Après le mariage pour tous, exigeons l’euthanasie pour tous

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 6 septembre 2013 à 8h53

OPINION

Ne boudons pas notre plaisir. La constance avec laquelle le gouvernement a tenu, coûte que coûte, à faire passer sa réforme fondamentale du droit de la famille instaurant le mariage en personnes du même sexe ne peut qu’être saluée. Pensez donc ! Depuis juin et la promulgation de la loi, 1 % des mariages célébrés en France l’ont été entre deux hommes, ou deux femmes. Soit un peu moins de 600 personnes. Comparé aux millions de manifestants descendus à plusieurs reprises dans la rue pour défendre une autre vision –éthologique- de la famille, c’est très fort. Maintenant, pour unir des sexes « neutres », dont l’existence légale vient d’être instaurée en Allemagne (dans le cas très particulier des malformations sexuelles à la naissance, 1 cas sur 5000) il faudra attendre que ceux-ci grandissent encore un peu.

S’il est une chose dont on peut et doit se réjouir, c’est la cohérence d’ensemble de la feuille de route de ce gouvernement. Après avoir démoli au bulldozer les fondements de la famille en droit, voici qu’il s’attaque consciencieusement aux contreforts, la politique familiale et ses constantes depuis 1945.

Les familles, mal aimées de ce gouvernement

Les parents ayant élevés trois enfants (ou plus) bénéficiaient depuis les origines du système de retraite d’un bonus pour compenser le surcoût induit par le fait de les avoir élevés, et accessoirement « donnés » au système pour qu’ils cotisent à leur tour ? D’un trait de plume, le bonus devrait être supprimé, ou bien taxé, ou transformé en prime forfaitaire, on ne sait pas encore.

Les femmes ayant élevé des enfants se voyaient créditées de deux années de cotisation retraite pour chaque naissance, compensant le retard pris dans leur carrière et le temps passé à la maison avant de pouvoir les mettre en crèche ou à l’école ? D’une pression sur la touche DEL, une année leur est retirée et mise à disposition du « couple ». Et tant pis pour les centaines de milliers de femmes abandonnées en cours de route par leur compagnon qui devront négocier, aussi, pour garder cette année de cotisation retraite.

Les enfants d’aujourd’hui financeront les retraites de demain

L’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) , qui permettait là encore de compter les années passées à élever les enfants comme des années de cotisation, mais sous condition de ressources, pour n’aider que les retraités les plus modestes ? On hésite encore à la supprimer. Combien de temps ?

Ah, et puis, il y a aussi le quotient familial, abaissé de 2000 à 1500 euros par enfant. Gain attendu : 1 milliard d’euros, qui sortiront donc exclusivement de la poche des familles avec enfants, et plus elles en ont, plus elles payeront. La réduction d’impôt pour les enfants scolarisés ? 68 euros au collège, 144 au lycée, 180 à la fac ? Bim, supprimée en 2014, 450 millions d’euros à la clef. Qui sont encore pris dans la poche des seules familles, et plus il y a d’enfants, plus elles casqueront.

Chaque enfant abaisse de 10 % le niveau de vie familial selon l’INSEE

On ne vous a peut-être pas dit, mais les familles avec enfants, souvent, à partir de trois, et forcément, dès qu’elles en ont quatre et plus, n’ont pas la voiture de monsieur tout le monde. On les appelle breaks, monospaces, voire, utilitaires. Vous savez quoi ? Il existe deux modèles à tout casser, en sept places, qui ne sont pas soumis à un malus. Dans sa grande mansuétude, le législateur a pensé aux familles nombreuses ! Sur justificatif, elles peuvent demander le remboursement du malus si la voiture neuve qu’elles ont acheté y est soumis. Voiture neuve. Neuve. Neuve ? Une famille nombreuse, acheter une voiture neuve ? Mais avec quel argent ?

La politique familiale du gouvernement Ayrault Hollande n’est en rien une politique de Gribouille comme dirait Christiane Taubira. Elle est au contraire particulièrement cohérente. Après s’être attaqué à sa définition même, l’union d’un homme et d’une femme, avec pour objectif, d’avoir et d’élever des enfants (c’est toujours dans le code civil), le gouvernement socialiste démonte pierre par pierre l’édifice qui plaçait la famille avec enfants, cœur de la Nation, en tête des priorités politiques. Un pays puissant, dans l’Histoire, a toujours été un pays avec des enfants, et encourageant ceux qui le peuplaient à croître et à se multiplier.

