Quatre mois à la place d’un professeur de lycée juste avant le baccalauréat (1/4)

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Par Gilles Corbet Publié le 6 septembre 2013 à 14h22

Le journal local dans son article du 07 février 2013 intitulé : « la prof d'économie remplacée » présentait la situation (cours d'économie insatisfaisants, boycott par les élèves de terminale, contrôle de l'inspecteur d'académie puis arrét-maladie du professeur titulaire) et annonçait l'arrivée d'un nouveau professeur.

Le nouveau professeur, c'était moi.

Cela ne peut pas être pire

En me communiquant les coordonnées pour prendre contact avec l'établissement concerné, mon correspondant du rectorat avait insisté pour que je l'informe rapidement en cas d'un éventuel renoncement.

Présentée simultanément à la proposition d'un remplacement jusqu'au 31 janvier (4 jours de cours à effectuer) avec possibilité de reconduction, cette demande révélait les difficultés rencontrées pour pourvoir le poste.

Au mois de janvier, la liste des candidats remplaçants en économie établie depuis septembre était sans doute épuisée. Seule une recherche attentive dans les fonds de tiroir avait pu lui permettre de retrouver mon dossier de candidature, envoyé il y a plus de sept mois sans que personne ne m'en confirme la bonne réception.

Dans l'heure qui suivit, mon premier contact avec l'administration de l'établissement fut positif : mon appel téléphonique était apparemment la meilleure nouvelle de la journée.

J'avais précisé à mon interlocuteur ma situation professionnelle : gérant d'une agence immobilière, responsable à ce titre d'une société de 13 personnes, j'avais certes obtenu un diplôme universitaire d'économie il y a 25 ans et repris mes études en 2006 pour préparer une thèse en géographie sans la soutenir ; mais je n'avais jamais enseigné et j'ignorais le contenu du programme en Sciences Economiques et Sociales au lycée. Ces éléments furent néanmoins suffisants pour convenir d'un rendez-vous sur place dès le lendemain.

Arrivée sur le site

Impressionné par l'architecture de ce bâtiment circulaire où les débords de toiture et les couvertures des passages donnaient une impression de légèreté grâce aux vitrages du dernier étage et aux poteaux de soutien qui libérait l'espace visuel.

Souvenir lointain de mon premier cours suivi dans un amphithéâtre de la Sorbonne : la qualité des enseignements ne pouvait qu'être à la hauteur de la qualité de cet environnement. À peine entré dans l'établissement, mon statut de futur enseignant ne fit plus aucun doute : tous les personnels semblaient prévenus de mon arrivée et de mon prochain début d'activité.

On m'informa que le poste consistait en des cours d'économie et de sociologie pour une classe de terminale ES et pour plusieurs classes de seconde, que le professeur titulaire était en arrêt-maladie depuis le 15 janvier et que son retour n'était pas souhaité. Le contrat qui m'était proposé était effectivement jusqu'au 31 janvier, avec la perspective de renouvellement au fur et à mesure de la prolongation des arrêts maladie du titulaire. J'étais apparemment la seule solution immédiatement disponible.

L'administration de l'établissement aménagea l'emploi du temps sur 3 jours par semaine et différa le début des cours de seconde pour me permettre de gérer mes rendez-vous professionnels les deux premières semaines. Mon interlocuteur avait travaillé dans la promotion immobilière avant d'entrer dans l'Education Nationale et semblait ravi d'intégrer une personne appartenant à la « vraie vie ». Néanmoins, il me pria de ne pas informer les élèves et les parents d'élèves de ma situation professionnelle pour ne pas les effrayer et me remit le livre de sciences économiques et sociales de terminale. Nous étions vendredi après-midi : les cours commençaient lundi.

Ma candidature présentait des risques

Au-delà de l'absence de connaissances du programme et de références pédagogiques, la concentration des cours sur trois jours par semaine et l'occupation simultanée d'un autre emploi ne permettait pas de préjuger de ma capacité à assurer ces cours dans des conditions satisfaisantes. C'est néanmoins avec un soulagement non dissimulé que l'on m'accueillît lundi à 10h00 pour mon début d'activité : le week-end ne m'avait pas conduit à renoncer à la tâche.

Aucun membre de ma famille n'avait jamais enseigné mais ma meilleure amie est professeur d'économie dans un lycée à Toulouse.

J'avais pris quelques renseignements auprès d'elle dès l'appel du rectorat, puis je l'avais informé par courrier électronique de mon acceptation du poste par un laconique « les élèves m'attendent avec impatience ».

Bien qu'elle désapprouvât mon choix, son aide inestimable lors de nos réunions téléphoniques hebdomadaires du dimanche matin contribua à mon apprentissage accéléré de la fonction de professeur d'économie et du contenu des cours à dispenser aux classes de seconde et de terminale.

J'avais tout de suite compris que la tenue de ce poste serait un moment de solitude. Passer d'une situation d'expert en immobilier à une situation de professeur d'économie novice était une remise en question quotidienne.
Je ne mis pas longtemps à m'apercevoir que mes relations avec les enseignants seraient plus compliquées que celles avec les élèves.

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Gilles Corbet est expert en immobilier. Il a écrit régulièrement dans le journal "Tout l'Immobilier", hebdomadaire genevois, sur les marchés immobiliers suisses et français (une dizaine d'articles).Il a ensuite été rédacteur et coordordinateur de l'étude sur "l'interdépendance des marchés immobiliers résidentiels sur le bassin franco-valdo-genevois" réalisée par l'Equipe de Recherche en Ingénieurie des Connaissances de l'Université de Lyon 2 et le Laboratoire d'Economie Appliquée de l'Université de Genève dans le cadre du programme européeen Interreg.