'hôtellerie-restauration, le tourisme et l'événementiel, et de 80% dans l'automobile, l'ameublement, la cosmétique, la plasturgie ou le textile, le PIB français devrait reculer d'au moins 5 points d'ici à la fin de l'année, selon l'OFCE.

L'Europe et les Etats sombrent dans une crise de défiance

Désastreuses, les conséquences de l'épidémie sur l'économie mondiale ne manqueront pas de saper encore davantage la confiance qu'accordent les citoyens à leurs leaders et institutions, Etats en tête. Pas un gouvernement n'est en effet épargné par les critiques d'opinions publiques qui ne comprennent pas « comment on en est arrivé là », qui ne pardonnent aucune lenteur ni aucun atermoiement au sommet de l'Etat, qui s'inquiètent, légitimement, tant des mesures de confinement sur leur qualité de vie que de celles du déconfinement à venir sur leur santé et celle de leurs proches. « C'est précisément parce qu'ils attendent énormément de leur Etat, encore plus en situation de crise, que les Français se montrent particulièrement sévères » à l'égard d'Emmanuel Macron, analyse dans Libération le sociologue Marc Lazar. Un président de la République dont la cote de popularité s'est effondrée, passant de 55% au lendemain de l'annonce du confinement à 38% quatre semaines plus tard.

En crise quasi-permanente, l'Europe n'est pas, loin s'en faut, épargnée par cette vague de défiance. Incapables de dégager un terrain d'entente commun tant à propos du MES (Mécanisme européen de solidarité) que d'hypothétiques « Coronabonds », les 27 continuent d'offrir au monde et aux Européens le désolant spectacle de leur désunion. Historique, la fracture entre pays du « Nord », traditionnellement attachés à la rigueur budgétaire, et ceux du « Sud », plus laxistes – mais aussi les plus touchés par l'épidémie de Covid-19, à l'image de l'Italie et de l'Espagne –, s'est encore creusée à la faveur de cette inédite crise. « Alors que nous comptons (…) des milliers de morts, (les 27) jouent sur les mots (…). C'est une honte pour l'Europe ! », a à nouveau résumé Bruno Le Maire à l'issue d'un marathon de discussions aussi stériles que mouvementées entre les ministres des Finances des Etats membres.

Un nouveau contrat social au Maroc

Faut-il donc désespérer de nos institutions et gouvernants ? Si beaucoup d'Etats ont bien manqué leur rendez-vous avec l'Histoire et ne se sont pas montrés à la hauteur des attentes placées en eux, d'autres témoignent au contraire d'une forme de résilience face à la crise. Ainsi de la Suède, pays singulier s'il en est, l'un des seuls au monde à ne pas avoir imposé par la contrainte un confinement à sa population, préférant en appeler à la responsabilité individuelle et au civisme. Nul secret à cela : la recette suédoise repose, selon l'historien Lars Tragardh, sur « un degré de confiance très élevé », cette même confiance étant selon lui « tridimensionnelle : au niveau des citoyens à l'égard de l'Etat, de l'Etat vis-à-vis des citoyens et des gens entre eux. Dans le contexte de la pandémie, lorsque les autorités émettent des recommandations, elles partent du principe que celles-ci seront suivies ».

Chantres de la « liberté sous responsabilité », les pays scandinaves sont porteurs de leçons pour l'après-crise. Un « monde d'après » qui inspire, à l'autre extrémité du Vieux continent, le ministre marocain de l'Agriculture et président du Rassemblement National des Indépendants (RNI), Aziz Akhannouch : appelant de ses vœux à la « déconstruction (des) dogmes en matière de déficit public » et à l'édification d'un nouveau contrat social, le dirigeant marocain estime que « cette crise sanitaire est singulière, car elle challenge les recettes macroéconomiques de relance, telles qu'expérimentées dans le passé ». Seule voie de sortie, pour M. Akhannouch : « insuffler une confiance inébranlable dans la relation tripartite Etat-Entrepreneur-Citoyen ». « Le moment, estime encore le leader marocain, n'est pas à l'austérité » mais bien aux « mesures volontaristes » de la part d'un Etat mettant, au moins provisoirement, les impératifs budgétaires de côté pour privilégier la relance.

Seule la confiance nous permettra de surmonter la crise

Et c'est aussi au niveau global qu'il faut faire le pari de la confiance. Et si l'antidote à ce virus ne résidait pas tant dans le repli sur soi, le confinement et le protectionnisme, que dans une nouvelle forme de coopération mondiale ? Une coopération des idées, de la science, de la recherche médicale, qui, seule, nous permettra d'éradiquer le virus et de surpasser la crise économique à venir. « L'histoire indique que la véritable protection vient du partage d'informations scientifiques fiables et de la solidarité internationale », abonde ainsi l'historien et essayiste Yuval Noah Harari, selon qui « sans confiance et solidarité mondiale, nous ne pourrons pas enrayer l'épidémie de Covid-19 » ni les futures crises, qu'elles soient sanitaires, économiques ou écologiques.

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Avocat à la cour, Deryany et associés (Casablanca, Maroc)

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