Femmes et leadership : un mariage impossible en France ?

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Par Marie-Christine Oghly Modifié le 13 juin 2013 à 5h09

Agir ou s'organiser comme un dirigeant est une chose. Se présenter comme tel en est une autre. Culturellement les femmes ont plus de difficultés que les hommes à imposer leur leadership, singulièrement dans notre pays qui reste accroché à des représentations masculines du pouvoir très fortement ancrées. Pourtant, notre société a tout à gagner à voir les femmes s'engager et défendre leurs convictions.

Que ce soit dans la société en général, dans le monde de l'entreprise en particulier ou en politique, les femmes ont été culturellement habituées à être à l'écoute des autres et à prôner des valeurs collectives, quand les hommes dès leurs plus jeune âge, sont conduits à s'affirmer au sein de la famille ou du groupe et à se concentrer sur la réussite.

Des représentations traditionnelles largement véhiculées, qui expliquent que la France soit à la traîne dans le monde, pour la place accordée aux femmes dans les sphères décisionnelles. Avec un peu plus de 26 % de femmes au parlement, la France ne se situe qu'au 34ème rang mondial, entre l'Afghanistan et la Tunisie. Une situation indigne pour le pays des droits de l'homme et du citoyen, qui se prive ainsi d'une vision complémentaire et d'une approche opérationnelle différente, qui contribuent au développement harmonieux de la société.

Renforcer la visibilité des femmes en France
Pour dépasser ces stéréotypes qui créent une réalité, l'engagement des femmes est primordial. C'est lui qui permet de détecter les talents, de faire entendre sa voix et de démontrer qu'une femme peut tout aussi bien réussir qu'un homme.

Nous avons besoin de modèles qui donnent aux femmes l'envie de vivre pleinement leurs ambitions. Elles ne doivent pas hésiter pour cela, à s'engager dans la vie entrepreneuriale, à s'investir auprès des instances économiques et sociales représentatives en postulant à des mandats, à rejoindre les nombreux réseaux qui permettent d'échanger, de s'enrichir de l'expérience des autres, de tisser des liens privilégiés, de développer sa notoriété et d'échapper aussi à la solitude de l'entrepreneur. Notre société y a tout à gagner.

Car du talent, du savoir-faire, de l'expertise, les femmes n'en manquent pas. Notre pragmatisme, notre polyvalence, notre fibre managériale et relationnelle font merveille dans le monde de l'entreprise. Notre légitimité en matière de gestion n'est plus à démontrer. Les entreprises dirigées par des femmes connaissent de plus fort taux de croissance et les nouvelles entreprises dont elles sont à l'origine, affichent de meilleurs scores en termes de créations d'emplois sur trois ans, que celles détenues par des hommes. Quand il y a des femmes dans une équipe de direction, cela crée un climat propice au dialogue et l'on observe une intelligence du groupe plus forte. Un constat qui ne peut qu'encourager les femmes à entreprendre et à bousculer les évidences.

Femmes : cultiver son leadership
« Le leader à un visage et un masque. Le visage de la personne et le masque de son rôle. Il faut les deux. Définir son rôle et le jouer », nous indique Christian Monjou, professeur spécialiste des civilisations anglo-saxonnes. Selon lui, pour asseoir son autorité il faut donc prendre une posture. La France, nous le savons, demeure archaïque en termes de représentation. Nous restons attachés à l'image du guerrier héroïque ou du Chef qui vient nous sauver.

Les femmes ne correspondent pas à cette image. Même si elles ne doivent pas essayer de devenir ainsi, elles doivent envoyer les bons signaux, pour répondre aux attentes du groupe. Fort heureusement, être dirigeant s'apprend. Les formations en ce sens ce sont d'ailleurs multipliées ces dernières années. Comment savoir dire non, imposer son ascendant sur une équipe, savoir prendre la parole en public ou gérer son agenda, relèvent de méthodes qui peuvent s'acquérir.

Toutefois, certaines femmes peuvent avoir du mal à le faire, soucieuses de se donner une certaine image d'elles-mêmes. Or, au travail, plutôt que d'être aimé, il faut avant tout chercher à se faire respecter. En France, les entreprises fonctionnent beaucoup par cooptation. Appartenir à un cercle, légitime une certaine position. Il est donc essentiel pour les femmes de rejoindre des réseaux d'influence, féminins mais pas seulement, pour se faire connaître, défendre leur approche de la société et contribuer ainsi à une évolution en profondeur des mentalités.

Un challenge passionnant pour toutes celles qui veulent faire bouger les lignes.

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  PDG d’ENGINSOFT France, spécialisée dans l’ingénierie et de la simulation numérique, Marie-Christine Oghly devient en 2009 European Commissionner FCEM puis, reconnue par ses pairs dans le domaine de la simulation numérique, elle est élue présidente de MICADO. Egalement présidente de Solendi, l’un des acteurs majeurs nationaux du 1% logement, Marie-Christine OGHLY est Présidente d’honneur du MEDEF Idf.  

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