Fête du Cinéma ou des cinémas ?

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Par Michel Ferry Modifié le 29 juin 2017 à 11h29
Cinema Paris Grand Ecran Petition Sauvetage Fermeture
3,3Les Français vont au cinéma 3,3 fois par an en moyenne.

Aux spectateurs de décider. Cinéphagie n’est pas cinéphilie et j’imagine que la notion de fête de cinéma ne revêt pas le même sens pour tout le monde. Qu’il s’agisse des spectateurs, des exploitants ou des cinéastes.

Il n'y a pas de Cinéma sans salles de cinéma

Dans certains cinémas, c’est la fête du Cinéma toute l’année. Sans opérations tarifaires qui y soient attachées. Parce que rappelons-le, objectivement c’est aussi une opération tarifaire. Qui bénéficie d’abord aux spectateurs, mais aussi aux cinémas dont les tarifs sont les plus élevés (hors formules illimitées dont le coût réel reste compliqué à évaluer, tant pour le spectateur, que pour l’exploitant et les ayant-droits). Et surtout, certains cinémas ont des tarifs qui sont déjà très proches de ceux pratiqués lors de la fête du cinéma.

D’une certaine manière, peut-être s’agit-il d’abord de la fête des cinémas, puis du cinéma… puisqu’il n’y a pas de Cinéma sans salle de cinéma.

Reste que cette institution est une réussite qui, cette année encore, mobilise beaucoup. Après un mois et demi de disette, de désertion des salles depuis le premier tour des élections présidentielles, les entrées de ces derniers jours ramènent le sourire et sont les bienvenues. A une époque où les moyens de voir des films sur de nombreux supports se multiplient, c’est une bonne nouvelle et une belle intention que de rappeler la fonction essentielle, voire unique, des salles de cinéma comme support des films !

Le cinéma, un marché qui a besoin d'une régulation plus forte

Si l’année 2016 fût excellente en termes d’entrées, la hausse de la fréquentation était due principalement aux salles indépendantes et Art et Essai, et donc, aux films qui vont avec. Une belle année cinématographique a toujours quelques films locomotive… Pour nous, en 2016, Moi, Daniel Blake, fut de ceux-là, dont près de 70 % des entrées furent réalisées dans des salles indépendantes et d’Art et Essai. Dans des cinémas de proximité. Merci Patron fait aussi partie des locomotives de l’année. Deux films dont l’actualité résonne encore.

Cependant, si 2017 a bien commencé au regard des statistiques, elle s’annonce beaucoup plus difficile pour les salles indépendantes et Art et Essai. Et on oublie souvent, dans ces statistiques l’incroyable diversité du tissu de salles.

Dans un marché hyper concentré où trois opérateurs détiennent près de 50 % de part de marché au niveau national et quelquefois plus de 80 % dans certaines grandes villes, les exploitants indépendants ont de plus en plus de difficultés à garder la tête hors de l’eau. Et lorsque le marché est bas, les grands circuits d’exploitation ont tendance à venir regarder ce qui traîne dans le panier des petits. Sans sombrer dans une dénonciation dogmatique des pratiques des plus grands opérateurs, il est urgent qu’une régulation forte se mette en place qui trace une frontière entre les fonctions bénéfiques de ces opérateurs et les abus que leurs position dominantes entraînent fatalement. Nous sommes revenus à une situation similaire à celle des années 80 et qui sont si bien décrites par Jean-Denis Bredin, le père de l’actuel président du CNC, dans son « Rapport de la mission de réflexion et de propositions sur le cinéma ». Si l’on veut éviter d’être contraint d’abreuver chaque année d’un peu plus d’argent public les salles indépendantes, une régulation du marché s’impose d’urgence. A défaut, nous ne parlerons plus que de la fête d’un cinéma.

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Après avoir été réalisateur et producteur, Michel Ferry est maintenant exploitant et programmateur du cinéma d’art et d’essai Les Carmes à Orléans et programmateur et exploitant avec Myriam Djebour du Select à Granville.

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