Budget : économiser plus pour dépenser mieux

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Par Pascal de Lima Modifié le 10 mars 2014 à 11h16

La France pratique assez peu, contrairement aux pays anglosaxons, l'évaluation des politiques publiques. C'est malheureusement le cruel constat qui ressort des propositions économiques actuelles. Dans ce contexte, les observateurs peinent à évaluer rigoureusement toutes les propositions de politique économique faute de données, ou au contraire, dans l'excès de données supposées corrélées.

En effet, trop de corrélations créé des inférences et détériore la qualité de l'information. Personne n'est capable de dire si une quelconque causalité existe dans tout ce qui est proposé aujourd'hui en matière de politique économique. Des dépenses et des recettes oui, mais des causalités, ce serait bien mieux.

La communauté scientifique en économie propose une réponse à la question de l'évaluation de l'efficacité des politiques publiques. Par exemple imaginons une politique d'aide à l'acquisition d'une première résidence principale à destination des ménages modestes. Ici, les bénéficiaires pendant la durée du programme paient moins d'intérêts car l'Etat subventionne les banques pour les couvrir. Peut-on déduire que le nombre de ménages ayant souscrit cette formule ainsi que les dépenses de l'Etat attestent de l'efficacité de la politique publique ? Non.

Ces deux indicateurs, nombre de bénéficiaires et dépenses publiques engagées, ne garantissent pas l'efficacité de la mesure. L'enjeu est colossal dans le contexte actuel d'austérité: il s'agit de l'efficacité de la mesure et de la maîtrise des déficits publics. Pour revenir à notre exemple, rien ne nous dit que la subvention ait causé l'accès à la propriété de ces ménages. Pourquoi ?

  1. Certains ménages auraient quand même acheté ! Il aurait fallu, pour être rigoureux, connaître le choix de ces ménages sans la mesure! Techniquement, on dit qu'il faut maîtriser le contrefactuel.
  2. La banque peut tout à fait augmenter le taux d'intérêt négocié en connaissance de la mesure, ce qui constituerait une sorte d'absorption de la subvention par les banques, un effet d'aubaine quoi.
  3. Le volume de crédit à la hausse ferait augmenter les prix de l'immobilier. Ceci est d'autant plus juste que l'on ne peut pas démultiplier indéfiniment l'offre de logements.
  4. Si cette mesure est dirigée vers les primo-accédants à l'intérieur de la catégorie des ménages pauvres cela signifie aussi que les ménages non primo-accédants et qui souhaiteraient aussi acquérir un bien, subissent une hausse des prix de l'immobilier, comme une sorte de dégât collatéral, effet pervers de la subvention, à vrai dire plutôt contraire même à l'objectif initial de la politique publique qui consistait, pour rappel, à faciliter l'accessibilité financière de l'immobilier des ménages pauvres...

Des méthodes robustes, simples et efficaces permettent pourtant de déterminer la causalité selon une démarche scientifique lavée de tout soupçon lobbyiste et produite par un organisme indépendant... Inspirée des techniques médicales, la plus simple s'appelle la "différence des différences": on soustrait à l'effet produit par la mesure sur un groupe de traitement bénéficiant du programme, l'effet produit par la mesure sur un groupe de contrôle proche en tout genre mais ne bénéficiant pas du programme. Le résultat est l'impact causal.

La conclusion de cette histoire est qu'il est plus populaire de proposer de nouvelles mesures qui s'additionnent aux précédentes que d'avoir le courage de faire une évaluation de l'efficacité d'une politique publique. Celle-ci en effet, éliminerait les plus inefficaces. Cela permettrait pourtant d'économiser plus et de dépenser mieux... "Économiser plus pour dépenser mieux" devrait être le slogan des hommes politiques.

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Chef économiste, Economiste de l'innovation, knowledge manager des cabinets de conseil en management (20 ans). Essayiste et conférencier français spécialiste de prospective économique, mon travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.Responsable de l'offre "FUTURA : Impacts des innovations sur les métiers de demain". Vision, Leadership, Remote of Work, Digital as Platforms...secteurs Banque Finance Assurance, PME TPE, Industrie et Sport du Futur.Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Consultant et Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), je fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, je deviens en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.En 2022, je deviens Chef économiste de CGI et Directeur de CGI Business Consulting.Intervenant en économie de l'innovation à Aivancity, Sciences po Paris, ESSEC, HEC, UP13, Telecom-Paris... et Conférenciers dans le secteur privé, DRH, Directions Métiers...J'ai publié plus de 300 tribunes économiques dans toute la presse nationale, 8 livres, 6 articles scientifiques dans des revues classées CNRS et j'interviens régulièrement dans les médias français et internationaux.Publication récente aux éditions FORBES de « Capitalisme et Technologie : les liaisons dangereuses – Vers les métiers de demain ».Livre en cours : "La fin du travail"Site personnel : www.pascal-de-lima.com

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