Emmanuel Macron, l’homme de la dernière chance à Bercy ?

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 27 août 2014 à 5h28

S'il est une chose incontestable, c'est la cohérence des nominations aux postes clefs du gouvernement Valls II. Najat Vallaud Belkacem à l'Education Nationale est recompensée pour sa fidélité à la ligne Hollande, tout comme Christiane Taubira à la Justice, trois fois confirmée. Et tant pis si cela cristalise contre eux une vive opposition - adversaires de la théorie du genre et du mariage pour tous, pour ne pas les nommer - Hollande et Valls ne cherchent pas à redevenir populaire à droite. Logique.

Mais la plus cohérente des nominations, c'est bien celle d'Emmanuel Macron, un "Hollande boy" pur jus, au poste de ministre de l'Economie. On dira ce qu'on veut, mais en politique, 36 ans, c'est jeune. Le nouveau ministre de l'Economie sera d'abord et avant fidèle à ses maîtres, qui lui ont donné cette chance extraordinaire de prendre en main l'un des portefeuilles les plus importants, pour ne pas dire le plus important en ce moment. Enarque, inspecteur des finances, jamais élu, marié à sa professeur de français de lycée âgée de vingt ans de plus que lui - et déjà mère de famille lorsqu'il l'a rencontrée - Emmanuel Macron a un profil atypique. Mais ce qui est certain, c'est qu'il sera fidèle à la doxa politique de François Hollande, dont il était encore voici quelques mois conseiller, puis secrétaire général adjoint de l'Elysée.

Son logiciel ? Social-démocrate, pour ne pas dire, capitaliste. On le sait partisan de la politique de l'offre et non de la relance keynesienne dont Arnaud Montebourg, des trémolos dans la voix, louait les mérites lors de son discours de rupture lundi après-midi. Ancien banquier d'affaires, chez Rotschild, il connait le monde de l'entreprise et de la finance, de près, de très près. En fait, c'est l'anti-Montebourg, l'anti Front de Gauche, le tenant du "grand capital" qui prend d'assaut le ministère de l'Economie. Pas étonnant que Jean-Claude Mailly et Thierry Lepaon aient grimacé à l'annonce de sa nomination !

Désormais, plus de surprises - de couacs- à attendre quant à la politique économique de la France, ni quant à l'analyse de la situation. Le constat - lucide - dressé depuis des mois par Manuel Valls est sans aucun doute celui d'Emmanuel Macron, et les solutions proposées par le Premier ministre, depuis qu'il est à Matignon, devraient enfin pouvoir être mises en oeuvre sans que la charrue tire à hue et à dia. Si en plus l'exécutif à en tête d'augmenter la TVA, pour compenser les recettes fiscales qui peinent à rentrer, ou, espérons le, pour alléger les charges des entreprises, ce n'est pas Emmanuel Macron qui devrait s'y opposer, mais bien plutôt se l'approprier et en faire son grand chantier, sa grande réforme. L'homme de la dernière chance ? Réponse dans six mois.

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Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).