Barça vs OL, un enjeu financier important et intriguant

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Par Louis-Marie Valin Publié le 12 mars 2019 à 19h47
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140 MILLIONS €Barcelone a contracté un prêt auprès de fonds d?investissement américains pour la somme de 140 millions d'euros

Si mercredi le FC Barcelone joue son destin européen en accueillant l’Olympique Lyonnais, c’est en coulisse que le géant catalan s’active actuellement pour assurer un avenir entre ombre et lumière.

Avec la vague de surprises qui a douché les favoris la semaine passée en Ligue des Champions, le quintuple vainqueur de la C1 n’abordera certainement pas son duel avec l’équipe rhodanienne en excès de confiance. En effet, son incapacité à faire trembler les filets au Groupama Stadium ne laisse que peu de marge à Lionel Messi et ses hommes. Pourtant, l’heure semble à la sérénité du côté du Nou Camp. En raison de leur série d’invincibilité portée à onze matches ou de leurs deux clasicos remportés consécutivement ? Grâce à son attractivité confirmée dans le dossier Frenkie de Jong ? Sans doute, mais sur le plan économique, le renouvellement à prix d’or de Messi, l’endettement du club invitent, pour ne pas dire imposent, les protégés de Bertomeu à un grand parcours en Ligue des Champions.

Un emprunt pour financer le nouveau contrat de Messi ?

L’information est effectivement sortie ces dernières semaines dans le cadre d’une enquête d’El Pais, les Blaugrana ont récemment contracté un prêt auprès non pas de banques mais de fonds d’investissement américains pour la somme rondelette de 140 M€. Une décision qui interpelle venant d’une institution qui se targue d’être irréprochable sur le plan financier en restant notamment sur six exercices comptables positifs. Cet apport aurait a minima pour but de donner au champion d’Espagne un confort économique en finançant sa dette structurelle.

Car oui, c’est là que le bât blesse, malgré la bonne santé financière actuelle du Barça, cette dernière se chiffrerait entre 160 et 200 M€ selon les sources. Un montant pharaonique qui est principalement expliqué par une masse salariale inégalée sur le continent. En effet, selon une étude de KPMG, le club investissait 562 M€ en salaires la saison dernière, près de deux fois plus que le PSG (303 M€) ou Manchester City (293 M€) ! Tout simplement colossal ! Des chiffres qui s’expliquent en grande partie par le contrat délirant signé l’an dernier par Lionel Messi.

Selon Mediapart, et ses controversés Football Leaks, les émoluments de La Pulga en Catalogne se seraient envolés pour se chiffrer à près de 104 M€ bruts par an, le tout sans compter les primes potentielles pouvant corser l’addition jusqu’à 122 M€ annuels. Un contrat en or massif courant jusqu’en 2021 mais que Bertomeu chercherait déjà à renégocier. En effet, le Mundo Deportivo affirmait la semaine dernière qu’un nouveau bail pourrait porter l’engagement du quintuple ballon d’or à 2023. Ce serait donc pour financer le génial argentin que le FC Barcelone aurait contracté cet emprunt sur cinq ans.

Tebas, faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Une tambouille interne qui ne concerne a priori personne en dehors du club mais qui prend un écho particulier de ce côté des Pyrénées. En effet, depuis l’instauration du Fair-Play Financier par l’UEFA, c’est peu de dire le PSG, tête d’affiche de la Ligue 1, est dans la mire de l’institution helvétique, sous pression notamment du Président de LaLiga, Javier Tebas. Déjà sanctionné, le club parisien a vu plusieurs de ses contrats de sponsoring requalifiés à la baisse par les experts de l’UEFA et est la cible constante des critiques des clubs « historiques ». Dès lors, voir le Barça avoir l’autorisation de se financer à crédit plutôt que par sa trésorerie jette un trouble sur l’impartialité des règles édictées à Zurich

Mais au delà de ce qui ressemble à une disparité de traitement, c’est surtout les déclarations de la Ligue espagnole qui prennent une dimension encore plus exaspérante. En effet, Javier Tebas mène une croisade appuyée contre les « nouveaux riches » depuis plusieurs années et tient un discours très agressif envers le champion de France. Accusant régulièrement le PSG de tricher et demandant ouvertement son exclusion de la Ligue des Champions, Tebas a allègrement franchi les limites de la bienséance. Mais si en plus ce bellicisme se double de ce qui peut s’assimiler parfois à de la malhonnêteté intellectuelle, ça commence à faire beaucoup !

On pourrait effectivement attendre d’un tel donneur de leçon qu’il exige une totale exemplarité de la part des clubs de son championnat avant de regarder ce qui se passe ailleurs. Or, accepter que le Real et le Barça, les deux principales figures de proue de la Ligue espagnole, bénéficient d’aménagements fiscaux (mis au grand jour par le Tribunal de l’UE le mois dernier), soient largement endettées ou aient recours à des modes de financement « non-conventionnels » lorsque l’on accuse ses adversaires de concurrence déloyale et de trucage, cela à du cynisme et/ou de l’hypocrisie… En même temps, briguer la présidence de la Premier League tout en tombant à bras raccourcis sur son champion en titre, on ne peut pas vraiment dire que ce soit la cohérence qui étouffe Javier Tebas.

Entre opacité et endettement, le football espagnol n’est donc toujours pas irréprochable sur le plan financier. De quoi peut-être donner envie aux hommes de Jean-Michel Aulas de venger les Parisiens ... pour le plus grand bien du football français…

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Louis-Marie Valin est consultant expert sport. Auprès d’agences ou d’annonceurs, il intervient sur des problématiques de communication, sponsoring, événementiel ou entreprenariat. Il est également membre de l’Observatoire du Sport Business et fondateur du site sport-vox.com.