Euro 2012 : la “Roja”, dernière valeur sûre de l’Espagne

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Par Gilles Sengès Modifié le 2 juillet 2012 à 17h02

Jusqu’à l’irruption inattendue et spontanée du mouvement des « Indignados » face à la crise, il y a un peu plus d’un an, il se disait que seul le football pouvait faire descendre les Espagnols dans la rue.



La « Roja », l’équipe nationale, qui a remporté, dimanche, pour la seconde fois consécutive le championnat d’Europe de football et réalisé un historique triplé Euro-Coupe du monde-Euro sur les quatre dernières années, n’a pas dérogé à la règle. Madrid et de nombreuses villes d’Espagne ont célébré toute la nuit le triomphe des leurs. Et la capitale devait accueillir, lundi, d’une manière grandiose ses joueurs appelés à défiler dans la soirée à travers le centre de la cité jusqu’à la place de Cibeles, lieu de rendez-vous rituel de toute grande célébration footballistique. Pour le pays, la portée de l’évènement dépasse de beaucoup le seul ballon rond. Il suffit de lire les titres des journaux espagnols, très sensibles aux commentaires laudateurs de la presse étrangère, pour se rendre compte de son importance. Enfoncée dans une profonde dépression économique et sociale, l’Espagne a retrouvé toute sa fierté avec la Roja qui demeure sa dernière valeur sûre. Celle qui lui permet d’oublier, aujourd’hui et pour un temps, la crise et de cimenter une population minée par les nationalismes basque et catalan. Composé en majorité de joueurs du FC Barcelone, le onze national est la preuve vivante que l’union avec les footballeurs du Real Madrid peut représenter une force sans pareil au niveau international. En quatre ans, le pays est tombé de Charybde en Scylla.



En 2008, José Luis Rodriguez Zapatero, le président du gouvernement socialiste de l’époque, promettait aux siens de faire de l’Espagne la deuxième puissance économique de l’Europe derrière l’Allemagne mais devant la France et l’Italie. C’est, aujourd’hui, l’un des enfants malades du « vieux continent ». Avec Banco Santander et BBVA, ses deux champions internationaux et chefs de file du secteur, les Espagnols pensaient avoir un système bancaire solide. Il est en train de se lézarder de toutes parts, contraint d’appeler au secours Bruxelles pour sa recapitalisation. Il n’existe plus aucune certitude. Jusqu’à la royauté qui fait faux bond à ses sujets entre les frasques sentimentales du roi et les malversations financières de son gendre !

Passés du statut de « nouveaux riches » à celui de « nouveaux pauvres », les Espagnols risquent d’avoir besoin encore du soutien moral de la Roja jusqu’au moins 2014, date de la prochaine Coupe du monde de football…

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Ancien rédacteur en chef des Échos, Gilles Sengès a été correspondant en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Espagne.