Il ne fallait pas avoir d’enfants

Aujourd’hui, le signal est clair : Ceux qui ont eu le malheur, au cours des vingt dernières années, de prendre le risque de procréer, seront punis, pour ne pas dire écartelés. Vous avez voulu avoir des enfants ? Il va falloir payer, payer, encore et tant et plus. Plus d’impôts, plus de taxes, moins d’allocations, moins de réductions d’impôts. Mais ne serait ce pas oublier un peu vite que par définition, une famille avec enfants consomme plus qu’une famille sans enfants, et que plus il y a d’enfants plus la famille consomme, et donc paye déjà, par sa consommation, plus de TVA, le premier impôt de France ? Qui plus est, qui a le plus de chance de consommer en France toute l’année, même en vacances quand il y en a, quand le célibataire, le couple, sans parler du couple homosexuel, file en priorité à l’étranger dépenser son blé ?

Alors, Madame le garde des Sceaux, Monsieur le Premier ministre, il va vous falloir être courageux et cohérents jusqu’au bout. Le président de la République n’a-t-il pas annoncé vouloir instaurer un abattement exceptionnel de 25 % sur les plus values de cessions immobilières réalisées entre le 1er septembre et avril 2014 (date des municipales…) ? Avant de recommencer ensuite à assommer tant et plus les abominables nantis propriétaires ?

Combien de suicides familiaux par jour ?

Je vous propose de caler sur ce calendrier une autre mesure exceptionnelle qui ne pourra que rencontrer un vif succès. Il suffit de lire les colonnes « faits divers » de la presse quotidienne régionale pour s’en convaincre. Pas un jour ne pas sans qu’une famille au bout du rouleau ne décide d’en finir. Soit les parents conjointement – deux adolescents empoisonnés, les parents pendus dans un hôtel à Bordeaux la semaine dernière. Soit le père seul qui décide pour le reste de la famille qu’il n’y a plus de raison de vivre. Régulièrement encore, un père, ou une mère, se suicident seul dans leur coin parce qu’il n’y a plus un centime dans la caisse familiale. Parfois, les deux ensemble. Le mois dernier, des parents se sont terminés à l’essence, dans la voiture familiale, derrière le supermarché dans lequel ils ne pouvaient plus faire les courses. Un samedi soir, à une semaine de la fin du mois. Et de l’interdit bancaire ? Les gendarmes ont trouvé les enfants, heureusement endormis, au domicile familial.

Alors, oui, Madame Taubira, nous connaissons vos grandes qualités d’humaniste, ayez le courage de faire voter en urgence un projet de loi dépénalisant l’euthanasie des enfants. Une simple déclaration à l’hôtel des impôts, avec une copie du relevé de banque dans le rouge depuis au moins trois mois et de la feuille d’imposition de l’année en cours, un coup de tampon sur un formulaire « d’autorisation administrative d’euthanasie sur mineur ». Et les pères et les mères de France pourront se débarrasser sereinement de ce fardeau fiscal qu’ils se sont collés sur le dos, sans savoir que vous arriverez au pouvoir et les assommerez d’impôts et de taxes pour la seule raison qu’ils ont commis la folie d’être parents au XXIe siècle.

Le gouvernement doit arrêter de s’en prendre aux familles

Pour rester cohérents jusqu’au bout, et dans un souci d’humanité, on n’est pas des bêtes, remboursez à 100 % les barbituriques ou le Tercian pour des euthanasies sans douleur ! Organisez dans les écoles, Vincent Peillon se fera une joie de vous prêter des salles de classe, des ateliers pédagogiques pour expliquer comment euthanasier ses enfants en un minimum de temps avec un maximum de chance de succès !

Restera ensuite à se débarrasser des corps. Evidemment, des obsèques, ça coute. Et puis, on n’avait qu’à pas les faire, hein. Mais l’agneau, c’est un mets de choix ! On nous a bien fait prendre du cheval pour du bœuf, le chérubin fera bien l’affaire en guise d’agnelet. Une directive interministérielle devra fixer le prix, en fonction de l’âge plutôt que du poids, dans un souci d’égalité entre citoyens. Ce n’est pas de notre faute s’ils sont maigrichons monsieur le bourreau, pardon, monsieur le boucher, mais cela faisait un bail qu’on ne mangeait plus que des pâtes à la maison. C’est Saint Nicolas qui va apprécier, son saloir va être plein à craquer.

Arrêtez-de vous en prendre aux familles. La famille, celle qui donne la vie, élève des enfants, les pose sur les rails de l’existence, et les accompagne parfois jusqu’au dernier souffle des parents, c’est le seul avenir de l’Humanité, sa raison d’être, son ADN. Les retraites ? Une douce utopie vieille de trois générations à peine. Quand le système aura explosé, les enfants reconnaissants se prendront en main et s’occuperont de leurs parents comme l’Homme le fait depuis la nuit des temps. La solidarité nationale interviendra pour les autres.

La France, ce n’est pas 69 millions d’habitants, mais 28 millions de foyers, qui pour l’immense majorité élèvent, ou ont élevés, ou élèveront des enfants.

Alors, lâchez les, lâchez nous. Maintenant.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016. Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018.   Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).