Comment sauver l’Euro ?

Par Jean-Yves Archer Modifié le 14 juin 2012 à 5h56

L'ancien Président de Paribas, l'honorable Jacques de Fouchier, et plus récemment Marc Blondel, syndicaliste F.O, ont toujours rappelé que les dettes d'aujourd'hui sont un moyen de financer la croissance et que les fruits de celle-ci permettent alors d'honorer le paiement des sommes engagées.

Les grandes orgues qui s'excitent sur la dette publique devraient réfléchir à leur image comme Jean Cocteau le disait des miroirs.
Le total des actifs des banques de la zone Euro est de près de 34.000 milliards ce qui nuance les propos alarmistes même si c'est évidemment la notion d'actif net qui importe. Si l'économie ne s'effondre pas sous le coup de butoir de la récession, les banques feront leur affaire de leur exposition aux risques. En 2008, la confiance avait disparu et la circulation inter-bancaire connaissait une sorte de garrot. En 2012, c'est la solvabilité et la rentabilité des Etablissements qui est en cause.

On a quitté le champ miné du spectre de l'illiquidité. La situation appelle la précision des concepts. Les récents concours à l'Espagne, les fameux 100 milliards, visent davantage des recapitalisations que des crédits de campagne ou autres concours de trésorerie. La situation demeure sérieuse car nous pensons que la paille de fer n'a pas encore été passée sur l'ensemble des créances douteuses et que, par conséquent, d'autres tranches d'aide sont à prévoir.

La monnaie unique ne sera pas en danger si une " solidarité de Place " est instaurée au plan européen et qu'un mécanisme rationnel vient s'arrimer à divers établissements ( Bankia, Dexia, etc ) comme ce fut le cas pour le Crédit Lyonnais en 1994.
Si des " bad banks " contenues fleurissent, l'Euro n'en sera que plus tonique : c'est une modeste lapalissade économique.

Là où la situation de l'Euro est plus périlleuse, c'est en matière de dettes souveraines où les montants et les enjeux sont plus délicats. S'engager à tenir un seuil acceptable de déficit, c'est prendre le chemin hasardeux de l'austérité qui déclenchera des effets de récession aussi profonds que durables. Comme toute construction humaine, tel le phare d'Alexandrie, l'Euro peut disparaître : là encore, lapalissade. Mais, son effacement et le retour à des monnaies nationales auraient bien davantage d'inconvénients que de solutions.

Tout d'abord, ils permettraient le retour des dévaluations compétitives qui dilueraient comme un sucre dans du café chaud l'excédent commercial allemand. Par ailleurs, les produits allemands et d'importation seraient renchéris et se vendraient moins. En clair, la Chine est l'alliée secrète de l'Euro et elle l'a montré à plusieurs reprises. La situation nous plonge dans des montées de sueur hypotonique alors que le tonus de l'Euro se démontre tous les jours : il n'y a pas de " bank run " ( course au cash ) ou de conversions des assurances-vies surpondérées en Euros.

Nous allons vivre une course en sacs très hésitante entre la démocratie ( vote grec du 17 à venir ), une forme d'union bancaire à mettre sur pieds promptement et un effort d'imagination quant aux dettes souveraines.
En notre for intérieur, nous croyons au tonus de l'Euro qui est un adolescent qui veut vivre et dont les parents ont commis des errements notamment en oubliant d'approfondir l'Union. De là à décider une euthanasie, il y a plus qu'un pas, il y aurait une faute pour des millions de citoyens et un regard lourd de l'Histoire monétaire.

Jean-Yves Archer est énarque ( promotion Léonard de Vinci ), économiste et fondateur de Archer 58 Research : société de recherches économiques et sociales. Depuis octobre 2011, il est membre de l’Institut Français des Administrateurs (IFA).