Imaginez un choc d’imagination ! (Partie 2)

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Par Charles Sannat Modifié le 10 mai 2013 à 10h33


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Quelles conclusions ?

Pour les pays nordiques, les bénéfices obtenus grâce à leur participation servent à financer en partie les coûts de l’État-providence. Pour un pays comme le Qatar, cela permet d’avoir une influence politique mondiale plus importante que sa réalité géographique et démographique tout en préparant l’après pétrole ! Il se passe la même chose pour l’ensemble des pétromonarchies comme l’Arabie Saoudite.

Ce que font avec succès d’autres pays nous nous l’interdisons par bêtise et par idéologie.

On peut même défendre l’idée qu’il n’y a pas plus libéral qu’un État moderne souhaitant faire de l’argent en plaçant en Bourse !! Tout cela étant bien loin des nationalisations à la 1981, avec sécurité de l’emploi et transformation des salariés en fonctionnaires à vie ayant la garantie éternelle de l’emploi.

Imaginez un « choc » d’imagination !

Imaginez un instant une politique très volontariste de prises actives de participations. Nous pourrions stabiliser l’actionnariat de nos grands groupes, capter une partie importante des bénéfices, ne pas avoir à augmenter les impôts sur les entreprises et étouffer ainsi le peu de croissance que nous ayons.

Imaginez que ces gains soient réinvestis dans une grande politique industrielle, imaginez que dans le même temps nous recrutions 50 000 « douaniers » pour contrôler le respect des normes CE de toutes les « chinoiseries » qui rentrent en France (je rappelle que le protectionnisme est interdit mais que les normes CE ne sont pas faites pour les chiens).

Imaginez qu’un container sur deux soit retourné à l’expéditeur (par exemple 60 % des jouets ne sont pas conformes), imaginez que les industriels se rendent compte que le Made in France, ça peut aussi être bien.

Imaginez que malgré l’interdiction du protectionnisme Bruxelles nous montre qu’en réalité c’est possible ! Cela tombe bien car c’est justement le cas. Car oui, Bruxelles a donné son feu vert mercredi à l’imposition à titre provisoire de lourds droits de douane sur les panneaux solaires importés de Chine. Ils atteindront 47 % du prix des produits et entreront en vigueur une fois que la Commission européenne aura publié la décision dans son Journal officiel… Ce n’est qu’une question de jour.

Il faut dire que ce sont nos « zamis » allemands, grands exportateurs devant l’éternel, qui bloquent tout protectionnisme puisque cela n’arrangerait pas leurs affaires. Que les autres pays européens se fassent laminer leur industrie ne leur pose guère de problème (c’est normal, ce sont nos « zamis).

Hélas pour eux, les Chinois n’étant pas des culs-terreux pour toujours, figurez-vous qu’après être montés en gamme ces 20 dernières années… ils sont désormais capables de réduire à néant l’industrie allemande, et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec les panneaux solaires Made in Germany… puisque toutes les entreprises allemandes de ce secteur sont en faillite.

Du coup, nos toujours grands « zamis » germains trouvent le libre-échange nettement moins drôle (ce que les Français pensent depuis longtemps mais n’ont pas le droit de dire car la police de la pensée veille) lorsqu’ils sont perdants ! J’en rigole encore. Résultat : pour sauver l’industrie allemande, on met des droits de douane sur les produits photovoltaïques chinois.

Imaginez qu’un jour, un peu moins crétines que d’habitude, nos « zélites » économiques en arrivent à se dire que ce qui est possible sur le solaire pourrait l’être pour tous les autres secteurs – on ne sait jamais, personne n’étant à l’abris d’une illumination.

Imaginez que l’on sorte de l’euro ou qu’en restant dans l’euro, car tout ça n’est qu’une question de choix politique à faire « ensemble » ou « seuls », la ou les banques centrales nous donnent des marges de manœuvre pour refinancer notre dette à 0 % ?

Imaginez que les États puissent investir vraiment (pas dépenser dans du social) en prenant des participations avec de l’argent fraîchement imprimé à 0 % que l’on remboursera grâce aux bénéfices obtenus par nos participations (bel effet de levier n’est-ce pas) ?

Imaginez tout cela, imaginez une fiscalité environnementale ; imaginez une véritable loi sur l’obsolescence programmée et sur la qualité, imaginez encore une véritable politique d’aménagement du territoire où nous arrêterions d’entasser des miséreux dans des HLM pourris dans des villes déprimantes sans aucune perspective d’emploi pour les envoyer dans les campagnes avec un potager et une maison, puisqu’il en existe des millions de vides… Imaginez une économie locale qui se redévelopperait ?

Imaginez qu’une collectivité locale n’est pas droit « d’emprunter » ! Imaginez qu’il n’y est plus de régimes spéciaux !

Vous pouvez imaginer tout cela, et plein d’autres choses car cette liste n’est pas exhaustive, et voir qu’il existe de très très nombreuses solutions simples et de bon sens pour sortir de la crise en sortant de nos carcans intellectuels.

Et maintenant, regardez Ségolène Royal, regardez son ex-mari, regardez la vacuité de nos « zélites » et l’absence d’imagination et de courage de nos mamamouchis, et vous comprendrez que tout ce que vous venez d’imaginer ne restera qu’un rêve et vos souffrances de plus en plus réelles.

Mais surtout n’imaginez pas Ségolène Royal à la tête de l’Agence nationale des participations d’État (l’ANPE, on peut réutiliser le terme vu que maintenant pour les chômeurs c’est Paul Emploi, et ressortir quelques anciennes enseignes à des fins de bonne gestion) car effectivement elle serait capable de nationaliser toute sa région et de ruiner à elle toute seule notre nouvelle ANPE ! Et c’est bien le problème de notre pays. Ce qui marche chez les autres ne fonctionne jamais chez nous avec les élites que nous avons.

Alors imaginez tout cela, réfléchissez-y en dehors de toute idéologie dans lesquelles nous avons été tous bercés.

Notre ennemi c’est autant l’idéologie cryptomarxiste qu’un jusqu’au-boutisme néolibéral tout aussi stupide.

Je ne suis donc ni pour les nationalisations ni pour les privatisations mais pour que nous choisissions collectivement comment l’État peut gagner de l’argent et avec quelles participations, des participations et des investissements qui doivent être gérés, changés, arbitrés, avec des prises de bénéfices et des ventes et des rachats, en d’autres termes : une véritable gestion de portefeuille.

Bon sang, soyons inventifs et entreprenants !

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Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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