Vers la fin d’un certain modèle chinois ….

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Par Jean-Noël Vieille Publié le 17 janvier 2014 à 6h00

La croissance de l’économie chinoise au cours des 10 dernières années a répondu dans un premier temps à la forte croissance du commerce mondial et ensuite au rôle « d’atelier productif » mondial des entreprises chinoises, davantage tournées vers la demande externe qu’interne.

Cette situation ne devrait pas durer en raison du ralentissement économique mondial et surtout de la volonté des autorités chinoises à réorienter l’offre vers l’intérieur pour résoudre des questions politiques. On constate aussi une propension beaucoup moins forte des entreprises occidentales à continuer leur politique de délocalisation pour des raisons que nous expliquerons. Ces nouveaux éléments de politique économique auront évidemment des conséquences sur l’évolution économique de ce pays et sur sa place au sein de l’économie mondiale.

L’impact des nouvelles décisions du 18ième comité central du Parti communiste

Le nouveau programme économique réaffirme le principe de réforme structurelle et aussi d’ouverture sur l’extérieur. Les réformes structurelles vont consister à mieux gérer la dette des gouvernements locaux et à contrôler l’urbanisation des villes. La volonté est de contrôler un peu mieux l’endettement du pays qui pourrait rapidement devenir un frein à la croissance. L’objectif de hausse du PIB devrait se situer entre 7 % et 7,5 % pour 2014 mais dépendra de la propension du gouvernement à corriger les déséquilibres du modèle de croissance actuel, du contexte international et aussi du propre rythme de la demande interne chinoise. Plus précisément, les orientations 2014 seront les suivantes : accroître la sécurité et la sûreté alimentaires ; développer de nouveaux relais de croissance et réduire les surcapacités de production ; maîtriser les risques liés à la dette des gouvernements locaux ; promouvoir une croissance équilibrée entre les différentes régions ; améliorer le bien-être social ; accélérer le processus d’ouverture via les zones de libre-échange et les traités bilatéraux d’investissement.

Du côté financier, les taux d’intérêts seront progressivement libéralisés (autorisation d’émissions de certificats de dépôts par les institutions financières) et la modernisation des marchés financiers sera poursuivie (reprise des introductions en bourse qui avaient été suspendues en 2013). La gestion du taux de change, sujet éminemment politique, devrait être aussi orientée désormais par le marché. Ainsi, la bande de fluctuation du CNY contre l’USD sera élargie « d’une manière ordonnée » et la Banque centrale allait diminuer le rythme de ses interventions sur le marché des changes.

La dette chinoise : un risque « assez » maîtrisé

En 2013, l’endettement cumulé des entreprises et des ménages chinois peut être estimé à 190 % du PIB. Cette dette est portée par les banques chinoises et peu par des capitaux extérieurs. On obtient un montant proche de 220 % si on ajoute les obligations émises par le gouvernement central, la dette extérieure du gouvernement et des entreprises et le financement privé.

Il est toujours assez difficile d’avoir des informations fiables sur cette donnée. Le gouvernement chinois reste très peu endetté (16 % du PIB) en comparaison des gouvernements de la zone euro (99 %). En ajoutant la dette des provinces, on aboutit à un taux d’endettement de 34 % du PIB. Dans son rapport sur la Chine, le FMI évalue l’endettement du gouvernement à 45 % à fin 2012. Le risque est porté par le secteur bancaire chinois, dont la situation reste très solide puisque les prêts bancaires représentent 64 % de la dette totale. Les banques ont des fonds propres et des montants de provisions très satisfaisants par rapport aux engagements et bénéficient aussi du soutien de leur actionnaire majoritaire qu’est l’Etat.

Reste que l’évolution de cette dette est un sujet de préoccupation du gouvernement. La question posée tient plus d’ailleurs à la rentabilité des investissements financés qu’à une simple problématique de solvabilité. La dette a ainsi servi à développer des capacités de production qui ont de faibles taux d’utilisation, autour de 70 % pour les secteurs traditionnels et proche de 60 % pour les industries nouvelles. L’endettement des collectivités locales reste ausi un problème car ces dernières ont créé des véhicules spécifiques adossés généralement à l’immobilier.

Nous ne sommes donc pas à l’abri de se retrouver avec une sorte de crise des subprime à l’échelle chinoise, d’autant qu’il existe aussi des produits structurés à maturité courte ! Finalement pour réduire cette expansion, les autorités ont augmenté les taux interbancaires. Mais cette hausse des taux d’intérêt explique aussi pourquoi la croissance économique tend à ralentir.

Vers un nouveau pacte de responsabilité au plan mondial ?

En conclusion, nous assistons à une modification assez sensible du développement économique chinois avec en synthèse une stratégie de réorientation du développement vers la consommation interne et moins sur les infrastructures. La Chine va aussi moins s’inscrire dans des problématiques de délocalisation. Ceci correspond à une logique de relocalisation en occident des unités de production des grands groupes industriels. On constate ainsi que dans plusieurs secteurs, la Chine perd des parts de marché en raison de la hausse rapide des salaires.

De plus en plus d’entreprises prennent conscience que séparer la R&D et le marketing de la production n’est peut-être plus pertinent. Ainsi, les entreprises qui rapatrient leur production le font plus par calcul économique que par patriotisme économique. Le recentrage d’activités dans les pays avancés pourrait donc constituer un début de tendance et ceci permettrait de rééquilibrer les échanges mondiaux et aussi l’emploi.

Bref il s’agit de la naissance d’un pacte de responsabilité au plan mondial… !

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Jean-Noël Vieille, Docteur en Sciences de Gestion, membre de la SFAF (société française des analystes financiers), est un professionnel (analystes financiers durant 17 années et gestionnaires d’OPCVM depuis 2004). Il est Directeur de la Gestion de HiXANCE Asset Management, et enseigne la finance auprès de différentes structures : Université Paris-Dauphine, SFAF, CFPB, IFTB (Tunis), … . En 2012, il a publié un livre chez Economica, valorisation des entreprises en temps de crise.

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