Depardieu face à Hollande : un duel d’acteurs ?

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Par Louis Vergeat Modifié le 18 décembre 2012 à 5h41

Depuis plusieurs films, notamment Green card avec la ravissante Andy Macdowell, Gérard Depardieu est un acteur reconnu aux Etats-Unis et ailleurs. Ce n'est donc jamais bon pour un pays de voir une parcelle de sa notoriété s'en aller. Plus exactement claquer la porte car l'acteur a pris une claque virtuelle en se faisant traiter de minable par un homme politique qui n'a pas encore fait ses preuves dans son nouvel univers de travail.

Un seul homme avait un mot à dire pour que les choses se fassent proprement. Mais le Président Hollande a préféré le silence et laissé hurler la meute. Il est resté acteur de ce psychodrame à la française. Une émission satyrique consiste en la remise de Gérards : ses concepteurs vont pouvoir inventer le prix Gérard Depardieu ou Gérard Mulliez ou autres qui sont donc en Belgique.

Car enfin, qui ne voit que nous nous heurtons à la falaise fiscale par la hauteur des déficits votés et créés par les acteurs politiques là où les acteurs ont souvent été de lourds contributeurs fiscaux à hauteur de leurs talents ? Tout ceci ne date pas d'hier et nos joueurs de tennis ont su avoir des conseils fiscaux pour ne pas être pris à revers et encaisser des passing-shots d'impositions diverses.

François Mitterrand avait compris le rôle des riches dans une société : son élève qui voudrait être son disciple a réussi à humilier deux vedettes dans leurs catégories respectives : Bernard Arnault et Gérard Depardieu que la vie n'a pas épargné et dont la fuite en avant est un cri qui dépasse de loin sa lettre à Monsieur Ayrault.

La courbe de Laffer a démontré que "trop d'impôt tue l'impôt" et le départ de plusieurs personnes d'importance sera un moins pour la France. On peut se placer sur le terrain de la morale et montrer du doigt ses exilés. On peut aussi songer qu'en économie ouverte la liberté d'installation est un des fondements du droit européeen.

Il est de mode de parler d'impôt confiscatoire. Il est plus approprié de nommer l'impôt de répulsion à l'effort. Combien de professions libérales travaillent un jour de moins dans la semaine ? Combien de cadres supérieurs se débrouillent avec des faux-frais pour éviter d'être plaçés sous une toise intenable ? Parfois, des slogans presque sexy apparaissent : on nous dit qu'il est normal que la fiscalité des revenus du patrimoine soit alignée sur celle du travail. Et ainsi, on oublie allègrement que le patrimoine a d'abord subi l'impôt sur le revenu avant d'être constitué puis, qu'il subit annuellement l'ISF et autres taxes (foncières par exemple) ce qui fait que l'égalité nominale de la pression fiscale entre les revenus du travail et ceux du patrimoine est un numéro d'acteur menteur que trop de politiques cultivent.

Cet alignement va faire prospérer des effets pervers et des sorties du territoire : à la fin, il y a de fortes chances que la République ne soit obligée de crier : bernique ! L'acteur politique suprême de notre pays a une culture économique établie mais il n'a plus de cap en matière de politique économique. Il y a près de cent ans, le journaliste et homme politique Emile de Girardin s'exclamait : "L'impôt sur le revenu agit comme le mors ; l'impôt sur le capital comme l'éperon".

De fait, la taxation d'activités freine l'expansion et la taxation patrimoniale pique le contribuable qui part au galop et franchit une frontière comme une haie à Vincennes. Dans notre rôle de parents, nous apprenons à nos enfants à être les acteurs de leurs vies. Désormais, dans bien des cas nous serons forcés d'être les spectateurs de leurs départs.

Cette classe politique dispendieuse mérite-t-elle nos applaudissements ? Cette calamiteuse affaire depardieuse mérite-t-elle d'être aussi haineuse là où elle pose une question beaucoup plus cruciale de saturation fiscale ?

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Consultant en gestion pour des groupes privés et pour des entités publiques importantes (Douanes, SGG,...)

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