L’exode des jeunes Français : inéluctable ?

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Par Jean-Yves Archer Modifié le 16 mai 2013 à 5h13

A côté du départ médiatisé (et parfois infirmé) de personnes ayant rencontré le succès (Gérard Depardieu, Bernard Arnault, etc), il est à noter une élévation du nombre de jeunes qui s'expatrient et décident donc de quitter la France.

Le mouvement est désormais tel que certains parlent d'exode. Comment disséquer ce phénomène plus complexe qu'il n'y parait ?

Prenons d'abord une grille d'analyse économique. Les départs massifs sont un manque à gagner au plan macroéconomique pour un pays qui perd ainsi de ses forces vives. Puis, ces départs sont une liberté et une opportunité au plan microéconomique : le jeune citoyen (ou citoyenne) français est fort heureusement libre de ses mouvements et peut décider comme il l'entend d'aller chercher autre chose ailleurs.

Au plan sectoriel, c'est à dire mésoéconomique, la situation peut être plus préjudiciable en privant de jeunes talents des professions importantes pour un pays comme le nôtre : secteur de la santé, ingénieurs spécialisés, etc.

Cette grille d'analyse économique est valable mais trop réductrice car il faut la croiser avec d'autres éléments d'information qui viennent des trois niveaux évoqués ci-dessus.

Tout d'abord, par une politique fiscale peu incitative ( et vécue comme confiscatoire ), la France perd des talents de futurs grands managers ou, pire encore, d'entrepreneurs. Sans aller jusqu'à dire que la fiscalité de Messieurs Hollande et Moscovici va faire s'expatrier l'équivalent français d'un Steve Jobs, force est de constater que nombre de jeunes entrepreneurs préfèrent traverser l'Atlantique.

Dans une interview récente, le tonique Philippe Bourguignon ( Ex- Pdt du Club Med et d'Accor ) expliquait à quel point il est aisé d'entreprendre aux Etats-Unis. Il ajoutait sur BFMtv ( 11 mai ) : " les entrepreneurs français doivent être encore plus forts que les autres tellement il y a de contraintes ".

A ce jour, les chiffres fiables sont indisponibles, mais il y a peut-être un jeune entrepreneur sur trois qui quitte l'hexagone au profit de Londres ou des Etats-Unis voire de Hong-Kong ou Shanghai. Du fait de la faible attention portée aux start-up ( où est le fameux Small Business Act à la française tant promis ? ) et aux conditions concrètes de l'entreprenariat, notre Nation est confrontée à une forme d'exode pour cause de fiscalité répulsive.

Puis, diverses études sociologiques et sondagières rapportent que bien des jeunes trouvent assez " ringard " de rester en France et veulent donc aller chercher autre chose ailleurs. Ce n'est pas forcément l'argent et le goût de la réussite ( issu d'un killer instinct ) mais l'envie d'appartenir à un pays davantage pionnier qu'ankylosé. Le Canada ou l'Australie, le Brésil suscitent des appétits que ne déclenchent plus le Poitou ou les monts du Lyonnais.

Cette idée d'une France statique où tout est difficile à faire se mouvoir est un défi politique et collectif. Chacun sait qu'il vaut mieux avoir 40 ans que 55 ou 25. Notre pays a effectivement un marché du travail qui implique une trilogie de carrière ( entrée, milieu, sortie ) dont le premier et le dernier termes sont souvent des épreuves. A tout prendre, un jeune préfère s'expatrier que de rebondir de stage en stage avant de trouver – enfin – un hypothétique CDI. ( exemple des métiers de bouche ).

Fiscalité, goût pour l'entreprise, crainte de l'ankylose sociétale, discriminations à l'embauche sont quatre leviers explicatifs de l'exode en cours. A cela viennent s'ajouter d'autres facteurs tels que le développement des jobs autour de l'humanitaire ( Kosovo, Afrique, etc ) ou la quête d'une fierté d'appartenance et la volonté d'être dans une communauté professionnelle aux frontières ouvertes : exemple des financiers français de Singapour.

Lorsque des étudiants m'interrogent sur l'idée d'un départ, je leur réponds que – bien préparé – c'est toujours une opportunité et qu'ils verront après quelque temps s'ils restent dans leur nouvel univers de vie ou si leur pays, famille, amis initiaux leur manquent. Un point doit être révélé : je ne dissuade que ceux que j'estime éventuellement vulnérables.

Au-delà de cette réponse à leur questionnement, je ne peux m'empêcher de constater que de très bons éléments quittent notre territoire et je prends généralement, autour d'un café non loin de leurs lieux d'études, le temps de leur lire une phrase qui fait sens : " La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme des mains, ferme des mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil ". Jean Anouilh, " Antigone ".

La jeunesse d'aujourd'hui est vite mûre et sait promptement apprendre à fermer les mains. L'eau de la vie est une notion qu'elle visualise mieux que ces aînés mais il est clair qu'elle veut vivre sous d'autres rayons du soleil que ceux de Biarritz et Antibes.
Oui, les jeunes découvrent la frugalité en songeant à l'eau de la vie pendant que la France épèlle, en les perdant, le dangereux mot d'hémorragie.

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Jean-Yves Archer est énarque ( promotion Léonard de Vinci ), économiste et fondateur de Archer 58 Research : société de recherches économiques et sociales. Depuis octobre 2011, il est membre de l’Institut Français des Administrateurs (IFA).  

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