Impossible équilibre des finances publiques françaises ? Et alors ?

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Par Bernard Cherlonneix Modifié le 21 juillet 2014 à 11h49

Au moment même où l'Allemagne Fédérale réussit à équilibrer son budget et annonce par la voix de son ministre des Finances qu'elle n'émettra pas de nouvelle dette en 2015, signifiant qu'en ce qui concerne l'Allemagne la crise économique est derrière elle et la grosse bouchée de l'Allemagne de l'Est est bien désormais bien digérée, la France s'abandonne aux déficits, car comme le disait Mendès-France « un pays qui n'équilibre pas ses comptes est un pays qui s'abandonne ». Et c'est bien cela qui nous arrive.

Il est loin le temps où le candidat Hollande expliquait aux Français que son programme « de relance » était « financé » comme le démontrait son écurie et que le budget de la France serait équilibré en 2017. Cette date de fin de mandat quinquennal n'était pas là pour rassurer le citoyen, que cette promesse laissait songeur. Il n'avait pas tort. Le dernier rapport de la Cour des comptes de juin 2014 sur la situation et les perspectives des finances publiques le confirme. « En 2013, le déficit public (4,3 % du PIB) a été réduit de manière poins importante que prévu. L'évolution modérée des dépenses publiques n'a pas compensé la faiblesse des recettes, hors mesures nouvelles. Malgré un effort structurel considérable (1,5 % du PIB) le déficit structurel (3,1 % du PIB) reste loin de la trajectoire de la loi de programmation (1,6 % du PIB prévu en 2013 ». Et pour 2014 « le déficit des administrations publiques pourrait donc être proche de 4 %, voire légèrement supérieur si la prévision de croissance du Gouvernement ne se réalise pas ». Et elle se réalise rarement, puisqu'elle est le produit d'un optimisme de commande et d'une volonté de différer le coup de baguette de la commission européenne, qui rappelle aux Gouvernements leurs propres engagements. On peut gager que celui du Gouvernement de retour à l'équilibre « structurel » (c'est-à-dire en clair « sous-estimé ») reporté de 2016 à 2017 sera du même tonneau que les promesses du ci-devant candidat.

Dans ces conditions, on s'étonnera d'entendre des voix appelant à une pause dans le rythme de désendettement, alors que celui-ci est loin d'être entamé de ce côté du Rhin. En effet, tant qu'il y a déficit public il s'ajoute au stock de dette publique (soit 4 % de PIB en 2013 et en 2014) lequel se gonfle mécaniquement de l'intérêt de la dette antérieure, qui ne peut être que capitalisé en l'absence d'une épargne brute positive (solde budgétaire primaire avant intérêt de la dette) permettant de commencer à rembourser le capital. Si bien que la charge d'intérêt de la dette, le « ministère de la dette », 50 milliards d'euros, est devenu le premier poste budgétaire, la première source de déficit public, et l'équivalent annuel de l'économie triennale que ne réalisera pas un gouvernement qui ne vit que de ses promesses.

Si l'appel au relâchement des efforts par certains est indécent et hors de saison, une question en revanche de plus en plus pressante se pose ouvertement à nous : est-il envisageable de faire passer le solde de l'ensemble des administrations publiques d'un déficit de 80 milliards d'euros à l'heure actuelle à un excédent primaire supérieur à 50 milliards d'euros, afin de commencer à faire décroître le stock de dette publique? Et si le Gouvernement ne s'en estime pas capable, que faisons-nous ? Quelles solutions hétérodoxes mettons-nous en oeuvre pour sortir de cette impasse si nous considérons que le point de non retour, que les Allemands ont su ne pas dépasser grâce à un immense effort collectif prolongé, est atteint en France et qu'un tel effort, en soi difficilement imaginable dans l'état moral déliquescent d'une France que son Président fait pourtant parader, est devenu hors de portée ? Car il faut bien tracer un avenir à ce pays dont la société civile est plus prévoyante que ses élites, de quelque tendance qu'elles soient, qui n'ont pas eu le courage de lui éviter le pire tant qu'il en était encore temps.

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