Energie : l’ouverture à la concurrence n’est pas un échec

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Par Xavier Pinon Modifié le 29 novembre 2022 à 9h15
Electricite Marche Ouverture Concurrence France
48 %48 % des Français ne savent pas qu'il est possible de changer de fournisseur d'énergie.

Le coût de la facture d’électricité et de gaz est un sujet de préoccupation pour de nombreux Français. La hausse des tarifs réglementés ne peut pas leur donner tort : depuis dix ans, alimenter son foyer en énergie coûte de plus en plus cher. Mais paradoxalement, à peine la moitié d’entre eux savent qu’il peuvent changer de fournisseurs et faire des économies significatives.

L’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie pour les particuliers fêtera en 2017 son dixième anniversaire. Un chiffre résume son bilan : près de la moitié des particuliers ne savent pas qu’ils peuvent changer de fournisseur d’énergie. Plus précisément, selon le 9ème baromètre du Médiateur national de l’énergie (MNE), publié le 20 octobre 2015, 48% des consommateurs d’électricité n’ont pas connaissance de cette possibilité. Le résultat est légèrement meilleur pour les usagers du gaz avec 60 % de ménages informés.

On se demande encore comment et pourquoi les Français sont si peu au fait de leur droit au choix en matière de fournisseurs d’énergie.

Dans son rapport d’activité de juin 2015, le MNE jette d’ailleurs un regard peu flatteur sur l’ouverture à la concurrence, déclarant que “le marché de l’énergie peine toujours à trouver son rythme de croisière”. Seuls 9,6 % des consommateurs ont fait confiance à un autre fournisseur d’électricité qu’EDF (16,7 % pour le gaz et GDF-Suez). Pour le MNE, c’est l’absence de baisse des prix depuis l’ouverture du marché à la concurrence qui est la principale cause de cet échec.

Des a priori sur la concurrence

En janvier 2015, chez Selectra, nous avons réalisé une étude sur les économies possibles sur les factures d'énergie. Notre outil ? Notre comparateur en ligne. Il recense les offres des fournisseurs historiques (EDF et Engie) ainsi que de leurs concurrents, les fournisseurs alternatifs. Pour un consommateur moyen, il est possible d’économiser jusqu’à 186 euros par an par rapport aux tarifs réglementés fixés par l’Etat et commercialisés par EDF et Engie (ex-GDF Suez).

Le MNE estime à l’inverse que l’ouverture à la concurrence n’a pas eu d’effets significatifs sur les prix de l’énergie. Si les tarifs réglementés ont bien augmenté, cette hausse n’a en fait rien à voir avec la concurrence mais découle de facteurs structurels comme l’augmentation incessante de la fiscalité pour financer le développement des énergies renouvelables ou encore les investissements nécessaires pour mettre à niveau le parc de réacteurs nucléaires d’EDF dans un contexte post-Fukushima.

Les consommateurs ont pourtant décidé de jouer le jeu, comme le montrent les chiffres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Au premier semestre 2015, les fournisseurs alternatifs ont enregistré 630 000 signatures de nouveaux contrats d’électricité auprès des particuliers, en hausse de 26 % par rapport aux résultats obtenus à la même période l’année précédente. En 2014, plus de la moitié des nouveaux contrats de gaz ont été souscrits chez un fournisseur alternatif ! Il n’est plus possible de dire que la concurrence ne prend pas sur le marché de l’énergie français.

Les offres compétitives existent

Malgré de faibles marges de manoeuvre en matière d’achats en gros d’énergie et le manque de communication de l’Etat, actionnaire principal d’EDF et Engie, sur l’ouverture à la concurrence, les fournisseurs alternatifs ont fait d’importants efforts commerciaux. Sur le marché existent aujourd’hui des offres 100 % web permettant 10 % de gains hors taxe par rapport aux tarifs réglementés d’EDF. Cet été, un fournisseur d’électricité a proposé 12 % de réduction sur le prix de l’électricité durant un an. Un autre propose des offres à prix fixe jusqu’à quatre ans, permettant de déjouer tout risque de hausse intempestive pour le consommateur. Le consommateur a également accès à des offres 100% vertes à des prix équivalents voire inférieurs aux tarifs réglementés, alors que les contrats éco-responsables de fourniture d’énergie sont réputés plus coûteux.

Les offres sont variées et les pourcentages de réduction le démontrent : les économies sont au rendez-vous. Encore faut-il les connaître. Pour cela, de nombreux comparateurs en ligne, dont Selectra, sont apparus depuis 2007.

La force du nombre fait la baisse des prix

Il est possible d’aller encore plus loin pour casser les prix. De mai à juin 2015, en partenariat avec l’association Familles de France, Selectra a proposé aux particuliers et aux professionnels un achat groupé d’énergie. En réunissant 66 000 consommateurs pour négocier en leurs noms des prix plus attractifs auprès des fournisseurs d’énergie, nous avons obtenu des réductions sur le prix du kilowatt-heure hors-taxes pouvant aller jusqu’à 12 % pour l’électricité et jusqu’à 14 % pour le gaz. Des remises qui, sur une facture annuelle de 2200 euros, peuvent représenter un gain de 200 euros.

Restent les réticences bien compréhensibles du consommateur vis-à-vis de la qualité d’approvisionnement et du service technique. Car un grand nombre de Français ignorent qu’en ce qui concerne la gestion des réseaux d’électricité et de gaz, ERDF et GrDF sont restés en situation de monopole. En d’autres termes, passer d’un fournisseur d’énergie à l’autre n’implique ni baisse de la qualité d’approvisionnement, ni changement de service technique. Seuls diffèrent le service client du fournisseur choisi et bien sur, le poids de la facture. Alors, qui a dit que l’ouverture à la concurrence sur le marché de l’énergie n’avait servi à rien ?

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Diplômé de Sciences-Po Paris (Master Finance et Stratégie) et de Columbia University à New York (Master en A?aires Internationales, Management et Politiques publiques du secteur de l’énergie) co-fonde Selectra en 2007. En tant que dirigeant, Xavier supervise les aspects commerciaux et le business development. Il est co-auteur d’un livre sur le marché de détail français de l’énergie.

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