L’entreprise libérante, une belle idée à mettre en pratique

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Par Charles Chantala Publié le 18 février 2019 à 20h53
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Et tout à coup, le patron disparaît ! Et tout à coup, les énergies des collaborateurs rayonnent ! Et voilà l'entreprise libérée ! Souvent présentée comme magique, l'entreprise libérée (parce que libérante) mérite pourtant mieux que cela. Débattue depuis 25 ans, elle a aujourd'hui la force du concept questionné, re-questionné et mis en pratique.

La société industrielle s’est fondée sur une organisation hiérarchisée du travail ; la société industrielle n'est plus ; la hiérarchie disparaît. CQFD. Le XXème siècle avait poussé le raffinement des processus jusqu'à leur incapacité à créer de la valeur ; les générations du XXIème siècle veulent créer en liberté. L'entreprise du passé contrôlait ses salariés - elle s'en méfiait - ; l'entreprise du nouveau monde plaide pour la confiance et libère ses collaborateurs.

Pour Jean-François Zobrist, l’ancien patron de Favi, pionnier de l'entreprise libérée : « la confiance rapporte plus que le contrôle ». L'idée a fait des émules, y compris - et contre intuitivement - de grands groupes tels Michelin, Airbus, Décathlon ont entamé le chemin de la transformation.

Auparavant aimable sujet de colloques pour professeurs de management, l'entreprise libérante a désormais l'onction des grands dirigeants, et la crédibilité que confèrent des mises en pratique. Elle a déjà un passé. Mise à distance, il est dès lors possible de porter sur elle un regard critique.

Des paradoxes pas si problématiques

L'entreprise libérante s’est développée sur les ruines de la société industrielle. Elle en a pris le contrepied. Cette révolution a aussi ses revers. La société industrielle était aliénante car elle voulait contrôler le travailleur, mais, comme le signale Daniel Cohen, elle avait aussi le mérite d'être intégratrice. Certes, l'ouvrier travaillait à la chaîne mais il était intégré à la production et les syndicats portaient sa voix. L'entreprise libérante n'a pas d'ouvriers, pas de contremaîtres ni de cadres, et encore moins de syndicats.

En revanche, l’une des erreurs serait de croire que l’entreprise libérante est une entreprise sans hiérarchie. Le dirigeant y est au contraire omniprésent. Ne disposant plus de la « puissance patronale » légitimée par une position dans un organigramme, il doit réinventer le cadre du travail avec ses équipes. Cela passe par une multiplication de micro-décisions adaptées à chaque situation et à chaque individu.

Ce qui change dans l’entreprise libérante, c’est également le fait que l’archétype parent-enfant est mort ! Ce qui change, c’est que le manager assume la responsabilité – de son chiffre d’affaires, de l’organisation efficiente du travail de ses équipes- mais qu’il ne dispose plus de la puissance. Le nombre de leviers de pouvoir à sa disposition s’est réduit. Son pouvoir coercitif et son pouvoir légitime disparaissent. Même son pouvoir d’expertise est remis en cause parce que l’expertise est maintenant logée ailleurs. Il lui reste le pouvoir de récompense et le charisme. Le manager est encore celui qui a le pouvoir de distribuer des bonus, mais c’est aussi celui qui doit donner du sens au travail. Les talents réagissent à ces deux leviers : l’argent - il ne faut pas se mentir - et l’impact que peut avoir leur travail sur les choses, sur la société.

Évidemment, ces changements profonds du pouvoir en entreprises entraînent des résistances. Celles-ci ne sont pas liées à l’âge du manager mais à son attachement à son statut. Ce n’est pas simplement son quotidien qui est remis en cause, mais une identité qui s’était forgée pendant l’époque industrielle. On ne remet pas comme ça en cause un siècle de construction et, c’est pourquoi il faut accompagner ces dirigeants.

L’entreprise libérante n'est pas une magie, c'est un cheminement, un effort.

Et, d'abord celui du dirigeant.

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Charles Chantala est Senior Sales Director chez Indeed France.